Il revient toujours

Modigliani

Tu as beau être éteint, errant
souffrant, mendiant depuis ce vide
où la vie semble s’être installée
Tu as beau être en proie aux perditions
aux abattements, aux somnolences des jours dénués
Tu possèdes quelque chose qui me retient
et que je ne trouve pas chez les êtres affirmés
bris de firmaments
germes d’éveils et de possibilités
sans nombre

 

Peinture : Modigliani – Portrait

Essors

Beckett lorsqu’il commençait l’écriture d’un texte, ne savait pas dans quoi il se lançait. S’inspirant sans doute de Joyce dans la retranscription des flux intérieurs. Il n’avait ni plan, ni idée précise des personnages, de l’histoire : il vidait une poche. Céline racontait que l’histoire compte pour du beurre, l’essentiel étant le style, le travail d’architecte, la petite musique qui transportait le tout. Un travail ouvrier de « nettoyage de médaille » trouvée dans le sable.
Je crois que c’est aussi la même chose pour Proust, l’histoire était un prétexte et toute la richesse de son œuvre se trouve dans ce qu’elle sous-tend, sa beauté dans les déploiements des réminiscences et des fleurs aromatiques malgré qu’elles soient invisibles et intangibles.
L’histoire serait comme la trace laissée dans la neige, après le passage du traineau, le ricochet collatéral de tous ces transports.
Pour Pessoa, il s’agissait de laisser un autre naître en lui, de se faire petit et de l’écouter, de raconter l’histoire de ce qui n’a jamais eu lieu autre part que dans son monde du dedans. Dans l’intensité de la prise de distance avec le monde et « lui-même », comme une fleur qui se développe et se fragmente en pétales, lui aussi devenait « nombreux », cherchant ce sentiment de la liberté prise, de l’échappée, l’exaltation, fragmentation de la personnalité pour extraire de l’ordinaire le murmure étoilé de ses essors.

Dans tous ces cas (dans le cas des grands écrivains je crois) ils ne font que, de a à z, traiter du même sujet encore et encore, tournent autour du même pivot central et affinent leur vision, une seule et même obsession sur laquelle ils ne parviennent jamais à mettre le doigt, et devant cette impossibilité à n’ouvrir la porte que par intermittences et confusément, à distinguer formellement ce qui les obsède, naît leur œuvre littéraire. La narration y est réellement accessoire.

Clous

Il n’était pas inscrit dans mon calendrier
qu’aujourd’hui
Je retrouverai une part de liberté perdue.

Chers os

Demain. Maintenant peut-être. Tout ça renaîtra, reviendra. Je n’aurai plus à me plaindre. Tout ça reviendra. Je ne chercherai plus. Je serai bien tranquille. Tout ceci cessera. J’imagine déjà… Ce magma sans nom qui me tord. J’attends de pied ferme. C’est quand ? C’est déjà l’heure. Demain, j’aurai tout oublié. Demain j’irai me fondre. Il faudra recommencer. Jusqu’à la fin du cercle. Cette petite flamme sacrée et libre qui ne veut rien abandonner. Elle veut son lot.. Porter ce corps lourd, chaque jour un peu plus. Jusqu’à ce qu’il soit plus léger. Il pourra entreprendre, voir un peu enfin, ce morceau du ciel attendrissant, par-dessus les parois, peut-être ? Je serai léger suffisamment, pour me laisser porter par le vent. Demain, le suivrai-je ?

J’écris pour quoi

J’écris pour quoi ? pour tordre le cou
Enfoncer le clou, tasser le dilemme
Pour détourner l’avion porteur
Décontaminer les lieux, porter le coup
J’écris pour quoi ? pour remonter la rivière

Pour la défaite de tous, pour le masque du mort

Creuser mon trou, chasser les leurres
J’écris pour passer mon tour
Embrasser le commerce, passer la montagne
Pour ne pas mourir seul

Arpenter la tessiture
J’écris pour quoi ? Pour mendier les éclairs
Me perdre dans la zone, pour désapprendre
Pour les phares inhabités
Pour déclasser les butineurs

J’écris pour la poche d’ombre

Pour me faire étranger
Intrus
Dans la meute de sourds

Dépassement

Tu ne crois qu’en ceci seulement. Ce qui se déclenche d’un trait, se déroule, s’ouvre et qui ne vient pas de toi. Ce qui t’éloigne. Te revient. C’est là le pivot central. Le commencement de tout. tu le sais. Plus rien ne s’oppose dans ta tête.

