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Izarra

Raphaël Zacharie de Izarra

 

Evidemment, il ne faudrait pas qu’il se mette à jouer l’homme de bien qui se prendrait au sérieux pour de bon. Je crois de toute manière qu’il n’est pas bête et ne tombera pas dedans. Il est allé trop loin pour effectuer un tel mouvement de machine arrière. Mais il serait possible de garder le personnage tout en dénouant un peu la torsade de porcelaine, en desserrant le collier de perles.
C’est à dire, qu’une fissure se fasse voir de temps pour que le lecteur puisse y déceler la fragilité du personnage, derrière la tenue impériale.
Sa beauté et son talent résident dans sa fragilité aussi aiguë que son personnage est fantasque, mais plus le temps passe et plus, il me semble, cette fragilité se voile, est ensevelie sous le poids de la prise au jeu.

C’est, du moins, ce que je conseillerais, modestement, au talentueux Raphaël. Arrêter de jouer au con et montrer un peu, de temps en temps, qui il est, sa condition, son humanité. S’il arrivait à faire ça, je crois que cela donnerait quelque chose de très grand, comme un nouveau sens à son travail, à ses obsessions. À vrai dire, cette phrase sera peut-être un peu sèche mais je crois que s’il ne suit pas ce conseil sensé, il n’ira pas beaucoup plus loin, dans sa poétique et sa carrière sera comme poussière sur les tapis que l’on remue parfois aux frontispices des mouvements du monde et des fluctuations littéraires virtuelles, au cimetière des fous.
Une baie vitrée donnant sur un horizon exotique, lumineux, riche et profond, mais sans sa part de nuit. Une de ces nuits où la lumière intérieure change le verre en miroir.

Cette posture l’électrise, mais aussi le limite, tout autant qu’elle étonne en premier lieu, draine la lassitude de la monotonie, sa folie, son obscénité le rendent attachant, mais les fissures hystériquement maquillées le rendent inapprochable, cristallisé, ne laissant à son lecteur aucun autre choix que celui de faire de Raphaël son jouet, ne pouvait lui dire la vérité puisque sentant, inconsciemment, l’immense détresse qui passe en filigrane sous ses mots, ayant peur de le briser, ou se disant qu’il est définitivement figé. Jusqu’au jour où quelqu’un ose lui dire au moins une part de cette vérité, ce dont, j’en suis sûr, il désire plus que tout au fond de lui-même, sous le personnage.

Je ne cesserai pas la poésie

Je ne cesserai pas la poésie. Ce qu’il faut, c’est élargir le médium. Je me sens à l’étroit ces temps-ci dans le verbe. Je veux de la couleur, des lignes. Je regrette d’avoir cessé la peinture pendant tant de temps. Mais, bizarrement, après avoir arrêté si longtemps, il me semble avoir progressé d’une certaine façon. La ligne du dessin reflétant l’esprit, l’esprit lui-même ayant évolué, s’étant élargi, le dessin s’en ressens et ce, même si la main n’a pas beaucoup travaillé. Il me faut m’oublier dans mon travail pour ne pas sombrer comme je l’ai fait ces derniers jours. De la discipline. Du rythme.
Il est horrible d’avoir tout dans sa tête, mais d’être freiné à ce point par ce mélange de fainéantise, de carence en confiance en soi. Le temps n’est plus au manque de confiance. Jusqu’à présent, bien sûr, concernant le trait, j’ai fait surtout fait de la merde. Mais le temps n’est plus à la causette. J’ai 27 ans. Le temps est un mur derrière soi qui nous pousse doucement. Inutile de se retourner, de tenter de le repousser de toutes ces forces dans l’autre sens, c’est cause perdue. Autant se retourner, quitte à se retrouver devant un territoire inconnu, devant une montagne. Je ne veux pas me sentir vieux un jour et me dire, qu’est ce que j’ai été con, quel temps j’ai perdu. Je n’ai jamais été au monde. Je ne me suis pas vraiment connu. Non, rien de tout cela.
Les personnes qui ont disparu, tant pis. Libre à elles de prendre un chemin différent. Libre à elles. Je ne veux pas, comme elles, tourner sur moi-même dans un mépris teinté d’indifférence.
J’ai tout dans les mains. À ma disposition. Ne rien en faire serait commettre la pire erreur de ma vie.

