Mon œil – fenêtre ouverte sur la foule
sur les continents les espacements
sur les trottoirs sales et les effacements
mon œil ne voit que par intermittences
ne voit plus que par transparences
si bien que le jour je ne sais plus
la nuit je ne me remémore plus
je ne sais plus ce pour quoi j’ai été ni pour qui
j’ai tout laissé disparaître
j’ai tout laissé transparaître
pourtant
à mesure que tout ceci rejoint l’oubli
que tout ceci lentement nous enorgueillit
quand bien même aveugle à-demi
survivant à-demi – quand bien même toujours ébloui
je garde au revers de ma mémoire fervente
de ma mémoire jalouse la forme la teneur
la lenteur décadente de cet amour enseveli
Mythologie
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Mémoire morte
rappelle-toi mémoire morte
si tout ceci exista même légèrement
même faiblement
si tout ceci exista
rappelle-toi
rappelle-toi indéfiniment
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Poème
triste et loin du monde
je suis assis et j’attends
je n’attends rien
rien de particulier
j’y suis seul
je regarde le ciel patiemment
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Prière de nuit
Mon père, prisonnier de ses paroles,
Déblatère seul dans le noir.
Ma sœur, après la prise des médicaments,
Ne parvient plus à articuler ses mots.
De la rue ne monte aucun bruit.
Il est cinq heures du matin. Seul dans le lit,
J’écoute des chansons et je rêve.
Plus tard, tout cela ne sera qu’un simple contour.
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Échanges avec hurlante nova
Nous ne sommes pas si différents dans ce cheminement, je le pense, car je m’y retrouve, j’y vois une sorte de miroir. Grossissant.
Mais je n’ai pas ta « nervosité », ta vitesse que j’envie, ta capacité à prendre le risque à prendre le pouvoir violemment, mais que je sais hors de ma portée et de ma nature.
J’écris pour me détruire et pour taire le monde.
Pour me détruire jusqu’à ce point où je me retrouve.
Pour taire le monde jusqu’au seuil où je le réinvente.
Pour chasser une peur qui me ronge.
Qui me fait fuir à tel point que je maîtrise l’évitement à la quasi perfection.
Et je coupe le cordon ombilical qui me lie au réel avec une atroce facilité.
mon travail d’écriture a pour but de m’affranchir de la terreur de disparaître de voir les autres disparaître y faire face
en allant droit par l’écriture vers ce que tout le jour on tourne le dos
et de mettre au monde une œuvre diaboliquement sublime que je sais porter mais dont je ne me sens pas toujours avec certitude
être capable de l’extirper effectivement car cela demande des forces des énergies phénoménales
un dépassement, une capacité d’écoute capacité ouvrière de transcription de ce qui se déroule dans les ondes et dans les cœurs
toutes ces forces dont je ne dispose pas naturellement et qui me pousse à recourir, à aller chercher aller voler dans tous ceux
susceptibles d’alimenter le feu qui me hante
exprimer la misère de l’homme hier, aujourd’hui, plus tard, la vie la mort des êtres
leur absence à eux-mêmes et la méconnaissance de ce qu’ils sont de ce qu’ils ont été
de ce qu’ils habitent
par le travail du style de la langue accordée parfaitement avec les fluctuations intérieures
j’aime à l’infini tout ce qui me rappelle que je ne suis rien de cet être conditionné et que « la vie est absente »
l’écriture est une arme de guerre contre ceci. une arme pour retrouver par une succession d’émergences
la mort de toute chose et leur renaissance féerique, lumineuse, multipliée démesurée
En ce sens la mort est ma primitive inspiratrice et recèle toute la grâce nue qui habite les cœurs, les gestes et le potentiel de beauté féconde dans les êtres.
Elle ne m’est jamais véritablement morbide.
Je te l’ai dit dans un message précédent, tu as la liberté intérieure et la douleur des déracinés (je ne connaissais pas ton histoire avant de dire cela), cela se devine.
Quand je dis déraciné je veux dire : déchiré, coupé, aux origines contradictoires, multiples
et ton travail semble d’abord consister à t’inscrire de toutes tes forces dans cette histoire perdue, à exister à rattraper les choses brisées
comme pour venger ou répondre au désir secret qu’un parent ou un aïeul a déposé en toi
je ne suis pas certain que tu en saisisses encore tout à fait le sens et la finalité
mais ça n’est pas plus mal parfois ne pas savoir tout de suite, savoir et saisir est souvent inhibant, amoindrissant en apparence
comme tout ce qui réellement libérateur et enrichissant nous pousse à nous taire
c’est aux autres d’abord de démêler l’histoire le pourquoi et le comment, de nous faire voir, on ne sait pas naître tout seul
Pour ma part j’ai le poids de tous les fantômes auxquels je suis enchaîné.
