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Un grand rosier

Je guette et je chasse la nuit, une bête à travers les bois nus, elle me tance, me nargue, je feins de l’ignorer, pour mettre à l’épreuve sa méticulosité. La prise sera sans doute l’aboutissement de ces milliers de rêves assujettis. J’ai frayé avec l’absurde, il ne m’a jamais quitté. Et ma stupeur féconde un grand rosier.

Clous

Enfant
Le signal lumineux du passage piéton
Me déroute doucement vers les étoiles

Chasses Fructueuses

Le chat fixe quelque chose
L’inconnu, la nouveauté
Pour lui subsiste toujours
Dans cette somme d’éléments mouvants et sonores
Quelques potentiels de chasses fructueuses

Le soir, je convie l’euphorie à ma table

Le soir, je convie l’euphorie à ma table, je dresse les stratégies, le couvert, j’exerce des dialectes nébuleux dans le but avoué de soulever son intérêt et de la soustraire à son inattention. J’arrive à l’heure dite, la maison est prête, jusque dans les moindres détails. Ma faculté d’adaptation a été poussée à son paroxysme afin d’être en mesure de m’ajuster à ses soubresauts, à la plus infime de ses extravagances. Je veux pouvoir lire dans ses yeux au moins une ligne, un mot. Quelque chose. Peut-être ne se décidera t-elle pas à parler ? Peu importe, je jouerai des claquettes, je ferai danser les brioches au bout de mes fourchettes, ou je me replierai dans une angoisse qui la fera se sentir moins seule dans son obscurité première.

Cheval de trait

Une fine membrane me sépare d’une chose que j’ignore, et c’est avec une éphémère et lente euphorie que je vais à tâtons à sa rencontre. Cela m’a semblé briller l’espace d’une fraction de seconde. Pulsar milliseconde. C’est tout, ça n’est pas rien, quand on est dans le noir, un peu seul. Mais surtout dans le noir. Surtout seul. Être un cheval de trait, chargé, mais sans but.

Le risque étant

Nous avons pour habitude de miner l’émerveillement, sitôt pris au piège, bord à bord entre deux nuages, tout prêt de convoler avec les nébuleuses, quitte à ne jamais nous en départir, le risque étant.

Mémoire lisse

J’ai la mémoire lisse, au lieu qu’elle soit dentelée, et c’est tout juste si elle est en mesure d’accrocher quelques nuages poreux

Clous

Au réveil
J’étais dénué de bornes

Fainéantise

Sensation d’un univers entier engoncé à l’intérieur. Ma gorge est un barrage, sur le point de fléchir, mais qui ne fléchit jamais. J’ouvre quelques vannes qui ne puisent pas précisément là où se trouve le sac amniotique, que je manque de percer. Elles puisent plutôt à côté, dans quelques cadavres de rivières. C’est moi-même qui me fait manquer la cible, simulant une bourrasque, ou accusant un orage. Je rechigne. J’ai la fainéantise des gens confortés.

À La Volée

En avant, marche ! vers le sublime. Ils nous trouveront demain matin, enlacés dans les hautes herbes, tes cheveux débordant sur ma tête à-demi chauve, ta main sur ma bedaine ursine. Je t’embrasserai à la volée, voie-lactée.

Idée folle

C’est une idée folle que celle de vouloir être aimé par ses pairs, de s’y suffire, plutôt que par les gens dits ordinaires.