Ce texte est l’histoire d’une lutte intérieure

Ce texte est l’histoire d’une lutte intérieure. Une révolte. Quelqu’un, moi en l’occurrence, mais quelqu’un quand même qu’importe ce quelqu’un ça peut être toi Janus. C’est l’histoire d’une confusion. Quelqu’un est assis au milieu d’un ruisseau, au milieu d’un escalier et qui fait barrage avec ses mains, ses bras et son coeur pour empêcher les jours de s’écouler trop rapidement, pour empêcher les jours d’avancer sans lui quelqu’un qui veut garder ouverts les rideaux malgré qu’il fasse nuit comme pour préparer la venue d’un soleil prochain peu importe s’il ne vient pas, du moment qu’il a d’abord été conçu, ensuite c’est à la vie d’y répondre ou non, le jour venu. C’est quelqu’un qui se dit que la vie c’est peut-être autre chose, peut-être plus que cela et qui refuse comme il le peut avec ses maigres armes la marche lente du monde et du temps sur tout ce qui vit, sur les chiens des rues, les bâtiments en construction les cathédrales.
On ne voit toujours que ce qu’on veut bien voir et je crois que tu es resté sur l’apparence, celle d’un amour adolescent peut-être, parce que tu associes la confusion, la naïveté et l’amour à quelque chose d’adolescent une révolte ridicule un peu idiote qu’il est bon de dépasser si on veut devenir quelqu’un appartenir à un rang plus élevé, trouver une stabilité et un confort mais, je crois au contraire que c’est une chose à préserver au fond de soi et pour soi et que ce qu’on place souvent sous le verbe « grandir » ou « passer le cap » est à peu de choses près mourir, taire la voix et la poésie, l’échanger pour quelque chose d’immobile, faire don de ce qui est vivant, la musique dans le ventre qui ne demande qu’à être réinventée chaque jour. De ce point de vue il ne s’agit pas forcément de moi, de mon nombril, il peut s’agir, avec un peu de chances de tout un chacun, parler de soi n’est pas nécessairement être aveugle à autrui, parler de ses expériences est peut-être aussi une forme de générosité.
Cette naïveté dont tu parles est présente dans mon travail comme elle est présente dans ma vie, dans mon travail et dans mon rapport à autrui et jusqu’à présent, quoi qu’on en dise cette naïveté qui ne signifie pas forcément absence complète de lucidité m’a plutôt portée chance, malgré moi bien souvent, son lot de malheurs aussi bien entendu ceux-là les premiers auxquels je n’avais pas songé, mais si je regarde de plus loin, en prenant le temps de bien y réfléchir, je me dis que la naïveté a quelque chose de plus surprenant, de plus frais et de plus vivant, du moment qu’elle n’est pas calculée, ce qui le cas, ni même voulue puisque souvent j’ai tout fait pour ne pas l’être considérant parfois (à tort) que c’est une grande faiblesse, mais c’est ainsi. A propos de l’énergie passée à y réfléchir, à se justifier, je crois que tu touches juste. Bref, je pense, pour le coup, avoir suffisamment parlé de moi.
Je remarque (une remarque en hors-d’oeuvre) que bien souvent il n’est pas permis de parler librement de soi, je me demande d’où est venue cette idée reçue, celle-là qui a posé le sceau du tabou, de la monstruosité, le sceau du « nombril » sur le fait de parler de soi, ou plutôt, sur soi et c’est là toute la différence. Comme si le panneau « sens interdit » avait été accroché là-dessus. Comme si nous savions, quelque part, qu’il y avait une bête immonde, une hydre à cent têtes, un danger, à l’intérieur de cette grotte abandonnée et qu’il valait mieux avancer sans jamais se retourner, sous peine de perdre eurydice à jamais peut-être.
Comme si ce domaine dorénavant était réservé aux « nettoyeurs », aux spécialistes que sont les psychologues, et qu’il ne fallait plus s’y attarder nous même.
Il s’agit pourtant là d’un des premiers devoirs du poète il me semble.
Et celui qui prend ce chemin parfois (qui que ce soit) reçoit toutes les foudres, est menacé de toutes les folies de tous les jugements. On a pourtant la permission et la liberté je crois de réfléchir, je veux dire, se réfléchir. Les profondeurs ne sont pas nécessairement des gouffres, tout ce qui est inconnu est peut-être dangereux, mais certainement pas mortel comme on peut l’imaginer.

