1773

5 avril 2014
224

1773-Lulle

 

1773. Je pose un doigt sur la signature. Une odeur de papier ancien, de poussière sans âge me monte dans l’âme. Je cherche un lien entre l’être qui a laissé ces mots, et moi à travers le temps. J’essaye de m’imaginer sa vie et sa représentation mentale du monde, son histoire. Je ne sais pas. Je n’en sais rien, c’est trop loin. C’est juste sous mon doigt.

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Mon legs

9 février 2014
223

Je dédie, pendant qu’il est encore trop tard
Ce mince fragment désuet de lignes courtes
À jeter au puits, qu’il soit matériel ou
plus communément, immatériel, ce vœux
si plein de pressentiments variés
qui valent la peine chacun d’être dits tour à tour…
de la même façon que les nymphéas
valent la peine d’être déposés délicatement
à la surface d’une eau claire, et calme
et remplie de sagesse bouddhique, et visibles par tous les hommes sur la terre
cette eau que nous avons tant aimée, au fond de laquelle
nous jetions inocemment quelques piécettes sans valeur
tout en faisant un vœux, encore, un plus ancien
plus chaste et crédule, celui-là même qui disait…
« j’envisagerai le ciel une fois de plus en me disant que le bleu, jamais
le bleu de ce ciel là ne fût plus bleu qu’aujourd’hui
qu’aujourd’hui même
qu’aujourd’hui »

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Arctiques

13 décembre 2013
222

J’ai réalisé souvent que j’étais incapable d’écrire pour moi-même et quand je le faisais, je jouais en quelque sorte un rôle qui n’était pas le mien, j’entrais dans une ironie, un mensonge comme si, en fin de compte, je devenais mon propre dupe. Je n’ai jamais été autant moi-même que lorsque j’écrivais pour quelqu’un d’autre et mes lettres ont à mes yeux plus valeur que les innombrables poèmes, écrits seuls, jetés, comme des feuilles au vent, dans les mares aux poissons. Je m’ennuyais à écrire à personne en particulier et souvent, ne pouvant, à chaque coup, m’inventer une présence jusqu’à réellement sentir son souffle tiède sur le revers de ma main, j’étais bon, une nouvelle fois, à jeter du sable sur le sable, de l’eau dans de l’eau, ennuyé, tournant en rond, seul dans l’ennui, seul. C’est que je tenais à écrire pour quelqu’un qui n’était pas là, n’éprouvant, à la manière de Desnos, de désirs illimités que pour ce qui n’était pas ici, étant fou amoureux de l’absence que je tentais de sacraliser, de faire mienne à l’aide d’une magie convulsive et poétique. Je n’étais pas, comme Proust, déçu par le réel qui, le plus souvent, si ce n’est toujours, m’a conforté dans ces élans magnétiques. Bien que n’étant pas déçu par lui, je n’étais pas en mesure de le maîtriser ni de le faire mien. J’étais surtout déçu de moi-même. Habitué à étreindre une ombre, à déceler la moindre parcelle vivante dans le vide des nuits, habitué à mes espaces, à mon territoire personnel, je ne savais plus, une fois dans le réel, gérer les innombrables évènements qui le constellaient, les informations étaient trop nombreuses, ou trop lourdes et mon imagination, capable de distinguer la lumière et la vitalité dans un trou d’ombre, ne savait comment se comporter dans le jour crû, ou il n’y a ni rideau ni parapet derrière lequel me cacher et réinventer le monde, de loin.
J’étais donc très maladroit, lâche, et le réel me déchirait.

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Habiter/être habité

12 décembre 2013
221

nora-ishiguro-small

 

 

Il existe certaines photos, ou toiles, que j’ai observé tant de fois, chaque jour, pendant toutes ces années que désormais, les personnages ne sont plus des personnages mais des êtres, lesquels, quand bien même ils n’ont pas ou plus d’existence propre ici-bas, semblent s’être infiltrer en moi, si bien que la mémoire que j’ai d’eux se mêle sans mal aux souvenirs des êtres que j’ai réellement connu. Ils n’ont pas de nom, ils n’ont pas même d’histoire, sinon des bribes, mais ils ont leur personnalité, et leur présence en moi est tout à fait reconnaissable et familière. J’éprouve, pour eux, des sentiments puissants, de la même façon que je pourrais éprouver des sentiments pour un auteur dont au moins un poème m’a bouleversé, que je n’ai pas connu autrement que par ses écrits, et dont j’aime les traces qu’il a laissé de lui sur la terre.

Bien souvent, j’obsèrve le même portrait d’une personne que j’admire, tentant de lire dans son regard, ce qu’il pense de moi, ce qu’il pense de ce que je deviens. Je tente de savoir si je suis sur la bonne voie, si je mérite sa considération, si je suis, de près ou de loin, digne qu’il me regarde. Peut-être comme un médium devine une réalité future ou présente dans une boule de cristal, dans les entrailles d’un animal, j’examine, mon propre devenir au fond du regard d’un être cher. Son expression n’est jamais la même, bien que j’aie conscience de mettre une grande part de mon état d’esprit dans son regard, de lire mes propres états d’âmes, espérances ou culpabilités dans ses prunelles, il me semble que ça n’est pas tout, il existe toujours, comme le marc de café au fond de la tasse, un vestige, un tremblement, une âme vivante qui nage, qui m’inspire, m’ordonne ou me guide, et que je dois suivre. Ainsi qu’un promeneur égaré la nuit, dans une forêt dense, part à la poursuite de la luciole fugace qu’il a vu au loin, parce que c’est l’unique lumière qu’il a aperçu, parce qu’il n’a nulle part ailleurs où aller, parce que sans elle il est perdu et pour obéir à son cœur, il doit suivre ce qu’il aime, même si ce qu’il aime est folie.

