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Clous

Tout ce que tu aimes est né de la guerre.

J’ai cultivé ma mort dans un nuage

J’ai cultivé ma mort dans un nuage
Avec son petit train lent dans le ciel
J’y ai fait germer figurines, songes, insectes
Amitiés,
Tout ce dont j’ai moi-même causé la mort
À un moment ou à un autre de ma vie
D’ici je les aperçois parfois
Quand le ciel est bas, ils passent
Me font signe
Ça n’est pas un désir de vengeance qui les anime
Bien au contraire, il me semble
Qu’ils attendent de trinquer avec moi

Clous

Tout entier vers ce qui fuit
Ce qui se tait, et disparaît

Une petite bosse

J’ai depuis toujours une petite bosse derrière mon crâne. Enfant, je la sentais quand je me couchais sur un sol dur. Un jour je disparaîtrai, et cette petite bosse s’effacera avec moi.

Main de Cosmos

J’ai fait le ménage dans ma langue. Pour y anéantir quelque chose de lourd. Désormais je ne sais plus bien parler. Une main me fait me taire. C’est la mienne propre.

Clous

L’amour ne sort pas des eaux sans quelques algues attachées à ses chevilles ni sans quelques angoisses.

Volatilisation

Ce que je réclame, c’est le silence, au fond je n’ai jamais rien demandé d’autre. Exception faîte de ta venue dans mon univers, il me semble. De ta petite main électrique, de tes cheveux ébouriffés, de tes bras potelés. On eût dit que l’être humain est fait de cire : la chaleur le confond. Le Soleil le met en pièces. L’être humain est conçu pour la volatilisation. J’en réclame le prélude.

Si tu le trouves

Si tu le trouves, regarde-le, retiens-le avec tes yeux, il ne décampera pas de sitôt, tu peux me croire. Il se couchera à tes pieds, avec ses dents de loup, tournées en direction des étoiles. S’il parle du temps qu’il fait, ne prends pas la peine de répondre, il veut savoir si tu sais écouter. Seulement écouter, rien d’autre.

Le cercle du malheur a lui aussi se fêlure

Le cercle du malheur a lui aussi se fêlure. J’avais jusque là pris la vague noire de la mélancolie, du sabotage amoureux. Les justifications étaient nombreuses : missions mystiques, mystérieuses, l’écriture en lieu et place de la vie. La vérité est autrement plus simple : je m’étais glissé dans un pli. Une attente longue et nébuleuse dont on a fini par oublier l’objet.

Clous

Si l’on veut écrire quelque chose de potable
Encore faut-il commencer par tout jeter au feu

Clous

Les choses que j’aimais
Plus que jamais me sont inaccessibles
Mais plus que jamais
Je me dirige vers elles

Language de la poésie

L’opaque en poésie
N’est guère autre chose qu’un manque de générosité

Comme des médecins, des notaires, des avocats, et d’autres utilisent parfois des tournures absconses
Pour imprimer sur vous leur supérieure expertise
Ils ne font que dresser la frontière
Et le mur, sans le savoir, qui les enterre vivants

N’écoutez pas les poètes qui parlent le language de la poésie

Clous

La première phrase qui passe dans ton esprit.
Ignore-là, réserve-là.
C’est la mie, pour les oiseaux.