Je reviens. C’est moi.

Je me demande parfois si l’exaltation est toujours possible. Si je ne suis pas mort, définitivement enterré… Je me demande si j’en suis encore capable, si mon esprit, endolori, est encore capable de se mouvoir… Je me demande si des gens me lisent, si des gens pensent à moi. Suis-je délivré maintenant ? Suis-je délivré… Où vais-je, où errais-je ? Vais-je me réveiller soudain, vais-je aller de l’avant, continuer. De quoi suis-je encore capable ? Ai-je tout dévasté en moi, ne me reste t-il rien ? Ne suis-je qu’un somnambule, incapable, un fantôme parmi les vivants ?

Des odeurs, des émotions, des envies de futur, des parfums, des obstacles à franchir, des défis à relever, des énergies à soulever, des lumières à trouver. Une envie furieuse d’écrire qui jaillit parfois, jets de lave épisodique d’un volcan qu’on tente d’écouffer. Aller plus loin que tout. Plus loin que les autres, plus loin que les terres vierges. Plus loin, là au bout, où tournent les quasars.

Ai-je tiré sur la bonne ficelle, avec l’ours en peluche géant au bout ? Ai-je tiré la bonne carte, celle du futur, celle de l’éveil ?
Ai-je retrouver un esprit nouveau ? Un esprit unifié ? Ai-je retrouvé, tout simplement, mes esprits ? Vais-je dépasser mes gâchis, retrouver les premières lueurs. Ouvrir de nouvelles portes.

Un champ immense s’étale à l’infini devant moi. L’air est frais, nouveau. Un soleil neuf brille. Terres vierges, terres inconnues, terres renouvelées. Des terres qui, pourtant, sont familières. Je reviens. C’est moi.

Cathédrale

On ne conçoit pas une cathédrale édifiée uniquement à l’aide de vitraux, d’autels, de chandelles, et de statues de marbre… Elle est d’abord un amoncellement de pierres, carrées ou irrégulières, poreuses ou lisses, lesquelles observées séparément, ne ressemblent à rien d’autre qu’à une pierre, mais mises ensemble, forment l’édifice harmonieux, solide, soutenu.
Un livre, comme toute oeuvre, se fabrique à la manière d’une cathédrale, pierre après pierre.

Ma mémoire et mon état d’esprit sont ainsi, ils ressemblent à une ruine immense. Les statues sont à-moitié dans la terre, recouvertes de lierre et de mauvaise herbe. Les vitraux sont en morceaux et les chandelles, froides depuis des lustres. Quelque chose est éteint en moi. Quelque chose est vaincu.
Quelque chose est vaincu en moi et ne demande qu’à renaître.

Peut-être, petit à petit, reconstruirai-je l’ensemble, assemblerai-je ce puzzle immense.
Peut-être me remettrai-je à écrire, à ranimer ce feu clair du dedans. Des lignes de mots en allumette sont capables, tout autant sinon plus que la musique, de faire revivre les promesses restées lettres mortes.

 

 

J’ai le cerveau terni de mille affectations mensongères.