J’y suis enchaîné et pour rien au monde je voudrais couper ces chaînes.
Je suis inscrit coûte que coûte dans une continuité.
Je porte baudelaire dans mon ventre, pessoa, verlaine, aragon, beckett, rimbaud, tsvetaïeva, apollinaire, céline, proust…
et quelques autres vivants dont je tairai le nom
et quelques autres à venir
À tel point qu’ils semblent y vivre, ils habitent ma mythologie personnelle et si je ne suis rien que de la poussière
j’ai tout de même cette envie indocile de leur rendre hommage perpétuellement
dans un immense merci, absolument sincère et entier qui prendrait la forme d’un livre ou de plusieurs
pour ce qu’ils m’ont apporté pour tout ce qu’ils m’ont sauvé
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Échanges avec hurlante nova
cher hurlante nova, ce texte n’est pas médiocre, il n’est pas
mon meilleur non plus, je devine encore dans
ses cendres fumantes une odeur de bois qui fût
autrefois porteur d’enfants j’entends encore
leurs jeux dans ce bois mort
je sais qu’au moment de l’écrire, je me sentais boiteux
et que ce bruit de canne sur le parquet s’entendrait
très distinctement dans le texte et romprait le silence et le sort
je l’ai penché tout de même au-dessus de son balcon
en le tenant par la manche pour ne pas qu’il y tombe trop bas
je n’étais pas tout à fait léger
porté je ne voulais même pas écrire je me suis forcé
pour exister pour me venger des lâchetés du jour crû
dans le vide et dans le brouillard
sans lumière à portée j’ai provoqué le sort qui m’a répondu bégayant
tout crevé renfrogné qu’il était
joué au mime j’ai pas mis ma peau sur la table je le sais bien
c’est parce qu’il n’y avait que du néant de la pesanteur
que j’ai comblé comme je pouvais en mimant l’ascension
j’ai que du vent à foutre dans mes textes actuellement
trop de choses me gènent trop de choses aglutinées
et je m’extirpe doucement d’une certaine déchéance sentimentale
mentale ponctuelle et noire
et récente et bientôt évanouie
bientôt changée en lever du jour
bien agencé avec tout mon respect hurlante nova j’en ai rien à faire
peu m’importe l’agencement et que des wow s’agitent et poussent
sur la scène, dans l’esprit du lecteur quand
je n’ai pas moi-même été ensorcelé
pris dans une féerie centrifuge, svelte et rapide
sur ses lests, que je ne me suis pas rendu
à moi-même étranger, pourtant
extrêmement familier
j’ai conscience complètement de la valeur de ce texte
qui n’est à l’heure actuelle qu’un petit rien du tout
un foetus
qui n’a pas cassé le mur
à travailler travailler oui mille fois oui
peut-être mille fois peut-être
non mille fois non
jusqu’au prochain texte qui reléguera au placard
les étoiles et les mouches mortes cher hurlante nova toi qui as
le talent de mille écrivailleurs réunis je vois
que tu connais et exerce l’art du jeu, de la maïeutique
socratique me permettras-tu peut-être plus tard ou dès maintenant
to qui penses avoir connu tous les kamtchatkas de ton être je crois
qu’il reste encore quelques territoires ou aucun drapeau
n’a encore été planté dans ce qu’on appelle encore parfois
en tremblant la littérature aurais-tu le talent
dérisoire démoniaque et sacré d’aller les visiter
méfie-toi de l’image que tu te fais de moi tu me vois intelligent
quand je suis bête comme un clou
je sais que j’ai du feu à te voler un feu particulier
de folie fertile d’absence de craintes, de fluidité d’ampleur toutes ces choses
dont je souffre la carence
je voulais te dire je crois que tu te répands trop
je crois que ce qu’il te manque c’est quelque chose
d’ancestral de solide une histoire presque sacrée que tu la recherches
sans cesse et que cette absence de socle unifié est ta faiblesse
et ta force unique dans l’écriture je veux dire et donc
dans ce que tu crées et comme tu te crées toi-même sans cesse c’est de toi qu’il s’agit, tu cherches une chose
partout sauf là où elle se trouve pardonne moi si je me trompe
et cet état de choses te fait étinceler mais t’éparpiller
tu pars à droite à gauche tu fais doute dix choses à la fois
presque toutes taillées finies quand d’autres péniblement n’en font qu’une
ce qu’il te manque c’est une discipline de condensation, de
concentration de réduction comme par exemple
dire en dix lignes seulement des choses infiniment plus puissantes et raccords que dix pavés impressionnants
violents massifs convulsifs, sophistiqués mais en fin de compte
poudre aux yeux
poudre aux yeux
et ne résistant pas au temps car dénués de l’âme universelle dénués de sa simplicité primitive qui est
sa caractéristique première féconde et sublime
et disant ceci je me rends compte que tu parles beaucoup