Tandis que j’observe ces représentations, je puise en elles, je laisse aussi une part de moi, comme un chat laisse un peu de sa salive dans une coupelle d’eau fraîche.
Il en va de même des êtres passés dont je croise parfois le portrait, qu’ils soient de ma famille, ou non. Non pas qu’ils me regardent, ils ne me regardent pas. Ils ne m’ignorent pas non plus. Leurs émotions, leur histoire, la rumeur qu’ils ont laissé, les convulsions, emportées par le vent. De ces corps ne subsiste que leur image, en ce moment ils ne sont ni au costa-rica, ni en allemagne, ni en chine, ni même dans la tombe, parmi les os qu’ils ont quitté depuis longtemps, ils sont là, devant mes yeux et dans ma pensée, comme ils sont peut-être dans les yeux et dans la pensée de quelqu’un d’autre, au même moment, que je ne connais pas. Après tout, l’idée que nous nous faisons de nous-même, des femmes ou des hommes, joue certainement un plus grand rôle dans les échanges sociaux, comparé à ce qu’ils sont réellement, si tant est qu’il soit possible de dire que nous « sommes réellement », quelque chose de tangible, de suffisamment solide et durable mais ça n’est pas le cas : les facettes des êtres sont innombrables et changeantes, kaléïdoscopiques, quelque part, monstrueuses, il n’est pas possible de les connaître toutes avec exactitude et pour toujours, dès lors, l’imagination joue son rôle vital, elle recrée sans cesse les êtres que nous côtoyons, elle vient peupler le monde intérieur, dont le réel est le reflet, imagination sans laquelle la réalité ne serait qu’un inextricable, un invivable brouillon et la communication entre les êtres, impossible. Il me semble parfois que ma vraie demeure est dans ce que je regarde. Il me semble aussi qu’un million d’êtres ont élu domicile dans le château intérieur de ma cénesthésie et je me dois, à chaque instant, de les remercier, indéfiniment, sans jamais cesser, de leur offrir mon sang, sous peine de voir la fuyante lueur à jamais disparaître.

 

 

Photo : Nora Ishiguro

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Douceur orange du soleil régnant

11 décembre 2013
220

J’aimerais bien te dire à quoi cela me fait penser.
D’ordinaire, je tais au mieux la pensée lorsque je lis un poème, préférant porter mon attention sur ce qu’il dégage, appuis de l’imaginaire, éclats de hasards heureux ; je tente le coup, je plonge, je marche, je n’ai pas d’expectations particulières, je donne simplement une chance au texte, chance de se montrer, de passer une tête par-dessus le muret, de me faire voir. En qualité de lecteur, j’attends, au coin d’une rue intérieure, que le poème s’approche, vienne à ma rencontre à l’heure du rendez-vous, l’effort de concentration est équilibré, pour ne pas ni le forcer, ni le rater, ni l’abîmer par un afflux de pensées étrangères, chargées et parasitaires.
L’attendre, ça ne signifie pas rester passif, le lecteur est lui-même le poème qu’il est en train de lire, il le crée au fur et à mesure, de la même façon, peut-être, qu’un rêveur est lui-même ce qu’il observe, et que ses yeux blanchissent imperceptiblement lorsqu’il observe et pense la lune. L’attendre, c’est sans doute seulement, lui donner cette chance pleine de respect, d’éclore au-dedans, dans un repli de la terre.

Si, une fois la lecture terminée, je réalise que le fil de la pensée n’as pas réellement été bouleversé, cela signifierait que j’ai raté le poème, ou bien que le texte est lui-même raté et ne révèle rien de vivant et de perçant, le harpon aurait manqué sa cible. Penser est ordinaire, la pensée à elle toute seule dans la poésie est atrophiante, je préfère plutôt sentir, m’imprégner, lorsque je suis prêt, ivre (non pas d’alcool) ou lorsque je me sens poète, cela est plus facile. Pourtant, c’est d’autant plus réussi, quand, alourdi par les rites journaliers avilissants, l’esprit n’est enclin ni à la féerie ni à l’exaltation, ni au soulèvement des choses intérieures et silencieuses. Lorsque, dans ces moments de défaite, le texte parvient tout de même à m’extirper, plus puissamment encore que la musique, il m’entraîne, je m’oublie, l’environnement taciturne et sans surprises cède la place au foyer multicolore, riche de possibilités, de nouveautés.

J’essaie de ne pas juger un poème selon que ses idées sont justes ou éronées, fondées ou non, que ses lignes soient parfaitement agencées, mais plutôt, je sais qu’un poème a été une réussite pour moi quand, après avoir terminé ma lecture, des personnages, des images, des sons ou des parfums, surtout des émotions, nagent dans mon esprit et commencent sans mal à faire du château intérieur un foyer favorable et fertile.
Saisir intellectuellement un poème n’est pas l’objectif primordial, mais disparaître en lui, me fondre dans le ressenti de l’auteur, le faire mien, le faire parler au-dedans, ou parler en lui, cela me semble infiniment plus intéressant. Ainsi, j’ai du mal à dire « voici ce que je pense du poème » c’est le poème qui, en quelque sorte, me pense, et mène sa vie dors et déjà en moi : dès lors, il reparaitra demain lorsque, en ouvrant machinalement la grille qui donne sur la cour intérieure de mon immeuble, j’apercevrai sur les pavés, dans une flaque d’eau de pluie, le reflet persistant du ciel crépusculaire, alors me reviendra en mémoire la « douceur orange du soleil régnant », ne sachant plus si je l’ai rêvé ou réellement connu, mais peu important, puisque la sensation est là, nette et persistante.
Si un poème est puissant et qu’il se rapproche réellement de ce que certains osent encore appeler l’infini, il est en mesure, dans un cœur qui n’a pas oublié, de faire taire le monde, l’espace d’un instant, comme pour mieux le réenchanter.