Je me saisis de l’écriture et ne sait que faire d’elle

Je me saisis de l’écriture et ne sait que faire d’elle. Les vieilles splendeurs ne sont plus en moi. Je n’ai plus l’énergie à offrir aux vaines causes. Les anciens rêves sont fanés, eux-aussi de sorte que, désormais, mon jardin intérieur prend les apparences d’une chambre désolée, non pas dévastée par un incendie ou par un déluge, seulement désolée, triste et opaque. Ainsi qu’un jardin abandonné que personne ne viendrait arroser, les iris, les mimosas, les tulipes, les chrysanthèmes, s’estompent seuls avec leur couleur et leur visage doucement tourné vers la terre.
Réveiller le verger, à quoi bon ? À quoi bon le paradis secret, et les beautés extirpées d’une grise réalité ?

Il y aurait tant de choses à dire sur les détails inaperçus de l’existence… Si je me donnais la peine. Mais se donner la peine est peine perdue. L’envie est bien là, recelée, et je jette bien des allumettes dans la cheminée les unes après les autres, sans y croire, celles-ci s’éteignent en plein vol avant d’attendre le foyer.
Tandis que les heures s’échappent, en goutte à goutte, j’entends cette phrase, « à quoi bon ? », toujours résonner en moi.

 

Se donner la peine est peine perdue…

Bâtir sur le coeur

Bâtir sur le coeur

 

Le temps est calme. La légèreté prend le pas sur l’ancienne pesanteur de mes jours. Il me semble que je suis confiant, aujourd’hui. Nulle détresse à l’horizon, aucun océan noir. Cela remue doucement, en moi. Cela se réveille comme après un long sommeil. D’où vient donc cette nouvelle résurgence ?
Même la tristesse est douce. Je ne sais pas d’où ce changement peut provenir. Le Printemps ? Elle ? Elle…

Peut-être les prémices d’une chute prochaine, le signe d’une perdition à venir ? Sans doute cet état ne durera guerre. Je l’ai peu connu, dans ma vie. Je ne l’avais pas connu depuis des lustres, cet état de confiance général. Cette envie de sourire et d’aider les autres. je me rends compte que je suis bien plus en mesure d’aider les autres que je ne l’aurais crû, après avoir réglé une bonne part de mes propres problèmes.
Peut-être ai-je stoppé de trop m’en demander.
Peut-être suis-je en train de m’avachir, de me ramollir.

Du reste, d’infinies émotions montent en moi, que j’ai, pour le moment, du mal à mettre en ordre, en mots. Ils ne viennent pas. Ils semblent s’entasser en trop grand nombre sur le pas de ma bouche. Cela s’encombre, ne sort pas. Comme un paquet de sable encore humide qu’on aurait amassé dans un entonnoir qui se bouche, il n’en sort que de rares grains, qui ne scintillent pas encore…. Le temps… Laisser faire le temps, lui donner sa chance. Sans doute, une transition a eu lieu dernièrement qui est sur le point de se terminer. Les envies se bousculent au portillon… envie de créations, de renouvellements, envie de changer d’état d’esprit, de manière de penser et de voir le monde.
Oh, évidemment, quelques remords viennent de temps en temps me rappeler ce que je n’ai pas fait et que j’aurais pu faire. Composer un bon livre, dire certains mots à certaines personnes.
De mauvais comportements que j’ai eu avec beaucoup de gens.
Pour tout ça il est encore possible de me rattraper. Car rien n’était perdu et je prends conscience que, malgré tout, les gens qui comptent m’aiment toujours.
Je crois que je tire la leçon de mes erreurs, voilà le fruit que je récolte de mes longues réflexions et de mes tourmentes, qui n’ont pas été vaines.
La vie est juste. Elle récompense toujours les élans maladroits mais généreux, les âmes fidèles, les âmes qui n’ont pas perdu leur foi, qui n’ont pas laissé tombé les idéaux, les voeux murmurés au « confessionnal du coeur ».

Enfant lit

J’ai une sorte de règle que je me suis fixé à moi-même, à savoir si un
écrit ne peut pas être lu par un enfant, si celui-ci repousse le texte
en disant « j’ai rien compris », alors ce n’est pas valable. Mais je ne
veux surtout pas dire par là qu’il s’agit de faire dans la naïveté ou
la gnangnantise.
La jubilation je crois, a quelque chose à voir avec l’enfance,
« l’enfance retrouvée à volonté ».
Et l’absence de sens me semble (mais là, peut-être qu’on pourra me
contredire) être incompatible avec cette enfance, qui est d’abord un
flamboiement, une effervescence.

