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Clous

Une
succession
de
feux
verts

l’amour

La pluie

Les petits démons
reviendront toujours
par la force des choses
me surprendront
nageant en plein bonheur
divaguant le long de la vie
ils sont ainsi faits
ils reviennent toujours
dansants tournoyant
pour faire venir la pluie

Le réveil après la mort

Patiemment demander aux étoiles
De nous accorder quelque chose
Un petit rien
Une brindille
Une allumette
De quoi faire un feu
De quoi engendrer l’incendie

Renouveau

J’imagine
qu’il faut s’y abandonner
allons
ça n’est rien
rien du tout
seulement
s’y abandonner
à ceci qui vient
voilà tout

Avis

Avis
Cherche être vivant
Perdu le : date inconnue
Nom : Doux et sonore
Entraperçu pour la dernière fois quelque part aux environs du jour, parmi les nuages, ou forçant le pas dans une foule rapide. Le temps d’un courant d’air, à peine, tout juste. Peut-être déboussolé.
Si trouvé, merci de ne pas me contacter, ni de contacter quiconque d’ailleurs à ce sujet, seulement le choyer comme il se doit, et l’étreindre longtemps, longtemps.

Clous

J’ai fait le tour
je n’ai rien vu
tout éclaire

Clous

Un certain goût pour les étoiles
M’empêche de tirer le rideau

Faire violence

Courir après les libellules
Les tintements vagues
Qui de loin sonnent comme des invitations
Courir après un front très lisse
Très blanc, sous de longs cheveux noirs
Et passer des obstacles qui n’avaient pas lieu d’être

Rêve de moutons électriques

Rachael est là de tout son poids, c’est à dire de pas grand chose. Une plume, au grand max. C’est à peine si le matelas fléchit. Il émane de chaque objet de la chambre une lueur violette, diffusée depuis la rue par les lampes au phosphore. Entre ses doigts le ventre écarlate d’une luciole est consumé lentement, des volutes s’en évadent. Elle pense y rester. Tôt ou tard, ça viendra. C’est dans l’ordre des choses. Les êtres comme elles n’ont pas été conçus pour un séjour prolongé sur la Terre. Avec son poids d’oiseau, elle finira par s’envoler. Broyée entre des mains inattentives, aimantes ou stratèges, peu importe. Elle terminera sa nuit dans les mains d’un chasseur. Le résultat sera le même. Elle rejoindra le paradis électrique. Les âmes vives autour sont nombreuses qui refusent de lui prêter vie. Elle y tient pourtant, depuis le premier jour. Sa mémoire, sans doute créée de toutes pièces. N’en va t-il pas de même pour les hommes ? Comment peuvent-ils être aussi sûrs de la véracité de leurs souvenirs ? Ils tiennent à cette certitude. Elle tient à l’existence. Non moins factice. Non moins poussiéreuse. Et non moins digne d’être vécue.

Les côtés

Sur un point d’équilibre. D’un côté, la cessation revendique son assise, me propose, sur son plateau d’argent, la terminaison de tout, dénuée d’embarras. C’est le confort rond de la capitulation, son appel d’air, guère résistible. C’est le lit déjà fait, où l’on peut s’affaler. C’est l’abdication, avec sa sensation consolante. Le cadeau diffus, l’odeur rance mais familière de cadavre. L’autre côté ne réclame pourtant pas plus d’efforts ni de volontés. Pour l’atteindre il suffit de pointer son attention vers lui. Il est le soi à devenir. À se faire jour. Mais il n’a pas la consolante, la lumière irisée et noire, l’attraction magnétique du premier côté. Voyez déjà comme le premier côté déteint sur le second. Je me tourne vers le second, et ce sont les sensations du premier qui continuent de faire écho en moi. Il semble que la membrane qui sépare les deux côtés ne soit perméable que dans un seul sens.

Fragment

On hésite à livrer au monde nos éparpillements, nos chères et magnanimes étoiles personnelles. C’est qu’elles pourraient décamper d’un coup, en cortèges, sans un geste d’adieu. Sans mot sur le frigo, sans promesse de retour prochain, sans rien. Vexées peut-être d’avoir été livrées à de glabres embûches.
Solidement gainé dans la conque du retenu, on ne court pas grand risque, sinon de voir le prolifique devenir hésitant, l’hésitant devenir interlope un jour, quand le faisceau n’y sera plus, et quand nos petites étoiles personnelles auront terminé de se figer dans la glace. Il n’est pas bien difficile d’ouvrir en grand le cœur, pour le reste, c’est un travail de récoltes et d’offrandes. D’offrandes, surtout.

Dans le retrait

L’inerte m’assaille
Par instants
Confondus nébuleux
Je me défends avec une vaine arme
Dans le retrait

Le Sioux

Un vivant et joueur animal loge en moi
Félicité le meut comme une faim en soi
Dans ma bedaine nul poisson ni oiseau rare
Juste un logement sûr pour sa tête d’hilare

Fier, rusé comme un sioux, rarement raisonnable
Ce farouche gourmet est sans cesse adorable
Sa moue me tient en joue, sa gorge de choucas
Jacasse à la façon d’un diable délicat

Un semblable animal a sa raison de vivre
Au pied de mon chateau, sur la page d’un livre
Quand je traque un poème il va selon mes pas
Au nuage-papier pour me servir d’appât

Électrolytes

Ils ne se parlent plus les hommes ils s’échangent
Les hallucinations de leurs yeux éblouis
Chacun dans sa prison écope l’éboulis
Colle une oreille au mur pour quelques mots étranges

Un vagin gigantesque au ciel fait le roulis
Les haleurs interdits ont déserté la rive
Chacun tient sa lubie sa tangence naïve
Les poètes floués mutilent l’inouï

Leur silence souligne un vaste étranglement
Iront-ils comme moi dans l’excès litigieux
Malhabiles chassant un essor silencieux
Point aveugle où la Terre oscille étrangement

L’éloigné

Un petit rien m’attend après le parapet
Un petit rien cousu de fil d’or par la nuit
Le chiffon laissé là tout inondé de pluie
La mort avec ses tics fin prête à me boucler

J’ai la bouche collée au téton de tristesse
Vois-la se dilater lestée de ses splendeurs
Dieu seul sait la poussière où finissent les pleurs
L’Homme est un animal piégé par la tendresse

Relève

Pour me faire une idée j’ai grimpé la colline
Excitée par le soir par le cri d’un serin
Ce petit rien qui brille a fait monter ma faim
La ville telle quelle en rêvant dodeline

Caressée par la nuit — influence première
Dérogeant tout entière au Soleil et ses mues
Je me dore sans mal d’engeances détenues
Regardez-moi border leur ombre traversière

Sans pouvoir m’empêcher d’y glaner les fleurs noires
Ouvertes à-demi — la Lune les enclenche
Leurs pistils parfumés ont laissé sur ma hanche
Un beau leurre assassin d’attaches dérisoires

Ne cessez pas surtout de les disséminer
L’éclair a tonné clair là-haut dans les nuages
Je m’allonge tranquille au feu de ces mirages
Et garde l’œil ouvert sur la meute inclinée