de toi-même dans tes messages et c’est très certainement mon cas aussi
j’apprends aussi et construis au fur et à mesure
pardonne ce délire en réponse, je pourrais
répondre de façon tout à fait ordinaire et banale
tout à fait posément et de façon compréhensible
mais c’est pour faire croire au génie et parfois, ça marche
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Ouvert
De l’enfant que j’étais il reste
un peu de ce grain de beauté sur le côté
de ma main quasi effacé maintenant
quasi introuvable
je le regardais enfant je ne le regarde plus
j’y voyais des indiens danser des loups je me disais
le jour où il sera blanc je serai
blanc moi aussi, fini
terminé dans le verre
terminé le manège
halluciné qui me rentrait par le rêve
qui me rentrait par tous les chemins de la vie
ou je serai dans un ressac ou dans
le fond d’un océan sur le point de renaître
étoile de mer méduse que sais-je
bouffé par les anguilles vivaces
ou peut-être hippocampe fragile
dont la peau tendue sèche avec une telle lenteur
dans le temps dans les cordes
tu retiendras le nom dis moi retiendras-tu
le nom de ces choses effacées
Peinture : Max Neumann
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Lèvres
J’émerge de l’eau. du glacier c’est pareil. je regagne la rive. je m’y perds. c’est peine perdu. j’ai tout dit déjà. je n’ai plus rien à dire. c’est peut-être tout. peut-être que je n’ai jamais parlé. c’est ça. non ça n’est pas ça. je ne parlerai jamais plus. j’ai des choses à dire. je m’écoute parler. je me force à me taire. je parle. c’est tout.
Photo : Moriyama.
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Strates
Je vais me réveiller
un jour où l’autre
c’est sûr ça viendra
peut-être le suis-je déjà
réveillé
ce sont les autres
ils dorment
non c’est moi
je rêve c’est certain
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Pulsars geysers
J’éprouve des émotions pendant le rêve que je suis incapable de vivre le jour
Des détresses des pleurs des joies incroyables
il s’est déroulé quelque chose la nuit dernière
Un événement important au début j’ai gardé le tout je me souviens bien
dans ce rêve j’ai tout gardé, rien montré et mon entourage était étonné du peu de réactions
je déambulais parmi les êtres ce qu’il en reste de vapeurs et de forces magnétiques
plus tard le tout est remonté par la gorge j’étais effrayé et certainement
parfaitement submergé voilà
plus tard dans une prise de conscience toute la mémoire émotive ascendante
remonte par les conduits des volcans des geysers intérieurs
magma primordial où tout se fond, retourne, va et vient
une certaine explosion et je me souviens l’avoir vécu entièrement
tout comme un événement réel et peut-être multiplié
Cet événement est voué à se produire un jour dans un sens ou dans l’autre
ce jour là je n’en serai pas totalement vierge je l’aurai vécu déjà connu
en quelque sorte
le jour est un travail ouvrier
je creuse, je refoule j’avance je recule je déambule exactement comme dans le rêve
l’homme civilisé est une machine à refouler je parle en connaissance de cause
je suis un modèle parfait
robot conçu dans l’usine de la mort
et je n’ose pas regarder tout ce qui se trame dans la chambre secrète
derrière la porte dérobée l’inconscient, terrorisé chaotique souverain
comme une existence aux dimensions infinies de l’autre côté de la paroi
inatteignable et que je ne fais que chasser maladroitement
qui étincelle parfois que ce soit dans un texte, un geste ou un appel
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Charogneries
Un homme âgé certainement égaré légèrement
absorbé par le phosphore des jardins les enseignes
chacune vide, vaine à sa façon quand bien même éclairées
quand bien même riches et fuyantes
et lui saccadé suffisamment lui dont je ne connais pas le nom
je le regardais marcher au milieu la chaussée comme au milieu des étoiles
c’était un jeudi une voiture arriva donc et percevant le vieillard
au milieu de la chaussée au loin elle décida d’accélérer
c’était à paris il faisait froid et la foule
réchauffait ses doigts comme elle le pouvait
à grand coups d’objets à acheminer chez soi à se mettre sur le corps
toujours plus ou moins brisé
plus ou moins rompu par l’immense succession de vertiges de déchirures
il marchait tout emprunt de la faiblesse de son âge partagé
fatigué exténué de vivre peut-être, repoussé sans cesse
d’un côté puis de l’autre à travers un monde déjà bien peu familier
déjà échappé de ses mains frêles disséminées
pensait-il à un ami dont il n’avait plus de nouvelles, au vent
qui traverse en sifflant les lucarnes d’un rire confus lointain
je ne saurais le dire vraiment