À propos de La Part Infime

C’est vrai qu’il y a quelques phrases un peu désuètes comme « sous les lèvres des amants », mais je dois avouer que j’ai un certain goût pour ce genre de choses, parsemées avec la main légère, surtout si elles sont cernées d’abstractions qui évitent que le texte ne soit totalement noyé sous le cliché.
D’ailleurs, un cliché n’est pas moche en soi je trouve, il le devient quand il est pris dans un contexte lui-même ordinaire ou fade.
S’il ne l’est pas, si le cliché est sauvé par une certaine dose d’abstractions et de surprises, pris dans l’ensemble, il deviendrait alors comme une banalité sublimée. Le tout étant de trouver l’équilibre, dans la musique.
Je ne cherche pas à fuir le cliché, de temps en temps j’en laisse passer quelques-uns, du moment qu’ils sont bien accompagnés. Accompagné d’une belle musique, n’importe quel cliché pourrait prendre une nouvelle dimension.
Le cliché ne me semble pas être un grand ennemi littéraire même si, à première vue, on pourrait croire qu’il faille partir à la bataille contre lui. Le fuir donne parfois un résultat bien pire, l’hermétisme par exemple, ou plus généralement, un gribouillage prétentieux.

Le premier jet est toujours (ou presque) mauvais. C’est pourquoi quand j’écris je fais tout pour ne pas me laisser aller à l’inspiration primitive, je la fais passer avant par le filtre du raisonnement et par le « filtre du coeur » pour lui donner un sens, peser le pour et le contre à chaque mot. L’intuition va à la facilité, c’est la matière première mais ce n’est en aucun cas le produit fini. Enfin, pour moi en tous les cas. Je préfère dire non aux premiers mots qui me viennent à l’esprit, dire non à la muse jusqu’à ce que celle-ci me propose quelque chose qui s’emboîte parfaitement et qui sorte de l’habitude, du « tout-fait » de l’inspiration.
Je crois que c’est ça en fait, le renouvellement, la nouveauté, savoir refuser quelques phrases, même si elles nous paraissent jolies. Au moindre doute, effacer. Au lieu d’aller vers l’expectative (geste qui n’a en fait pour but que de contenter l’ego), je tente de trouver l’inattendu.
Le tout, ensuite, est de trouver l’équilibre pour préserver un certain naturel dans le fil de la ligne, qui masque le lourd travail.
(cette méthode n’est pas la plus facile, par exemple pour écrire ce texte j’ai bien dû mettre au moins deux heures, même s’il fait une vingtaine de lignes, et je n’exagère pas… à la base il doit être au moins trois ou quatre fois plus longs)

 

« Avant de remettre le couvert avant que l’étranger n’intervienne »
Il s’agit de la mort. 🙂

Une chose qui me gênait par contre, mais que personne ne semble remarquer (à la lecture ça ne doit pas sauter aux yeux), c’est la répétition de l’idée que le temps s’arrête, à la fin :

« Jusqu’à ce que tu l’arrêtes dans sa course »
(…)
« Alors il s’arrête, ébloui »

Ça pourrait être presque considéré comme une faute de langage, c’est limite et je ne sais vraiment pas si je devrais le changer. J’ai failli mettre « Jusqu’à ce que tu l’interpelles dans sa course » ou « jusqu’à ce que tu le tires hors de sa course »

J’ai remarqué que tu préferais les passages plus abstraits (d’ailleurs tes écrits sont tissés d’abstractions — mais attention je distingue l’abstraction de l’hermétisme) et moins les lignes plus concrètes voire ordinaires.