Ainsi, le poème ne me fait, véritablement, penser à rien de très précis, et c’est très bien, et c’est toute sa force. Il m’incite à écrire, à retourner, à rêver ou à aimer plus profondément, il ranime, rappelle, rallume une lampe, quelque part, ailleurs ou ici, derrière une fenêtre, ou sur une table de nuit.

 

En réponse au poème de Claire : http://angle-vivant.net/comptoirs/index.php?id=3349

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Je voulais être sûr de n’avoir rien raté

29 novembre 2013
219

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Territoire

26 novembre 2013
218

« Cela n’est pas dû au fait que tu ne parles pas. Tu parles. »

Une pierre, saisie délicatement au sol, à la forme idéale, tu la regardes quelques instants, la tournes entre tes doigts, en retires la mince couche de terre brune. Tu la déposes entre deux autres pierres, au millimètre, avec toute l’attention nécessaire, retenant ta respiration, afin de limiter au mieux les tremblements de tes mains, entre deux battements de cœur pour ne pas dévier. Le muret est désormais au niveau de ton front, tu te retournes et tu cherches, une autre pierre, ce manque, qui se découvre, sans un mot, étouffé, tout de même rageur encore des pertes, des remords entassés, pollutions d’ordres obscurs. Le domaine est vaste, les pierres ne sont pas difficiles à cerner, il y en a tant que tu ne sais pas laquelle choisir, tu t’en remets au hasard, toutes ces choses encore. Une autre, de forme semblable, tu t’arrêtes sur celle-ci, tu aurais pu en choisir une autre, tu t’en moques, c’est celle-ci, ça n’est plus celle-ci, il n’y a plus d’autres choix. Le muret est solide, mais dans ta tête, c’est un château de cartes, il vacille, ce sont tes yeux qui vacillent, il s’agit de faire attention, d’être bienveillant, d’y mettre de l’affection, laisser une chance, qui sait, peut-être ? peut-être pas. C’est le niveau supérieur, et si la lumière se fait plus rare, l’air y est plus dense, le vent le contient, le porte, tu ne le sens plus, mais tu ne sens plus grand chose et c’est tant mieux, n’était-ce pas ce que tu cherchais, après tout, non, rien. Rien, pas même un mince espace entre les pierres, par là, il aurait pu entrer un peu d’air, un visage, une main, une feuille de papier, il n’entre plus rien, il n’en sort plus de ta mémoire, et le muret le tiendra dehors, c’est entendu. Qu’en sais-tu ?

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Clous

25 novembre 2013
217

Après l’insipidité
de chaque chose
le nouveau jour

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Clous

21 novembre 2013
216

Les inaptes à la constance sont les derniers à changer.

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Clous

10 novembre 2013
215

Tu as pensé être entier,
Mais tu es sans nombres.

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Clous

8 novembre 2013
214

Serre-moi fort
dans tes bras maternels
nuit

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Yoko

31 octobre 2013
213

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Nobuyoshi Araki – Yoko (1978)

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Vie courante

30 octobre 2013
212

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Piano imaginaire

26 octobre 2013
211

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Isolation

22 octobre 2013
210

isole

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Langue

20 octobre 2013
209

 

Abbott-Handerson-Thayer,-The-Sisters-et-seeley-george

 

Les paroles persistaient et mes yeux, certainement moins
dans le vague, s’étaient repositionnés dans les siens, semblables
aux oiseaux qui vont, pour une raison que j’ignore
se poser sur un fil électrique au-dessus de ma tête
puis observent, gazouillent, manifestent leur présence
avant que le désir de se mouvoir n’émerge à nouveau.
Ils sont pressés de retourner librement dans le ciel.
Décontraction du château intérieur, fluctuations sereines et solides
des joies du dedans, lesquelles, s’exilant du royaume
laissaient échapper un rire innocent et sincère
attiré à soi comme un enfant qu’on extrait de son instinct de fuite.
Ceci ne m’importait guère
étant son visage caché, le langage secret que seul j’honorais
par lequel je m’évadais, avec l’espoir qu’elle me suive
et se détache d’elle-même.