la voiture accéléra jusqu’à ce que le vieil homme
reprit pieds dans la boue d’une rue qui n’a que faire du diamant et de l’or
du temps, des éléments dispersés qui illuminent parfois une existence choisie
promesse évanouie brisée sur le verre coupant du trajet
distant de quelques mètres le vieil homme aperçu la voiture puis son erreur
son couvre-chef à la fois banal si familier et propre et tremblant
peut-être craint-il la pluie à ses heures perdues quand
le soleil finalement n’exerce plus ses rayons jusqu’aux toits
jusqu’au pli soucieux dans le front d’un visage, d’un passant
de passage toujours semblables aux nuages avant les chaleurs
promises d’un printemps tardif et patient
Je le vis effrayé, son esprit d’un coup passer de la lune au terrestre
du couvercle jusqu’au fond du vase et de la nuit
épaisse et lourde sans exutoire où à la fin la folie pénètre
les yeux les tempes, les bras et les replis
les hommes pressés d’aller y vivre et d’aller y crever
terriblement confusément toujours
un grand bond le porta jusqu’au trottoir, la voiture enfin
rassurée d’avoir marqué sa présence, d’avoir réussi son coup
lâche, sans enfance ni tendresse ni élégance elle ralentit
elle ralentit sur son existence à-demi
qu’un automne résiduel recouvre comme une peau, sans doute
un automne exécrable, mauvais sans teneur
où il faut agir communément
où il faut marcher courir, chercher le soleil
partout dans ces rues où il ne va plus et l’autre
prit dans l’ersatz d’une vie circulaire indéfiniment
dont il ne reste que la rage la vengeance perpétuelle
toute nue dans le jour malhabile et crû et inhabité
la voiture enfin s’arrêta quasiment
je suis quelqu’un de bien ce ralentissement retardé semblait vouloir dire
je suis quelqu’un de bien, pousse-toi de mon chemin
il faisait sombre déjà
Dessin : Joseph Vachal – Cri de la masse
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Voici
J’ai travaillé la légèreté de mon être
comme d’autres le bois le marbre
si bien qu’il est facile pour moi de m’élever
-je te dis tout cela sans prétention-
ça peut-être un morceau de musique
ça peut-être ton poème
ça peut-être ta façon de me regarder
dis un mot pour voir ?
-me voici-
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Quelque chose
« Tout devient merveilleux dans la brume »
O.W.
I
Je les vois danser sur les balustrades
côte à côte et heureux à ce qu’il paraît
j’ai envie de danser moi aussi mais
je n’ai jamais vraiment aimé être heureux
il y a quelque chose de dégueulasse là-dedans
se lâcher comme ils disent
j’aime danser je le fais très bien
mais pas avec tous ces cons
et comme il n’y a que des cons je ne danse jamais
tout de même je prends du plaisir à les regarder
s’échanger du rire du vent de la poussière
et moi je rêve
II
Attablé à la terrasse d’un café
je regarde une fille oblongue
ses bottes rognent sur la chaussée
elle montre son assurance
elle s’imagine que des milliers d’hommes autour
tombent instantanément amoureux d’elle
cette pensée la maintient dans la vie courante
et tout son bonheur sur la terre est bien visible
trop visible pour être honnête
rien ne semble la trahir
elle est beaucoup trop robotisée
elle est belle
elle est importante
elle n’a rien de spécial
elle ne sait rien de tout ce qui peut émerger
une connasse de plus sur la terre
et moi je rêve
III
Demain je vais aller à la banque encaisser des chèques
demain je vais aller chasser le singe à la sarbacane
j’en ai rien à foutre
j’aimerais tout donner à un clochard
au premier passant
ça ne me sert à rien
je n’ai toujours pas compris à quoi ça servait
je n’ai envie ni d’un appartement plus grand
ni d’une sublime voiture
de retour chez moi je bois quelques verres de vin
et fume des cigarettes
je suis seul pour le moment
j’écris à des filles qui se souviennent à peine de mon prénom
elles ne me répondent pas
je m’en fous
je ne suis rien
je me sens heureux
IV
Je leur donne tout de mes cendres
elles répondent elles répondent pas
j’habite au deuxième première porte
ça débouche sur quoi tout ça
V
C’est parti dans les nuages
j’éprouve des bonheurs inconnus et familiers
chaque jour renouvelé
chacune de mes journées est merveilleuse
j’ai peine à y croire
VI
Cette vie est semblable à un rêve
j’en ai tant de ces rêves que je n’y vois plus rien
mes yeux distinguent à peine tout ce qu’il y a de réel
je les écoute parler
j’ai du mal à suivre
j’écoute intensément pourtant
mes pensées sont déjà ailleurs
je me sens comme un oiseau flottant
qui n’a pas appris à se poser
les musiques les livres et les films tous aussi nombreux
que les êtres humains qui habitent la terre
sensation de danser dans les choses et les êtres