 

 

 

 

Parfois je me dis qu’il y a tout un tas de gribouilleurs qui suivent quantité de recettes et d’idées reçues, par exemple « Il faut éviter les clichés », « il faut se renouveler », « il ne faut pas être trop classique », « il s’agit de faire dans l’original », « se démarquer », etc.
Au résultat, ce sont les plus mauvais. Ils ont toutes les soi-disantes « recettes » dans les mains mais passent complètement à-côté de la chose la plus essentielle dans toute création, à savoir, se mettre soi dans ce qu’on fait, mettre sa peau sur la table. Être entier dans les mots.

Il y a tout un monde de reliefs, de crevasses…

Il y a tout un monde de reliefs, de crevasses, de rebondissements, de lignes et d’ondulations dans un drap froissé, alors qu’un drap tendu, parfaitement plat et repassé est ennuyeux à mourir je trouve, on s’y couche mais il ne nous est pas familier, il est trop idéal, froid, on ose à peine le toucher tellement il réflète une perfection qui n’est pas en nous et ne nous appartient pas, alors que les défauts, les cassures, elles, nous appartiennent et sont familières.

Cela participe aussi au souvenir qu’on se fait d’un poème, alors qu’un parfait parfaitement ficelé n’est pas marquant, il est lisse et glisse sur la mémoire, comme un visage sans défauts. Un poème avec ses imperfections, ses bizarreries, sera beaucoup plus marquant. En le relisant un jour on retrouvera les anomalies et on se dira « ah tiens, je me souviens de ce poème, avec ce défaut et le mot rêvasseuse qui sonne bizarrement dans le poème ». Le tout est de ne pas laisser indifférent je trouve.
Le vrai beau a toujours quelque chose, quelque part, qui nous déplaît ou nous met mal à l’aise.

 

 

attention je ne dis pas que le beau met complètement mal à l’aise.
Je dis que dans les plus grandes émotions provoquées par le beau il y a une toute petite pointe d’angoisse, de gêne, et qui augmente la pression sanguine, et multiplie l’émotion un peu comme lorsqu’on tombe amoureux. L’amour et le beau naissent d’une angoisse qui trouve enfin le moyen de s’exprimer, de s’épancher et de se sublimer.

Pense aux plus grandes émotions que tu as connu, celles qui t’ont le plus marqué et je pense que tu verras ce que je veux dire, il y a dans toutes une certaine anxieté, un trouble, et c’est justement grâce à ce trouble là qu’on s’en souvient.

Après tout, qu’est ce qu’une émotion, sinon une peur sublimée ?

Radicalité

Je crois malgré tout que konsstrukt reflète quelque chose de notre époque. Ce qui n’est pas rien, quand on voit la quantité d’auteurs qui reflètent un vieux reflet, lui-même un vieux reflet d’un résidus d’écriture surréalistico-hermético-lugubriesque-capharnaümiomou-pompiousophage

et c’est en cela que j’apprécie son travail.

(lui-même se fouterait de ma gueule en lisant ce que je dis de lui, mais bon)

Il a sa manière de faire… on ne peut pas lui reprocher d’avoir un mauvais style, puisque (je crois), il a rejeté tout style ou, ce qui revient au même, il est incapable d’avoir un style. Et puis, il y a, tout au fond de ce qu’il fait, un profond foutage de gueule de tout, de l’existence en premier lieu, un mélange de nihilisme et de grandes bouffées de rires entre les lignes, qui passe de long en large derrière son travail.

 

 

Entre ce que fait konsstrukt et la télévision en général (pour la citer en bel exemple), je ne vois pas la différence entre ces deux merdes, sinon que l’une nous est présentée telle quelle, et que l’autre nous est offerte avec un beau papier cadeau autour, et du parfum horriblement fort et asphyxiant pour masquer l’odeur. Des gens comme konsstrukt, c’est que la société de consommation mérite, c’est le boomerang qu’elle a elle-même crée qui lui revient dans la gueule.
Si on était un tant soit peu lucides, déshabitués du bruit environnant qui nous rend sourds et aveugles, nous verrions infiniment plus de « merde » dans les médias, dans la soi-disante « humanité » de tous les jours, dans notre affreux laisser-aller, que dans les écrits de konsstrukt.
Konsstrukt est un miroir, il ne faut jamais montrer du doigt l’artiste, il ne fait que refléter. Il nous met en face à face avec une part de nous-même.