Regagner le loup

Dans cette incapacité actuelle à me surélever, péniblement lourd et ancré dans ces matières mortes qui ne bronchent pas, j’exerce une patience stérile, sourd, désespérément sourd. Pourtant, je suis sûr qu’il cherche mon écoute. Il cherche mon écoute, me flaire, il parle, infuse, se déplace, cherche l’entaille par laquelle il pourrait s’introduire. Il me donne la parole. Désinstruit, je ne sais plus parler. Je ne sais plus rien. Hors de moi, la cosmogonie, les chevauchées. L’obscurité autour, en dedans.
C’est bien une forêt extrêmement dense qui me sépare de cette voix hors de portée. Je la hèle, l’exhorte. Que puis-je faire sinon, exhorter sa présence, bien qu’il soit déjà là ? Privé de lui, je suis dans l’incapacité à m’extraire, à m’effacer de la surface léthargique. Malgré mon affaiblissement, mon mutisme, mon impénétrable introversion, ma tête dans ce feu qui n’y rentre pas, le loup ne vient pas me finir et je le sais assis, près de moi, les yeux fixés sur ce fond d’étoiles hors d’atteinte.
Quand, et par quel chemin, regagnera t-il sa tanière ?

Clous

dali

Cinq heures du matin
J’attends qu’un autre
naisse en moi

Clous

Un forêt dense
entre moi
et les mots

Les joueurs de cricket

Je pense qu’un des problèmes fondamentaux des poètes contemporains est qu’ils ont dans la tête l’idée d’écrire un poème, lorsqu’ils s’y mettent, et qu’ils traînent comme un boulet. Un genre d’erreur fondamentale, un vice de procédure.
Et de fait, cela se voit, comme un poteau rose planté dans le texte avec inscrit dessus « Attention, poésie ».
Pour quelles raisons mystérieuses aurions nous besoin de ce signal, lancé à coups d’ombre, de corps, de cris, d’oiseaux, de souffle
Doit-il être incompréhensible, indigeste, pour être en mesure de porter l’étiquette « poésie » ?
quand la poésie peut être plus puissante dans quelques mots plus simples, déchargés d’un endroit du cœur plus profond
imprégnés de sueurs, de sang et d’humain, plutôt que de bois mort, de léthargies, de grandes lettres bourgeoises ennuyées ou de jeunes lassés
quand il y a plus de poésie dans un cœur simple que dans un cerveau compliqué ?
quand la caractéristique essentielle de la poésie, c’est cet espace magique où la langue multiplie l’existence

Est-ce qu’un joueur de cricket va se dire, dans les vestiaires, juste avant d’entrer sur le terrain : « Allez, je vais jouer au cricket » ?
pensée ridicule, inhibante qui lui couperait les jambes ?
et malgré le vers libre ces poètes ne sont pas libres
ils surnagent dans une simili liberté
incapables d’admettre que s’ils ne sont pas lus, c’est que leurs textes indigestes n’inspirent aucune envie
n’allument aucun feu pour éclairer la vie
et dans leur condition d’ilotes ils veulent voir
mais ne voient rien
la condition préalable étant de mettre sa peau sur la table
de laisser la mort raconter ce que c’est que d’être en vie
plutôt que d’enchaîner les offrandes mesquines
dont ni les muses ni les lecteurs ne veulent

multi niveaux

Le mieux est encore le multi niveaux.
Vouloir plaire n’est pas nécessairement un pêché capital si on ne fait pas partie de la caste des poètes maudits, lesquels justement, étaient souvent maudits dans leur échec de plaire au plus grand nombre, et ont terminés seuls et méconnus leur carrière, malgré eux et leur envie d’être aimés par le plus grand nombre et d’être reconnus par leurs confrères.
Si l’envie de plaire au plus grand nombre n’est pas là, il est certain que ça part mal et qu’en effet, le texte ne plaira pas au plus grand nombre et à fortiori au plus petit nombre aussi, il y a des chances, mathématiquement, les petits entrants dans les grands, il n’existe d’ailleurs plus de petits nombre aujourd’hui, ou presque. De quels grands nombres parle t-on d’ailleurs ? La masse ? Elle ne lit pas de poésie, mise à part la classique, quelques contemporains si on veut à de très rares exceptions, lecteurs qui sont, pour la plupart, des écrivains eux-mêmes. Il me semble que cette absence de tentative de plaire participe à cette consanguinité généralisée des poètes lesquels, à force de ne vouloir plaire qu’aux autres poètes, ont rompu le lien qu’ils pouvaient avoir avec les ouvriers, caissières, cadres, dirigeants, marathoniens, journalistes, liseurs de bonne aventure dans les vagins, et n’ont que peu de rapport avec la vie finalement, le tout devant excessivement cérébral et ennuyeux. Les romanciers ont gardé ce rapport avec les gens, avec la vie, mieux que les poètes. N’y a-t-il pas une raison à cela ? Est-ce parce que la poésie se doit d’être un coffret noir dont on a jeté la clef dans un marais poisseux, tandis que les romans garderaient leur aura de pochette surprise, remplie de gaieté, de suspens, de vitalité, de plaisirs ?