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Langue

20 octobre 2013
208

fernand khnopff 0406-0033_der_schleier

Tout ceci avance, passe, ce voile légèrement visible, sur un visage, parfois radieux, parfois éclairé par un sourire innocent, le plus souvent figé dans une attente perpétuelle, vague, sans raison, sans les occurrences, même minimes, lesquelles pourraient distinctement illuminer l’œil, désormais riche des reflets des lunes alentours, qui ne sont jamais plus belles qu’à travers une larme sans objet. Quelques paroles, désuètes, pleines d’un sens qui me reste étranger, s’échappent en volutes, avant de disparaître, puis de reparaître plus loin, dans d’autres mots que je ne comprenais pas, eux non plus. Sachant tout cela oublié, perdu quelque part, dans les territoires lointains, ou profondément enfouis en moi-même, mon esprit, dénué de forces seul, en attente qu’un processus indépendant de sa volonté s’anime seul, remarche, se relance tant bien que mal, doucement tout d’abord, avant d’atteindre sa vitesse de croisière, sur les flots qui lui feront visiter d’autres territoires, bien différents de la chambre, la même, désuète, vaisseau du rêve, forteresse, échappatoire exigu, ennui. Échappé et vivant, avant d’aller plus tard mourir, caché derrière un arbre, à la manière des chats, rendre silence, préparer le lit où se couchera le prochain corps, un remerciement si intense qu’il réprime la douleur, l’absence visible de consolation.
Dans le berceau des étoiles, pénètre en convulsant, un cœur, dénué, laissé, inconnu, qui se regarde s’épanouir à l’autre bout de ce monde, ailleurs, les forces vitales qu’il a engagé, les minutes fabuleuses dont il a fait don, et dont il ne réalisera jamais la fertilité, lui-même aveugle et figé, lui-même manteau glacé, mais doux, qui recouvre les autres étoiles, fragiles et pourtant reconnaissantes, frémissantes encore dans la lumière bleue, ou prises au piège d’autres étoiles plus nombreuses.

 

Dessin : Fernand Khnopff

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Pardon

29 août 2013
207

Elle-même, belle, cheveux mi-longs, verse vers tout ce qui doit mourir, à la façon d’un rire inapproprié, lancé pour plaire et inspirer le désir, propage autour d’elle, sous la forme d’ondes mystérieuses, que personne ne rattrape, mis à part moi peut-être, un épanchement de vie instantanée, laquelle me donne envie de profiter au mieux des heures à suivre de mon existence, en sa compagnie. Il m’est venu à l’esprit parfois cette idée selon laquelle les êtres les plus immatériellement riches possèdent quelque que chose de la tristesse de la mort à l’intérieur du regard, si bien que, tandis qu’ils se tournent vers moi, ses yeux dégagent un je ne sais quoi qui me fait songer à la magnitude de la mort et de l’amour, je ne saurais pas vraiment dire si c’est elle que j’aime, ou bien la grâce vivante qu’elle diffuse et qui ne l’appartient pas, bris d’échos, promesse d’un voyage interstellaire, guerre immobile d’un millier de rayons qui vont tous ensemble aboutir à l’obscurité, la mélancolie, dénuée de rage, fructueuse, disséminée dans une secrète soif d’existence, dans un désir inassouvi de protéger tout ce qui reste de la vie et qui peut encore éclore, demain, ou maintenant, maintenant. Les êtres sont si nombreux et les évènements si rapides qu’il devient difficile de se connaître, les rêves, nombreux aussi, sont gardés en soi de peur qu’ils ne se déploient pour rien, qu’ils aillent se perdre dans le pire, c’est l’absence de réverbération, c’est l’innocuité, le pire. Les rêves ralentissent le monde et le changent en eau, si bien que nous sommes secs et que nous allons très vite, quand je regarde une étoile, c’est le souvenir de cette étoile que je regarde, de fait, je ne regarde pas, je ne fais que chercher, chercher quoi au juste, rien, une éclosion vaporeuse, une motte de terre meuble au fin fond d’un souvenir, un visage sans main pour le soutenir, je cherche quoi, la clef dans l’armoire, l’œil dans le bois, elle-même, elle, là. Nous pourrions être deux vivants, au sein d’une assemblée de morts, les deux seuls, les deux seuls, ailleurs, deux âmes rapides, échappées entre deux paroles inaptes, pourquoi fallait-il parler, en fin de compte, sinon pour ne pas se sentir mal à l’aise, ne pas infliger la distance à nos interlocuteurs chimériques, discuter, pour se lester de la douleur, quand bien même le silence serait plus expressif et généreux, moins insoutenable. Le soleil noyé dans sa lumière, très rouge, soleil dont rêvent les morts, eux, ici présents, ils ne le remarquent même plus, à l’insu des aveugles, nous lui rendons un hommage émerveillé, lorsque les coraux, sous le signal des astres, organisent un lâcher d’étoiles fertiles au fond des océans, l’intuition de deux cœurs qui se parlent, qui portent, ce million de silences qui se refusent à la mort, et

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Le Travailleur

19 août 2013
206

Le Travailleur

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L’homme égaré est attiré par ce qui lui nuit

15 août 2013
205

 

 

Un homme, quoi que légèrement égaré, erre, la tête nue, vers ce qui lui nuit (à la manière d’un éphémère), en pensant le moins possible. Quand bien même il pense peu, il se sent assailli, ne serait-ce que par les agitations automatiques, palpitations nocturnes de la ville qu’il aime tant, croyant la haïr ; l’aimant, malgré ses faiblesses inhérentes, et pensant, énormément, malgré les silences intérieurs qu’il s’inflige. C’est par automatisme qu’il s’agite dans la nuit et qu’il passe ; les autochtones qui le regardent ne voient guère autre autre chose en lui qu’un passant comme il y en a tant d’autres. Les uns, bruyants, cherchent par on ne sait quelles techniques habilement maîtrisées, à multiplier les bruits qu’ils génèrent. D’autres, comme lui, ont rendu les armes devant la stérilité du combat. Des luttes de cloportes, se dit-il, tandis qu’il patiente et observe, avec mélancolie, le signal lumineux construit et pensé pour les piétons comme lui, qui attendent leur tour avant de franchir les passages cloutés. C’est une zone libre, pense t-il, avant de vérifier que son téléphone portable était toujours correctement positionné dans sa poche gauche. La principale utilité des objets est de nous rassurer, se dit-il. C’est pourquoi leur absence nous inquiète. C’est pourquoi je vérifie. Des réflexions vaines et sans fondements émergeaient là où il avait juré de taire ses pensées. Il sentait bien une inquiétude, mais n’ayant jamais pu mettre le doigt sur la cause primitive de ses anxiétés , il avait laissé tomber. Il s’était mis à se laisser vivre et, de fait, commençait à aimer ces objets, lesquels, de façon lancinante le rapprochaient d’une petite mort lente, silencieuse et désuète. À la lumière des réverbères, les murs anciens prenaient une teinte orange qu’ils ne possédaient pas le jour. Ils auraient pu être verts, ou bleus, ou de couleurs variées, mais il fallu qu’ils soient tous oranges. Dans son esprit, la nuit désormais ne pouvait prendre une autre teinte que l’orange et la mélancolie suivait le pas de ses rêveries, multiples et non dénuées de profondeur. Une marée montante de petites douleurs insignifiantes mais en grand nombres se hissaient jusqu’en haut du mur qu’il s’était jurer de défendre, de garder sain, sans colères ni réflexions inappropriées. Il ne pouvait se taire au-dedans. Il ne pouvait plus parler non plus, n’ayant plus personne à l’écoute. Il sentait bien pourtant que la clef de son bonheur résidait dans le silence.