D’ailleurs en lisant konsstrukt, si on éprouve un sentiment de rejet, ce n’est pas lui ni son travail qu’on rejette, c’est une part de nous-même et de notre environnement qu’on repousse comme des lâches, des lubies-istes, des poulets joyeux jetés dans le four de la consommation, des autistes aliénés qui font comme si de rien n’était. À l’abri dans le confort du cocon, des anti-biotiques et de l’amour-propre. Et qui iront crever sans avoir été libre et lucide réellement ne serait-ce qu’une seule seconde.

 

Il y a deux façon de faire de l’art, prendre la boue et en faire de l’or, ou prendre cette même boue et la déverser telle quelle. Ce sont deux radicalités. Et tout ce qui n’est pas radical ne vaut pas une fibre de poireau.

 

Que les irréguliers s’expriment.

S’amuser. C’est tout.

Il y en a eu des Bowies de l’écriture sur le net, mais ça ne va pas loin, ça ne mène nulle part. Ils finissent par faire des animations flash ou autre.
Si la vie est une pièce de théâtre, internet l’est aussi, sauf que le rideau est fermé et les acteurs jouent entre eux, derrière, sans se voir, à la manière de fantômes bizarres. Les auteurs sur internet sont des exhibitionnistes intimidés, au service d’aveugles.
Je suis bien d’accord sur le fait qu’on est pas bien dangereux, ici, je suis content de lire ça de te part mais je savais bien déjà que tu étais quelqu’un de lucide.
Que nous sommes auto-complaisants aussi, nous le sommes et d’un autre côté, nous sommes aussi très auto-dépréciateurs, revers de la même médaille, sans doute.
Je ne crois pas qu’on arrête d’écrire parce qu’on ne se renouvelle pas, je crois qu’on arrête d’écrire quand on ne sait plus ou qu’on est plus en mesure d’écouter dans le ventre la musique qui fait danser la vie. Par le sentiment amoureux qui lance l’estomac, par la poésie, par le cognac… C’est, du moins, comme ça que je vois les choses.

Ma philosophie est celle-ci, m’amuser, il n’y a rien d’autre à attendre de l’internet. Mais c’est déjà immense, c’est déjà presque tout. M’amuser prétentieusement à rendre les autres auteurs illisibles (comme dirait un autre…).
Je suis d’accord aussi sur le fait que le forum bleu est le plus vif, dans ceux que je connais en tous les cas. Qu’on ne se renouvelle pas, non. Se renouveler est une lubie d’écrivailleur de seconde zone, on est toujours les mêmes, on creuse le même « trou » ou le même « ciel » selon les points de vue. On affine sa technique, le style, sa force, du moment que l’argile est suffisamment « fraîche » pour être encore malléable, on attaque la terre d’un côté ou de l’autre, mais c’est la même argile qu’on travaille, la même ligne conductrice qu’on suit. Après, c’est une affaire de maquillage et de choix de pots de peinture. La quête du renouvellement est un mirage de bas étage il me semble, ce qui importe plus, je crois, c’est se maintenir, sans cesse, en-dehors de nos habitudes, du confort, maintenir une vue fraîche, extérieure sur le monde, un feu sacré, le renouvellement, ça vient après, comme une conséquence de tout ça.

C’est aérien. C’est léger comme un conte pour enfants…

C’est aérien. C’est léger comme un conte pour enfants, mais il y a ce petit quelque chose en plus qui le distingue d’un conte ordinaire. Ça frôle la futilité sans y tomber vraiment. C’est un jeu d’équilibre bien maîtrisé. Sans tourmentes.
La légèreté a aussi sa force, peut-être d’autant plus que notre époque est effroyablement pesante. Par les temps qui courent, la simplicité et la légèreté sont un joli pied de nez, un étirement de la langue bienvenu en direction de la lourde folie du monde.
Il y a de la poésie dedans. Cette bizarrerie qu’on lance vers le ciel, en musique, pour rendre hommage à ce je-ne-sais-quoi, ce « peut-être » qui serait le simple fait d’être en vie.
Un « peut-être » qui résonne d’une oreille à l’autre et remonte vers le ciel en colimaçon. On a les lobbyistes, qui influent sur le cours du pétrole. Et les autres comme nous, les lubies-istes, qui influent sur le cours du nuage.