L’avantage du multi niveaux est la capacité de plaire aux connaisseurs autant qu’à la masse, travail éminemment difficile qui demande une finesse et une profondeur certaine. C’est pourtant ce qu’ont réussi les grands poètes à travers les âges.

Les phares

Les phares, l’œil fixé sur ce qu’ils éclairent, oublient que la nuit domine.

Clous

Les choses sont pourtant souvent haïes avant d’être vues.
Voire haïes parce qu’elles n’ont pas été vues.

Et ceux qui voient ne savent plus haïr.

Véga

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Les chats
ne m’ont pas toujours donné l’impression
de faire partie absolument
du règne animal.

Argiope

Pour Platon, les Hommes furent un jour séparés en deux, condamnés pour le restant de leurs jours à rechercher puis à tenter vainement de se fondre dans la moitié manquante. Pour Camille Claudel, l’absence qui la tourmentait était plus nébuleuse. Verlaine s’est laissé hanter par les voix lointaines et chères qui se sont tues. Ne recherche t-on pas que ce qu’on a perdu, et donc possédé par le passé ? Il ne me viendrait pas à l’esprit de partir à la recherche du pur inconnu, ne sachant ce qui émane de lui, ni ce qu’il peut faire naître en moi, celui-ci n’exercerait aucun attrait véritable. Dès lors, je ne fais que poursuivre ce que j’ai un jour tenu en main, il ne peut en être autrement. Il me semble pourtant n’avoir jamais eu en ma possession ce dont je suis à la recherche, aussi loin que je me souvienne. Peut-être en ai-je disposé en rêve ? S’agit t-il d’un désir amniotique qui précéderait la naissance de ma mémoire épisodique ? Ou bien s’agit-il d’une sorte de mémoire génétique, produit complexe, successions de rêves et de vécus, innombrables dépôts accumulés dans mon esprit, mon cœur, dans mes nerfs ? Je l’ai un jour connue, je ne la connaîtrai probablement jamais plus. N’étant plus apte. Cela ne m’empêche pas de partir sans cesse à sa recherche, tel Sisyphe, de toujours recommencer en pure perte. S’agit-il de fuir, de revenir au centre, de retrouver la part manquante, ou bien de tout ceci à la fois. Cette absence, je l’emporterai dans ma tombe avec moi. Peut-être qu’un jour, étant suffisamment égaré à mon tour, je tomberai nez à nez avec ceci mais ne m’en apercevrai pas, n’ayant plus goût à rien, étant devenu définitivement aveugle et sourd. Aveugle et sourd, peut-être le suis-je déjà, tandis que j’écris ces lignes, n’ayant pas remarqué que l’absence qui me tourmente est ici, près de mon épaule, à murmurer et à m’attendre. Je regarde, il n’y a personne. Il n’y a rien. Il reste tant à faire.

Le ronronnement du lion

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Les bons professeurs de dessin enseignent à domestiquer au mieux le flux des pensées. La main n’est pas loin de jouer le rôle de sismographe, captant et mettant au jour crû les tremblements du dedans et les dialogues intérieurs du type « je sais pas faire les yeux », « je vais foirer la main », se lisent dans le trait et le résultat redouté arrive, effectivement. C’est un élément important à prendre en compte dans le dessin, même au-delà du dessin, dans bien d’autres domaines n’est-ce pas ? C’est certainement la même chose en littérature et plus particulièrement dans la poésie. Les petites voix parasites qu’elles soient négatives ou positives, provoquent des dégâts semblables, tirent le texte-requin hors de l’onde. Quoi, alors ? Taire les voix ? Il n’existe pas de texte sans voix qui le précédent. Croyant sincèrement aux enchantements de toutes natures, il me semble que, dans ce monologue intérieur perpétuel, parmi toutes ces « petites » voix (ce terme « petites » est amusant ici. Ne sont-elles pas au contraire monstrueuses et exténuantes ?) qui nous assiègent, il n’en est qu’une seule qui vaille la peine d’être écoutée. Une voix qui emploierait une langue dénuée de mots sans doute, qui ne dicterait pas mais donnerait matière à créer. Qui se mérite. Il s’agirait dès lors de savoir écouter, avant de savoir écrire. Peut-être.