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Pluie

4 août 2013
204

fernand-khnopff

Quelques secondes
(Je regarde toujours le ciel de l’intérieur)
Après que la pluie en eut terminé avec moi,
Je tombais froidement devant les étoiles.
Je pleurais plus doucement que la matière.
J’ai marché et les vieux arbres ont rêvé de mes pas.

Froides comme des cordes, les voitures en dessous noirs,
Suintantes, chuchotantes, étaient immobiles dans leur lit.
J’entendais le clapotis des gouttes de ma fièvre
Sur le métal froid des plaques, dans le nœud de mes nervures.
Le bitume respirait les imagos crevées.
En-haut les étoiles, glacées, étaient plus bleues
Et les nuages avançaient plus purs.

 

Dessin : Fernand Khnopff

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Clous

4 août 2013
203

Andreas Feininger-sweden-beach-1934

J’ai cessé d’écraser tout insecte
depuis que j’ai vu la mer

 

Photographie : Andreas Feininger, 1934

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Pluie

21 juillet 2013
202

pluie

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Clous

19 juillet 2013
201

Robert Moses Joyce

 

Poser son attention sur des milliers de choses
Ou sur une seule et même chose avec des milliers d’yeux

 

 

Photographie : Robert Moses Joyce

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Bleue

19 juillet 2013
200

J’ai jamais rien compris. Et pas qu’un peu. Un rêve, peut-être. Un cauchemar c’est tout. Entre les deux. La brume. Et tout ça, laissé derrière pour aller vivre. C’est triste. J’ai jamais rien compris je disais. Un ballon d’hélium peut-être, lâché depuis le jardin que je regarde partir sa vie. C’est tout pareil. À la vertical avec mes yeux pour pleurer. C’est très vain. Qui, et où, quoi ? Quoi que qui. Frangine qui, que je ne connais pas. C’est de famille. Il en faut toujours un qui fout le camp. Ai-je lâché moi pour ne pas partir ? C’est à n’y rien comprendre. Quand bien même aimée elle ne m’écoute pas. Peut-être la souffrance au fond. Frangine avec les ombres et le chat seul. Seule, toute seule qui ne le mérite pas. Frangine dans un autre monde. Ça n’a pas de sens. Plus proche que les autres sans pouvoir parler. J’aurais bien essayé. J’ai rien fait. Elle mérite bien tout le bonheur à elle toute seule qui ne parle pas et ne peut plus bouger. Le monde réduit à la pièce, le réduit, pour soi seul avec les ombre seule. Sans amour aucun, ceci très tôt. Emportée au demeurant, avec le reste c’est hélas. Un jour je lui donnerai de quoi passer la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers. Un jour plutôt non, si d’aventure elle se réveille. J’y peux rien, c’est de ma faute. J’irai recoudre de toutes mes forces le jour où. C’est certain. C’est dit. L’avenir, frangine. Le voilà le beau qui scintille sur la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers, au demeurant. Moi, ça compte pas, le détail, rien. Tu ne méritais pas. C’est facile, l’oubli, vers où aller lassé d’avance ? Pour pas un rond le bonheur sur-le-champ. En musique et la joie d’outre-tombe, passé presque lassé de tout. Pour aller voir le monde en bateau, si déchirée frangine. Sans avoir affaire aux hommes, les invisibles et les absents. J’existerai moi aussi pour pas un clou. Avec quelques sous je t’emmènerai voir la mer oublier. Quand bien même me fige, c’est moi le héros, on rêve du beau monde. Le même espace avec vue sur la nuit. La même qui vient nous visiter chaque nuit. Continue, comme la même musique lente. Sans lendemain peut-être. Sans journée pleine. Le calendrier vide de fatigue. Le mégot écrasé, je ne pourrai jamais m’y faire. Les yeux oranges du singe au visage bleu. La mort, pourpre et très claire. Abandonné, le présent qui se fige frangine, et très courageuse ignorée. C’est triste. C’est pour plus tard. C’est pour jamais. Jamais. Demain. Les mots c’est tout. Ils sont de moi, pendant que j’ai le temps. Pendant que j’ai rien d’autre à exister. Faute de mots, tant bien que mal. Je ne saurai peut-être jamais. Tu partiras avant que je sache quoi que soit. Je n’aimerais pas que tu partes c’est tout. La luciole pimpante sur le mur. Les clochards à même la vitre embuée. Le voile la voie lactée la voie lactée très bleue dans les yeux grands et clairs. Où es-tu dans le qui suis-je ? Jamais sans doute, frangine univers. Et pas qu’un seul amour bleu dans le corps. Drapeau de corps sur le lit qui attend le sommeil médicamenté. En suspens le soleil au loin. Une corde, une main le secours perdu d’avance qu’en sais-je ? Je donnerais tout volontiers à l’instant pour ton voyage lent sur la mer. Pour tout voir repartir à zéro demain. Tout ceci pour dire quoi ma sœur. Pour rien, un peu de tout c’est sûr. Je t’aime tant et si bien que c’est peu de le dire. Les orages vaguants convulsifs, frangine tangible et bienheureuse quelque part dans le ciel à bras le corps. La descente lente et douloureuse dans la nuit, ensorcelée prise au piège. Tout ceci dans un rêve où je chassais les ombres. Malgré moi, la nuit. Malgré moi pour tout au monde, la nuit. Où es-tu ? Quelque part où je ne peux mettre les pieds. C’est pas faute de danser à pas longs. À pas longs sur la glace de t’aimer. Pour toi toute seule comme une enfant. La joie du pardon sur le cœur. Le cœur pansé imagine bleue. Imagine court et lent sur la glace fine. Pour tendre vers la mer toute seule et désordonnée du soleil. Sans le passé pour tout laisser derrière et ne plus rien garder. Rien garder d’autre regarde. De chaque chose. Se réfléchir muet sur le bas-côté du monde lointain. Où l’angoisse même obsolète voire intangible de se frayer dans la vie sans paroles un chemin. Puisque rien au bout du compte, peut-être dans le mot qui la traverse. Quand au bout du compte la traverse dans le mot d’ordre qui reflue sur la mer. Avec le vertige de laisser tout. Sur le bas-côté dans le sable, la vie et les choses de paraître, orgueilleuse et lointaine. À nous deux dans le ciel, avant de partir. À nous deux dans le temps, doucement de se laisser aller sur la mer. Et de revenir.