Poésie vendange 2007

Prenez une sorte de rythme
Des expressions qui ne veulent rien dire mais qui paraissent jolies
Un choix de vocabulaire : visage, corps, ombre, aube, mouvement, île, aile, mains, chant, souffle, arbre, pierre, silence, lumière… Le plus à la mode chez les poètes (surveillez les cours de la bourse aux mots)
Dans le cas où le poème paraît trop pur. Pour éviter de paraître fade ou bebête, ajoutez quelques mots surprenants et pas catholiques.
Cela donnera du ton au texte, un caractère certain. Un vrai génie se doit d’utiliser des mots sales parfois.
Si possible, des mots rares aussi (ou inventés mais c’est plus risqué).
Trouvez le juste équilibre entre le concret et l’abstrait.
De la métaphore, de la métaphore, de la métaphore

Si on comprend rien, c’est pas grave, c’est de la poésie. Dans la nuit l’imagination a vite fait de voir mille génies. Préférez le mystère.

Tritouillez tout ça savamment

Surtout, évitez le piège du sens. Si, après sa lecture, le lecteur serait capable de dire de quoi parle ce qu’il vient de lire, c’est très mauvais signe. On doit se faire chier, oui, mais en poésie. Faîtes dans le beau (sauf si une pincée de laideur passe à la mode). Dans l’abstraction, dans la spontanéité. Un peu d’automatisme mais pas trop.

Vous obtiendrez la poésie vendange 2007

Par-devers moi

Par-devers moi

J’ai vécu longtemps dans ce mélange bizarre d’avenir et de passé, où rien ne se produit. Je me suis d’abord pensé différent, je l’étais. J’ai voulu croire que je n’étais pas malade, je le suis. Suite à une éducation malheureuse, où la mort et l’échec sont portés en flambeaux. Où je n’étais aimé que lorsque j’étais maladif et mort. Enfant à-moitié désiré, enfant produit d’un amour crépusculaire.

Je comprends maintenant que je ne vais pas bien, et qu’une distance énorme sépare l’apparence que je donne, de mon moi. D’où le sentiment que la vie est ailleurs, que je suis en-dehors. Je le suis véritablement, je flotte sur les choses, je m’éparpille en ivresses éphémères. Je chasse le bonheur, trappeur immatériel du désir, le bonheur indistinct qui me fuit. Et quand je veux le serrer et le faire mien, je l’écrase malgré moi dans le piège à loups . Je retrouverai ma liberté derrière les prisons singulières. Je retrouverai ma liberté sous le tas de poussière de ma vie, je le jure sur mille bontés et sur milles trésors. Fini les prières, je suis seul responsable de mon devenir. Sèche tes larmes, pauvre saule-pleureur. Je parcours les rues à l’abri d’une langueur hémisphérique, je parcours en pensée les millimètres qui me séparent de la sortie du labyrinthe de la citée interdite. Flâneur, butineur de cathédrales, en plein-champ de la caméra du soleil, je suis seul loin des choses comme je me sens toujours seul loin de la comédie de la vie. Mon triste désoeuvrement, je recouvrerai la parcelle, je creuserai la terre pour trouver mes solutions. Je ferai de toutes mes maladies des flacons enivrants, je placerai la couronne végétale autour de ma tête, comme preuve matérielle que je suis bel et bien, le butineur, c’est à dire : le chasseur de butins. Je creuserai dans le mur, je retrouverai mon chemin à travers les perditions. Je ferai bien les choses. Je me remettrai à écrire, l’écriture sera ma clef nouvelle.