Antoine Emaz

À mes yeux on est dans le « sucre pur » dénoncé par Gombrowicz.
Les écrits sont saturés de ces termes bien placés sur le marché boursier de la poésie à savoir corps, peau, paysage, mots, herbe…
(Non pas que ces termes soient « interdits » mais en l’occurrence ils sont choisis avec une précision chirurgicale car ils dénotent la poésie telle qu’elle doit être présagée)
Et les images fièvreuses et mièvres à la fois qui font poésie du type : « être là » (à la ligne), « dans son taire », « la peau les os », « bleu trop loin (à la ligne) autre »
Il dit que la poésie doit faire vivre intensément mais je ne vois pas la générosité, ni la simplicité, sa fidèle compagne.
Je ne sais pas comment vivre plus intensément dans le formel rêche, sec et ultra éludé.
Il ne me donne rien pour vivre.
Ça écrit par tous les pores que ça doit faire poésie.
Une poésie généreuse et qui fait « vivre intensément » à mon sens doit pourvoir être comprise et aimée par un enfant de douze ou treize ans qui n’a pas encore succombé à la masturbation mentale.
Cette écriture ne s’adresse pas aux gens mais au monde de la littérature.
C’est l’archétype de la poésie française contemporaine moribonde à mesure qu’elle crie sur les toits qu’elle puise au sein du vivant, c’en est presque devenu une manie chez les poètes.
« J’écris donc à partir de ce qui reste vivant », « la langue devrait toujours être subordonnée à vivre », étrange effort que celui qui consiste à s’affirmer dans une recherche du vivant, c’est un peu comme si la vie dans le texte ne parvenait pas à parler d’elle-même.
C’est une poésie qui veut s’affirmer dans le contraire de ce qu’elle propage.
Il veut que la poésie soit d’usage quotidien : elle n’est pas écrite pour le peuple, pour les gens.
Il veut que la poésie soit corps (manie impayable aussi de la poésie contemporaine), quand elle est le produit pur d’un dédale intellectuel.

Extrait du texte de Gombrowicz dont il est question :

« Pourquoi est-ce que je n’aime pas la poésie pure ? Pour les mêmes raisons que je n’aime pas le sucre « pur ». Le sucre est délicieux lorsqu’on le prend dans du café, mais personne ne mangerait une assiette de sucre: ce serait trop. Et en poésie, l’excès fatigue : excès de poésie, excès de mots poétiques, excès de métaphores, excès de noblesse, excès d’épuration et de condensation qui assimilent le vers à un produit chimique. »

Witold Gombrowicz, La Havane, 1955, Contre les poètes, Editions Complexe, Bruxelles, 1988.

Karitas

Le retors buté rongeant son frein frémit
       Dans l’air frais du soir
Le sourd à l’aurore s’auréole d’horizons rayés
       Le matin est clair et beau
L’insensible ignoble s’éblouit de blêmes bleuités
       Écoutant un chant d’Hildegarde de Bingen
Le lassé délaissé finit finalement par enlacer
       La jolie fille qui ne cesse de rire
L’indocile sans ciller se défile dès lors que scintille
       Véga dans la constellation de la Lyre
La teigne ténue évasivement s’atténue
       Dans un livre de poèmes

Post-mortem

On s’étonne gaillardement que la poésie n’est plus lue que par les écoliers et les autres poètes. J’écris « on s’étonne » mais les poètes donnent guère l’impression de se poser la question. Peut-être ne souhaitent t-ils plus même être aimés. Ils jouent avec le cadavre. Ils ne se préoccupent pas de parler aux gens, encore moins d’être compris par eux. Ils ont la tête dans le fameux « sucre pur » de Gombrowicz. Ce dont ils se préoccupent, c’est du panneau indicateur Poésie. La poésie peut demander un effort, mais elle doit rester lisible. Elle doit pouvoir être aimée par un enfant.
L’excuse de la poésie « Hors marché », « hors marketing », je n’y crois plus. Cette excuse est venue après sa dilapidation. C’est une justification après coup. La poésie n’est plus lue parce qu’elle a cessé de s’adresser aux gens, pour ne plus parler qu’à elle-même.

Varappeur

Quelques marches de plus et j’étais sur le point de nuire au néant. Le jour est pourtant bien levé, je me suis levé avec lui comme à l’accoutumée, accompagné d’une douleur dorsale légère. Ne pas prendre le temps de musarder à la fenêtre, monter plutôt quelques marches supplémentaires. Toute une somme d’efforts afin de se donner un air présentable. Me suis-je bien levé sommes toutes. Il m’arrive épuisé de prendre appui sur la rampe, tant l’ascension me paraît inexorable. Exhorté de continuer, de vaincre la marche suivante. Pourtant la joie monte en moi comme une montgolfière. Plein gaz vers le sommet qui se renouvelle. J’enjambe des mourants, des assommés, des mains serrent ma cheville, je peine à m’en débarrasser. Pas de temps à perdre avec des enfantillages de mourants. Il faut monter, tout est là, et si je descends je ne serai plus rien. Mais voilà que, n’en pouvant plus je m’affale sur le mur, mes yeux se referment. Alarme, tocsin, foudre. Vitre brisée. On y lance des cailloux, j’entends que la foule s’impatiente en contre-bas. Des enfants réclament quelque chose de moi. Je rouvre les yeux. Me réveille bel et bien, sans trêves.