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La Corde

18 juillet 2013
199

Papa n’est pas tellement fier de son fils. Il n’a pas honte de lui mais il n’est pas particulièrement fier de son fils papa. Fiston inachevé somnole et se lève tous les jours à midi c’est dire. Papa est fier de son fils sans jamais dire qu’il n’est pas très fier et qu’il préfère sa fille. De loin. Le jour, la nuit c’est pareil. Sa fille elle ressemble plus à son papa. Du moins, une des deux puisque l’autre est hors-jeu à cause de papa mais pas seulement. Papa il n’est pas fier il le sait mais n’en dit rien. D’ailleurs il ne dit rien du tout c’en est trop. Ce serait trop demander de dire qu’il préfère infiniment sa fille. Son fils moi je le sais il cache bien son jeu. Papa il n’en sait rien que son fils il se camoufle et n’est au monde qu’à moitié et encore. Il est hors-jeu lui aussi mais il tient encore la corde au cas où il y aurait une surprise au bout. Papa il peut bien couper la corde son fils il n’en dira rien puisqu’elle est déjà coupée court. Papa voulait dessiner avant de travailler la taule. Vendre des voitures c’est pareil. Aurait pu c’est très bien comme ça. Ça va pas plus loin qu’aurait pu papa. Papa il a tué sa vie intérieure puisqu’elle faisait trop de bruit. À quoi bon entendre. Entendre c’en est trop. Une oreille a rendu l’âme. Il ne veut rien entendre. Il n’a jamais dit un mot papa, on sait jamais que ça sorte un peu trop. Papa ne cesse plus de parler pour être sûr de ne rien dire. Le tour de magie. La décadence maniaque. La télévision elle est efficace pour taire la vie intérieure de papa qui fait trop de bruit. Ça marche bien combler le silence. Pour pas avoir affaire à soi. La petite guerre à mener tous les jours contre la vie intérieure. Papa il en sait rien de son fils qui vit sur un radeau c’est tout pareil. C’est à cause de son fils si papa ne sait rien de la vie intérieure de fiston. Fiston creuse un trou dans le noir pendant que papa dort. Un raté comme papa quoi qu’il arrive il est si fier de son fils qui a fait tout comme papa quoi qu’il arrive raté. Ça le dépasse papa qui s’en moque en passant le temps. Papa est fou c’est dit comme fiston bien dit qui n’a pas le permis après avoir hérité de papa une certaine haine des voitures. Fiston n’aime pas les gens comme papa qui les aime bien malgré tout. Le dimanche c’est pareil. Papa est maître à oublier pour fiston qui esquive si bien comme papa lui a appris afin que personne ne le connaisse sinon lui-même et encore c’est beaucoup dire. C’est beaucoup dire que papa ne sait plus bien qui est papa au fond du trou sinon une somme de réflexes conditionnés par les innombrables échecs tous aussi cuisants les uns que les autres et encore. Il a pris la direction opposée fiston pour faire comme papa qui n’a jamais dévié ni deviné. Il est dans la nuit cher fils. Tant est si bien qu’il prend lui aussi tout ce qui lui tombe sous la main pour s’abrutir. Il ne cherche rien papa que l’oubli et d’être aimé solitaire avant de partir comme cher fils. C’est pas un hasard si fiston n’a pas tellement de discipline. Né de rien pour arriver à rien. C’est peu dire quand bien même mystérieux et fou qui tourne en boucle. Un jour papa partira sans que son fils n’ait jamais compris qui était fiston pour papa qui a toujours désiré une autre vie que la sienne. Il ne sait plus très bien dans le nuage. Par la fenêtre c’est pareil. Dans le salon assis sur le canapé c’est pareil. Papa paumé fou. Fiston qui traie les louves. Son fils il veut et s’en tient là jusqu’à ce qu’il en ait assez c’est à dire jamais rêveur de venir au monde. Fils à papa rêve de venir au monde finalement en tirant sur la corde coupée longue. Exister la masse. Cercueil brouillard avec l’ennui. Fiston qui rêve papa de le voir naître. Jamais jamais qu’importe. Où ailleurs qu’importe c’est pareil. Coupé court entre deux dialogues sourds. Qui attend l’autre de faire un pas. Pas un. Lequel des deux attend l’autre de faire sortir l’animal un jour. L’animal dort inaudible de ne plus parler. Le droit à la parole pour l’animal court toujours. Dire tant que le cristal n’est pas brisé de peur de ramasser les morceaux de verre au sol. Dire est lourd d’être léger pour l’animal piégé. Comme la parole piégée d’être gardée dedans sans jamais pouvoir rien en dire. Fiston cherche issue pendant que papa dort d’être brisé. L’issue quand bien même trouvée ne sert à rien pour papa aveugle, sourd et toute ouïe quelque part dans l’ombre. Malgré tout quelque part où son fils creuse dans l’ombre ailleurs. Demain déjà tard pour être sans plus jamais n’avoir rien à perdre qu’une vie brisée sans mots pour la décrire. Cher papa qui n’a jamais connu son fils.