je fluctue je marche
je divague sur les eaux
j’erre et j’ai quelques brasiers au-dedans
à entretenir
quelques êtres dont je dois prendre soin
VII
j’ai des milliers de romans dans la tête
pourtant je suis fatigué d’écrire
je voudrais pas y aller crever avant
de les avoir étendu sur le bord
avant de les avoir vu prendre le large
faire leur vie
VII
Tu te lèves le matin tu cours
tu te rhabilles tu te prépares
c’est le grand jour aujourd’hui
grand jour de quoi tu ne sais pas
tu refermes la porte à clé
le froid touche un peu ta joue
tu marches regardes rapidement le ciel
voir s’il ne va pas pleuvoir
VIII
Toujours le même clochard à enjamber
à l’entrée du métro saint-paul
toujours la même masse
dans laquelle déambuler se frayer un chemin
dans le néant comme dans la vie, dense et hystérique
cette masse a tous les jours la même tête
chacun colérique de ne pas valoir un clou
jungle compliquée fiévreuse caduque
l’esprit de la foule fait naître
à la fois la fuite et l’amour dans mon cœur
je ferme parfois le poing dans ma poche
position de combat absolument ridicule
je fais finalement comme les autres
j’erre je dense je pense je travaille j’attends
IX
Il m’arrive de tomber amoureux à la voix au visage
ou même seulement dans le mot
sur l’écran ou dans la vie
simplement sans rien d’autre sans histoire
le tout naissant dans une imagination confuse où se mêlent
ses seins son ventre et le reste de son corps
je l’ai rêvé des milliers de fois avant de l’avoir vécu
je vais dans l’existence comme je chemine dans un rêve
je tente la magie l’enchantement
parfois cela fonctionne et suffit
à me rendre heureux mille fois heureux
parfois ce rêve retombe sur ses deux jambes
la vie et la ville la rue et mon logement
tour à tour me répondent
ils me répondent il est temps
les voilà qui exhaussent mes pensées
je récolte sans efforts les faveurs réelles
que des constructions intérieures ont enfanté
X
Cette ivresse profonde sera multipliée demain
multipliée encore les autres jours
XI
Je sais bien les soucis
les exigences du jour
dressées au-dedans
comme autant de frontières incertaines
d’obstacles inhibants
pourtant je souhaiterais te déplacer
pas même plus haut ou plus loin
mais juste à côté
un mètre à peine peut-être deux
si tu les comptes avec tes doigts
à côté juste là
où tout le reste n’a plus d’importance
XII
J’ai échoué de nombreux amours ils restent là
comme lettres mortes au fond d’un tiroir
que j’ose à peine ouvrir et le jour
à peine levé j’en ressens les stigmates
je suis fidèle comme un chien
je n’ai rien oublié pourtant, rien
rien ne m’effraie plus que l’ordinaire
mais je le connais mieux que tout le reste
c’est lui mon maître
il me conduit je le mords
il me donne des croquettes immangeables
j’ai mille jours identiques pour un seul rescapé
rien d’autre ne m’importe plus que
XIII
J’ai connu une prostituée à Kiev
elle était belle, étudiante
et exploitée
les mafieux veillaient à ce que je dépense
comme il faut mon argent
j’ai regardé son show individuel
quelque chose de très répulsif et d’ensorcelant
régnait tout autour d’elle j’aurais souhaité
l’emmener avec moi
l’extraire de cet enfer
mais une paroi de verre nous séparait
tout un monde entre nous deux
le lendemain elle reprenait les cours à la fac
XIV
J’ai vu un cadavre dans une baie d’Abidjan
il n’avait plus de peau
son pied dépassait d’entre les ordures flottantes
le même jour un réfugié du sierra léone
très jeune et certainement plus vivant
me raconta son histoire
il dormait dans un parc
sans rien que ses quelques vêtements
sa casquette et son passeport
il me disait qu’il attendait de récolter suffisamment
pour se payer le bateau
et rentrer chez lui
il ne me demanda rien que quelques pièces
je lui payai le voyage retour
ses yeux s’illuminèrent c’est certain
j’étais heureux, rarement
j’ai eu le sentiment d’être quelqu’un de bien à ce point
plus tard il m’écrivit sur facebook
il m’appella « l’ange qui lui sauva la vie »
je ne lui ai pas encore répondu
XV
Je rentre à la maison je suis seul et je l’attends
l’attente est généralement ce qui m’angoisse le plus
elle est avec un ami
elle s’amuse elle ne me trompera jamais
c’est elle qui me l’a dit
elle m’a abandonné ça y est
je suis habitué à sa présence, drogue
sans effets secondaires ou si peu
les êtres défilent
les choses défilent
et le soir je la retrouve elle m’aime
XVI
Tout est si éphémère, aérien léger
que je te pardonne volontiers
XVII
Je suis en mesure de justifier ma longue existence dans ses mains
y mourir sans doute plus volontiers que sous un drapeau
une éternité de peines s’efface volontiers de ma mémoire
sitôt que la féerie