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Divisé cherche son double

17 juillet 2013
198

Désormais tel quelqu’un dont l’élan tant que faire se peut. Tant que faire se peut depuis des lustres pendu à la sonnette pour aller dire, c’est moi maman. C’est moi mon amour dans le tronçon long. Quand bien même une ébauche il se ressaisit et passa de lui-même la grille qui le maintenait en-dehors tant que faire se peut, à son maximum de tenue et d’élégance entretenue. C’est lui-même qu’il accueille tandis qu’il passe la grille elle-même entretenue qui le sépare. Quand bien même divisé cherchant son double qui le sépare des autres personnages et du monde extérieur qui le divisa. Il est lui-même qui se change en se plaignant de la chaleur qu’il extériorisa. Pressé de part en part comme si chaque partie se reposait sur l’autre pour avancer dans le salon qu’il connaissait déjà. Ou bien les pieds-nus sur le carrelage frais lui rappelait cette sensation qu’il connaissait déjà. C’est lui qu’il mima maman. Il mima maman, quand bien même une ébauche qu’il saisît tant que faire se peut lui commanda de s’arrêter net. Il s’arrêta net dans la cuisine si bien que les mains comme elle saisirent le verre rempli d’eau qu’il avala. En fermant les yeux il avala net. Il se dit qu’elle avait encore les ressources suffisantes pour s’arrêter là. Le même jour qu’il avait connu. Tel que le même être à la même heure se plaignit de la chaleur entendit les mêmes paroles qu’il débita. Le cerveau se délita de ne plus savoir jusqu’à ce qu’il ne sache plus rien du tout. Lui-même aperçu de la même manière dans la rue ou bien dans la chambre. De cette façon il tourna en rond jusqu’à ce qu’il oublia tout. Celui-là même qui un jour tourna en rond il n’est plus. Il regardait le jardin dans lequel il n’avait plus sa place. Il n’avait plus sa place et il abandonna tout. Lorsqu’il abandonna tout il recommença l’errance d’un point à un autre. Mimer de ne pas errer pour errer comme les autres qui n’est plus de l’errance. Il se souhaita de l’amour entre deux points de l’errance. Lui-même seul qui regardait ses mains qui se savaient là. Lui-même avec le temps d’attendre long. Il abandonna tout et sentait le manque dans la maison et dans les routes qu’il traverse. Si bien qu’il traverse. La gorge qui parla s’emmêla de ne plus savoir qui. Comment se lever et faire un tour où il n’existait quasi rien. Dans le bruit qui en dit long qu’il ne sait pas. N’était la fin sur le bord il aurait sauté pour commencer à partir. Commencer à partir sur ce qu’il savait déjà comme étant la fin. Il avança par de brèves poussées entre deux arrêts il s’arrêta. Sur la fin il s’arrêta avant de recommencer. Rien qu’être perdu l’immobilisa. Suspendu et léger il commença comme faire se peut quand bien même perdu en retard. Avec le recul il parla en retard des êtres qu’il aima. Dans la pièce attenante elle se tenait là. Il se dit qu’elle était là tandis qu’il allait la voir il se dit qu’il allait parler malgré le fait qu’elle soit là. Il la trouva si bien qu’il ne senti plus le besoin de parler, tenu à l’embrasure.

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Divulgation

15 juillet 2013
197

J’ai rien de plus à en dire. Elle est morte, c’est tout. Le château de sable. Elle est pas là. Hier elle l’était. Si bien qu’aujourd’hui les retrouvailles sont tombées à l’eau, sans rien de plus à en dire. Vivante. Elle n’est pas loin. Elle est pas là. Je n’ai rien de plus à raconter et à entendre. On en parlera plus. J’y penserai encore longtemps. Ça pousse, dedans, c’est pas qu’un mal. Vivace. L’écharde. Elle est où la sortie. Elle aurait pu m’expliquer. Je n’ai rien fait. Je suis innocent. C’est à peine si j’ai touché la cage. Le loquet, j’ai pas osé. C’était bien lourd. Je la cache. Y a rien à faire. C’est fini. Roulement. Je vais bientôt dormir. Je travaille patiemment. J’ai rien fait que travailler. Le deuil. Le seuil c’est pareil. Des photos peut-être. Elles ne me font rien. J’ai tenté le coup. J’ai pas mal. C’est pareil. Un peu plus. Beaucoup, c’est tendre. Qui sait si je pourrai le faire. Ça continue. C’est entendu. Je pourrai bien aller m’asseoir là bas, tel que quelqu’un. Quelque part. Ça manque. À l’abri. Ça manque toujours de quelque chose. Rompue, sans bouger. Tandis que la tête elle-même levée dans les angles un instant. C’est elle. Ma raison se rhabille. Le rideau se tord de ne plus se savoir là. Plus rien. L’habitat, rentré, avec son être en moins dans les mains. La gêne obscure qui n’arrive pas à être la tristesse. Foetus mélancolie. L’imagination comble. Pas tout à fait de l’indifférence. Loin de là. Ça ne sort pas. Ni ne veut rentrer. Ni ne veut rien du tout, au fond, sur ses lests. Déjà éteint. Avec la lumière, et le reste. Les papillons. Pas plus. Les étoiles, parfaitement ponctuelles. Pas plus.

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Un dernier mot avant de naître

15 juillet 2013
196

C’est fini. Ça commence. Demain j’arrête. Je repars à la guerre. J’ai assez joué. Je pars en embuscade. N’importe. On ne m’y reprendra plus. J’éteins tout. Je vais à la chasse. Je pars à l’aurore. J’emporte tout. Je prends rien. Je pars avec elle. Je serai seul. Seul avec la fenêtre. Je suis épuisé. J’ai n’ai rien fait. Je suis innocent. Je nie tout. J’ai marché en rond. Recyclé fantôme. Tumescence. Paradisiaque collé. J’étonne les mouches. Ça bourdonne. Là dans le sec. Corps mou sur sol sec. J’y vais. Je m’efface. Je sors. Ça commence bientôt. Demain. Maintenant. Demain. C’est mûr. Le manège. Il est temps. Ça ne peut plus attendre. Demain je serai crevé. Dans le nuage. Comme aujourd’hui. Un peu de forces. De douceur. De la volonté. C’est pas le moment. Je ne sais pas. J’ai rien fini. J’ai jamais rien commencé. Le mime. Le mime dans la glace. C’est moi. J’irai crever. En douce. Avec les oiseaux. Dans les draps. Pour pas un clou. Avec le perroquet. Incontinent. Dans l’espace. Du rideau. Il bouge. Ensorcelé. Qu’y a-t-il dehors. Il n’y a rien. Le radeau. Je flotte. Demain je rattrape tout. Ça fornique. Ça aspire. J’ai perdu mon temps. J’ai rien perdu. Déchaussé. Peau rose momie. J’ai tout rendu. Il n’y a plus rien. Détroussé. Vide. Cloaque. Ça rigole. Ça tousse. Je suis usé. J’ai à peine commencé. J’attends. J’ai rien fait qu’attendre. La sonnette. C’est qui. La bienvenue. L’aurore. Les vaisseaux. L’être humain à ma porte. Je m’introduis. Je glisse. Ça répond pas. J’ai rien répondu. J’ai pas bronché. J’ai tout avalé. L’os avec. La peau. Le gras. Néant. Là pour quoi. La peste. La poussière. J’embarque. Je n’en sais rien. Ça commence. J’y vais.

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Pièce

14 juillet 2013
195

Une pièce

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Clous

13 juillet 2013
194

tsugaru

vous êtes nue et vous dormez
quelque part dans le ciel
faîtes comme si
comme si jamais

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Ravin

13 juillet 2013
193

ravin

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Port(trait)

12 juillet 2013
192

lily

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Clous

11 juillet 2013
191

perdurer

Un fusil enrayé dans le placard de mon rêve

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Clous

11 juillet 2013
190

foule2

Je balance
Entre l’anomalie et la prise au piège

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Mythologie

24 mai 2013
189

Mon œil – fenêtre ouverte sur la foule
sur les continents les espacements
sur les trottoirs sales et les effacements
mon œil ne voit que par intermittences
ne voit plus que par transparences
si bien que le jour je ne sais plus
la nuit je ne me remémore plus
je ne sais plus ce pour quoi j’ai été ni pour qui
j’ai tout laissé disparaître
j’ai tout laissé transparaître
pourtant
à mesure que tout ceci rejoint l’oubli
que tout ceci lentement nous enorgueillit
quand bien même aveugle à-demi
survivant à-demi – quand bien même toujours ébloui
je garde au revers de ma mémoire fervente
de ma mémoire jalouse la forme la teneur
la lenteur décadente de cet amour enseveli

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Mémoire morte

20 mai 2013
188

rappelle-toi mémoire morte
si tout ceci exista même légèrement
même faiblement
si tout ceci exista
rappelle-toi
rappelle-toi indéfiniment

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à la fin

19 mai 2013
187

à la fin
à la fin lumière
n’est plus de la lumière
n’est plus elle-même de la lumière
à la fin elle n’est plus
à la fin elle n’est plus que de la lumière

 

peinture Jarek Kubicki

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Poème

1 mai 2013
186

triste et loin du monde
je suis assis et j’attends
je n’attends rien
rien de particulier
j’y suis seul
je regarde le ciel patiemment

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Je suis tombé

26 mars 2013
185

jiri-Balcar-Madame-X

Je suis tombé sur ce nom
Sur ces parents, sur ce menton
Sur ces joues, sur ces yeux
Sur cette terre, sur ce pays
Sur cette époque, sur toi
Je suis tombé

 

 
Peinture : Jiří Balcar – Madame X

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