sitôt que ses bras
et tant pis
tant pis je cède
cette peau chaque jour est plus neuve
si parfois elle te semble vieillir c’est qu’elle fait semblant
je ne comprends pas tous ces corps qui prennent feu
mon feu à moi n’est pas tant visible
et si j’ai dit que j’étais seul c’est que j’ai menti
je suis au beau milieu des étoiles
XVIII
VISIONS OF LA
Il est l’heure maintenant de dormir
ne disparais pas trop vite où je ne peux plus marcher
ne vas pas trop vite où mes pas ne vont plus
ma vie elle n’est rien qu’un peu de ces chansons infirmes
de la cendre soulevée sur nos chemins intérieurs
j’ai dressé mon amour dans cette déchirure
j’ai exhumé le diamant de ces rêves offensés
je suis comme les autres hommes les autres éphémères
qui vont partout se cogner chercher de la lumière
j’habite la nuit je n’ai que la nuit
pour me raconter ce que c’est que de rester en vie
aveugle incertain ignorant
je ne fais qu’errer de lueur en lueur
et lorsque je l’atteins je brûle comme chacun
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Nuit à l’étage
Tu dors à deux mètres de moi
paisible tandis que minutieusement
je limite les bruits que je fais
tandis que je cherche un moyen
de m’affranchir de quelques murs invisibles
de repousser un peu plus loin les bords du sortilège
j’aimerais t’écrire à quel point je sens se réduire le monde
et s’émanciper sa musique dans tes deux yeux fermés
tu dors à deux mètres de moi toute toi-même
et fertile en présence en constellations variées
pleine encore des lumières du jour
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Il dort
Qu’est-ce que mon cœur sinon
un tintement entre quatre murs
un abri-bus un terrain vague où des inconnues viennent bavarder
j’ai tant ri la nuit que je ne veux plus voir le jour
j’ai tant ri que je ne veux plus te voir pleurer
une maison même habitée de fantômes n’est plus si esseulée
Où est-il, écrasé par les passants
écrasé par l’ordinaire
et toi aussi tu le foules sans savoir où je suis né
les tambours et les miettes
tout ce qui scintille et parle
est marée montante angoisse du verre brisé
le corps qui passait devant mes yeux dort désormais
il dort comme s’il savait
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Tant est si bien
Tu ne sais plus très bien comment errer
ta langue est figée à la commissure
tu te noies dans le cristal liquide de l’écran
comme d’autres dans les foules blasées
heureuses et sans revanches
l’alcool même ne marche plus
et la drogue t’effraie
dieu sait quel prédateur sous cet aileron
tu as tant rêvé que tu ne sais plus
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Parti en fumée
Nous sommes mercredi soir
ou jeudi tu ne sais plus très bien
entre l’épiderme et l’air libre, le froid
tu allumes une cigarette et attends de voir
il ne se passe rien
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Pantomimes
Le temps est guère propice au levant
alors tu te couches et comme chacun se couche
au même endroit toujours au même endroit
les hommes ils finissent par en faire un monticule
le jour se finit toujours
tu finis en natte d’osier en planche de cerisier
dans le dortoir où les sommeils lâchent s’ébrouent seuls
le nœud du tablier fait une tête d’enterrement
ma bouche elle ne sait plus parler
je file ma langue aux pantomimes
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Par le collier
Se sortir soi comme un chien
par le collier retors, jusqu’au parc
où tous les éclopés tissent le remords
leur voilure leur monte jusqu’au ciel
au-dehors
au-dehors la ville est sans rien
elle a le visage plombé
elle a les figurines désagrégées
de tant de raccourcis pris dans l’embardée
se traîner soi sur le trottoir
c’est la nuit sans abri sans le refuge
et tandis que tu mènes la guerre ordinaire
contre les volutes les passes magiques les décors
un peu de ta ruelle a coulé sur nos lèvres
un peu de poison répandu sur nos trésors
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Dehors déjà
Tu es dehors déjà
la ville a refermé son visage, la périphérie
a noyé son rêve dans un peu d’alcool
et les mégots succinctement crient leur dernier pleur
la nuit béante a mis ses entailles
son iris ouvert nous couvre suffisamment
une toile de van gogh n’a pas plus d’étoiles
maintenant que le temps a passé
tu ne retourneras plus où la pluie trop lourde est tombée
là où d’autres voient lassitude tu vois de paisibles brasiers
ne va pas t’endormir avant de venir au jour
il est l’heure de récolter
de réconcilier
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Avec chaque mot vient
Avec chaque mot vient l’effac e me n
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L’hélicoptère
CONTE
ma mère. sois fière de ce que je délivre
j’atténue les douleurs dans les consciences
j’aide mes amis lorsqu’ils se sentent mal
j’écris mes poèmes sur des papiers volants, je les offrirai
volontiers au ciel s’il veut bien les accueillir
regarde-moi super héros, j’ai la tête dure
et l’alcool tranquille sur les parois de ma trachée
j’ai un compagnon
c’est un husky et je prends soin de lui
il n’est pas affamé je lui donne la moitié de ce que je trouve
je suis un homme bien je prends soin de ma famille
j’avais choisi d’être pompier je ne sais plus
non, plutôt pilote d’hélicoptère
c’était à cause de toi je me souviens et toi
du petit hélicoptère en fer blanc que tu m’avais offert
il est toujours là je veux dire
pas là dans ma poche, mais quelque part
dans ma poitrine il n’a pas bougé
on entend son bourdonnement régulier
je vais toujours à la pêche chaque dimanche
je ne rate pas un article des journaux du matin
masha m’a quitté
je veux connaître autre chose qu’elle m’a dit
je crois qu’elle s’ennuyait
je prenais soin d’elle pourtant comme je le fais toujours
je rapportais à la maison de quoi l’émerveiller
mais c’est pas grave
je vais bien tout de même ne t’inquiète pas
ma maison je l’ai construite de mes propres mains
dans la forêt tu l’aimerais tu t’y sentirais bien
elle n’est pas très solide mais tient le coup
le matin je dois retirer la neige amoncelée sur le toit
tu vois j’ai tout ce dont j’ai besoin
j’ai des plans, des projets par milliers
ils sont tous là dans ma tête, un jour
un jour je te les raconterai
ils ont voulu m’emmener dans le centre à nouveau
j’ai refusé tu penses, c’est pas pour moi ces choses là
je suis bien tout seul, j’ai un peu froid
mais le husky lui il ne craint rien
tu verras bientôt
un de ces jours je vais grimper dans l’hélico
je prendrai mon envol tu seras fière de moi
j’appuierai sur le bouton empoignerai le manche
une fois les nuages atteints je mettrai le cap sur le soleil
là où il fait chaud, là où tu es peut-être
tout est déjà arrangé dans ma tête, tout est prévu
ma mère. tu seras si fière de moi je le sais bien
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Ce soir rien
Ce soir tu ne sens rien
les promeneurs ont sombré dans la chaleur de leur lit
ni féeries à prélever dans les arbres changeants
ni territoire à conquérir ni figures tracées
sur le tableau resté noir
tu as beau lire te couvrir creuser
tu as beau t’écouter mentir, le vide
l’hiver ont tous deux remporté la guerre
ce soir est figé dans sa lenteur stérile
rien ne t’a répondu
tu es si loin que tu ne sais plus
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Dynasties (Mythologies)
I
HETEPHÉRÈS
Tu as trop nourri le feu
qui ne veut plus s’éteindre
l’embrasement débute
II
INETKAES
C’est par les mots que j’ai tu que
je t’invoque
toi transparente
toi évanouie, quasar beau et clair
et quasi semblable aux statues enfouies dans le sable
je t’invoque et te crée par l’âme et le rire
et la matière brillante des rives ployées
à coups d’astres s’élevants sur l’eau
par-délà les murs
les thébaïdes les pays sortilèges
l’attirail désordonné des proies
et des anges fertiles légers
un serpent remonte la colonne de tes jours
toi enfantée par le marbre et la roche
densifiée des parois
le calcaire et la ronce m’ignorent
III
ÂNKHESENAMON
et dans cette ignorance qui est
ton écume même je m’infiltre
moi sourd et aveugle
esseulé comme l’âtre
guidé par un entrebâillement vers luisants de la terre
je suis le chemin de tes mouvements
je dessine sur le fronton une vie tout entière
dédiée à la multitude
aux renaissances âpres consistantes
délesté de ces mirages de ces orfèvres vaguants
pliables et vaporeux dans les déserts
libre ainsi que les constellations sans nom
libre de désarmer décrépitudes, dialogues
sourds entre deux pierres
d’enfreindre chaque portion de ces lisières
Ivre de passer la main sur le continent
de ta chair soulevée ivre d’effacements
de perditions d’enchantements
d’acharnements
IV
MÉRESÂNKH
Tu me disais
c’est aux morts qu’il faut aller raconter la vie
et toutes les choses désuètes et pleines
et remplies de vigueur de tendresses automnales
c’est aux enfants qu’il faut parler
de la nuit des prières, de toute vanité
ton rêve est irisé à la brisure
y passent les étoiles le sable blanc des météores
ton rêve échancré comme l’onde où le recueil dormait
un esprit distant secret émane quelques mots
c’est le temps que tes bras rendent plus fertile
les jours vont dans ton sang se multiplier
ils vont dans ton ventre comme les déserts et moi
je parle aux morts entre les pierres
pour leur raconter ce que c’est que d’être et de rester
je te parle à toi qui n’écoute que le vent
lesté peiné de tant d’avalanches désuètes
le ciel a cette teinte que ta bouche désaltère
et j’ai crû voir un semblant de pluie sous tes arcades
regarde comme les hommes détournent les yeux
sitôt que nous leur adressons nos paroles indolores
j’ai soif en lieu en place de ton visage
V
HENOUTIMRÊ
J’ai soif une nuit
mille nuits toutes ensemble rassemblées
J’ai soif comme si perpétuellement j’avais cessé de boire
je te regarde et je vois la distance s’agrandir
me démunir inexplicablement
je devine un ciel dénué d’étoiles m’engloutir
si je me retourne
sur les champs les ruines
un jour m’attend quelque part entre deux rives
entre deux phrases glissées dans la bouteille
cette servitude n’a jamais cessé de nous ennoblir
mais je peux plus m’empêcher de t’écrire et de parler
tout un monde un instant s’est nourri de ton rire
comme deux vasques englouties
comme deux amarantes enchâssées dans la lumière
tu n’as pas fini de danser près du feu que j’ai construit
je brûle j’ai soif une nuit
mille nuits toutes ensemble rassemblées
VI
AHNOTEP
Comme élégante est la prière
comme diamétralement opposée est la nuit
tu te joues des obstacles et des énigmes
comme d’autres des manèges incertains lointains
je pourrais m’anéantir là sur-le-champ dans les calendes
ensevelies constellées ignifugées
sur-le-champ tout contre ce souvenir aux contours maculés
écarter les rideaux déplacer les statues
les flux les gestes me sont tour à tour destinés
je te regarde par la coupure
t’atteindre est comme le rêve mouvant
d’un enfant démiurge
j’ai dépassé le promontoire où les sirènes
ont fait vœu de silence
laisser passer le chant désespérément
la mémoire l’éphémère
te posséder est comme animal ébloui
qui va indistinctement
remuer ciel et terre pour un peu de ton firmament
VII
ASALKA
Tout le repos m’est étranger interdit
je tremble à mesure que tes doigts me demandent de me taire
la vie s’épaissit dans ce cœur que j’ai crû mort
j’ai mon château à combler infime que tu abrites
jonché jusque dans le repli
un territoire à léguer à l’enfance
je suis fou de vouloir être sauvé
chaque minute détaillée dispersée
en fractales converge vers ta saison propre
je suis le détenu et le gardien, la paupière de tes étendues
le chien de tes traineaux
et je mêle au vent les arrondies de tes voyelles
distinctement légèrement
ainsi que le navire va s’aveugler lentement
chassant de magellan l’impossible voyage
le soleil par la serrure pénètre mon sang
combien de convulsions
combien de naufrages pour un ensoleillement
Photographie : Herbert Matter – Woman with Beads-1948
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Laps
Il est le temps
De la recherche
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Récit
Le cerveau avait oublié d’avoir mal
et je cherchais la pensée
désespérément le confort de ce point central
autour duquel je pourrais satelliser la douleur
Celle-ci chuta
comme le ferait un morceau de sucre
dans une tasse
se dissolut
Je la cherchais un moment
en bon apnéiste
habitué des souterrains
que la lumière n’atteint pas
et dans ma recherche j’ai crû l’oublier
Comprenez-moi bien
Ma recherche n’avait plus d’objet
je nageais seulement
et tomba sur un morceau de corail
Les jours qui précédaient celui-ci
s’étaient éparpillés
avant de se rassembler sur la face intérieure
d’un coquillage
Ils commençaient à former de la nacre
je ne pouvais voir d’eux
que ce reflet irisé
il me suffisait amplement
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Tu as tout
Tu as tout
les couverts les coffrets en argent
les thés à 17 heures le foyer
les draps chauds tu as la vie l’existence
au-dessus en-dessous quelques animaux de compagnie
le plaisir pour les heures creuses les chants les livres
les écrans de quoi atténuer les ennuis
un pouce dans la bouche l’enfance de la poussière
à déblayer les rôles l’écume à élaguer dans un ciel
à moitié ouvert
tu as tout pourtant
te voilà bien malheureux
et le centre dans tout ça l’essentiel
dans la paille ton rire emprunté
au plus merveilleux des films muets
il y a bien un espace où néant peut-être
dans un coin avec le reste mon dieu
que la mémoire est lourde la roche la
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L’inestimable
La tranquilité s’est dévêtue près de moi
sa robe longue et blanche a glissé au pied du lit
parmi les chaussures et les papiers griffonnés
-quelque chose attend de voir le jour-
le baldaquin a gardé l’écho
de quelques perroquets anciens
dont les plumes impregnées exhalaient
l’odeur mystérieuse et émouvante
des pluies tropicales
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