Des nouvelles d’entre les corps

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Une douleur ancienne, diffuse, sans nom, sans cause, est revenue. L’ai-je réclamée ? Probablement. Comme on réclame la part manquante de soi. Plutôt que de la repousser, ne devrais-je pas la laisser me dévorer ?

La petite fille disparue

denise à verneuil

Passée, déjà. C’était hier. Son nom : et puis quoi ? une rose dans sa main. terminé. les jeux dans le jardin. terminé. ses os dans la terre. passée, déjà. avec les pluies. le vent. de la poussière à la fin. voilà tout. de la poussière et quelques images. restées là, pour les illuminés comme moi qui s’attardent. et ramassent le passé. pour en faire des prières. pour en faire des galets. je n’ai jamais pu m’y faire. je l’ai dit. ça n’a pas d’importance. je n’ai jamais pu me faire au départ des êtres. leur départ me brûle. et les vivants sont déjà en train de partir. C’est pourquoi jamais je n’ai pu m’attacher. C’est pourquoi je suis infiniment attaché sans qu’ils le sachent. C’est pourquoi je ne suis jamais surpris quand ils disparaissent. ils passent, déjà.

 

en cours de chute
dans l’avalanche muette
dispersés parmi les étoiles
à l’oeil nu
observables

Sans doute

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Où es-tu. dans les angles.
nulle part. au milieu.
au coin. dans les beaux draps.
dans le ciel. entre deux eaux.
sous un beau jour. fais-tu le ménage.
vas-tu aux mirabelles. à l’étranger. dans l’inconnu.
avec un inconnu. seul. seulement avec un inconnu.
seule. jamais. parles-tu. écoutes-tu. peut-être.
dans un livre. dans tes pensées peut-être. dans un lac.
dans la pierre. es-tu pareil. pareille. en jambes.
sur le point d’ouvrir un pot de confiture. en dépression.
et puis non. avec un enfant. dans le remords.
dans la distraction. dans l’absence de ton ombre. ingrate.
inattentive, sans doute. calme, sans doute. dans ma mémoire.
toujours là. au-dedans. sans doute.

Le reste : brume

Quoi que ce soit d’abondant blesse, quoi que ce soit précisément, délivre, emprisonne par la même occasion, retient ou extirpe, c’est du pareil au même quand, éloigné et revenu, étiré au loin, revenu au centre, dans un même élan brisé qui n’en finit pas, reparaît. L’âge creuse la sensibilité des rêveurs et leur fuite perpétuelle. Retrouvailles avec la même, le même, le tout, qui vient sans paroles donner des nouvelles d’autrefois et de maintenant. Merci infiniment pour tout ceci, je n’oublierai pas, je n’ai rien oublié, je l’ai gardé précieusement sous les combles, dans les caves, les points culminants, les aurores inattendues, tout ceci gardé caché, à l’abri, là où les rumeurs et les précipitations ne pénètrent plus. Quand parfois un de ces rêveurs vous appelle, il n’attend pas de réponse, il vous appelle seulement, cela suffit, il écoute l’écho lent qui se déploie dans la forêt attenante, et cet écho est la preuve même de votre présence, la preuve que cela existe toujours. L’espace autour, dedans. Vous êtes libre d’y répondre. Et puis le reste, rien. Le reste : brume.

Et où

Nulle part rien où quoi, rien. Rien. Néant. Non pas que l’envie manque, non pas qu’un feu ait cessé de hanter. non pas que les nuits ne soient plus riches, non, mais elles sont riches seules, seules, avec rien ni personne, ni trace de ce qui est parti et qui ne parle plus, ni mémoire, suffisamment précise pour combler le gouffre : quasi rien. Des voix en sont parti : une voix particulièrement. Une voix particulière qui ne parle plus et qui m’a laissé là, sans que je le veuille : sans que je ne veuille rien d’autre. Depuis lors, je fais mine de, puis comble, je comble, et puis fais silence : sans pouvoir parler, quand bien même j’aimerais parler, quand bien même je le pourrais aisément, étant dans un autre monde à-demi, mais n’ayant personne à qui parler : quand, et où, l’écoute ? Jamais, c’est dit. Jamais, puisque trop de bruits et d’agitations, jamais, puisque chacun doit parler, puisque chacun parle et puisque personne ne le fait ni ne dit quoi que ce soit, et puisque l’existence nous est étrangère il nous reste quoi, faire silence, s’éloigner, marcher, prendre le vent, aller, sortir d’où. Assez. Trop. Quand rien n’a encore débuté ? Dans un écrasement têtu ? Dans un lent déploiement de toutes ces choses. comment poursuivre, sitôt que la question est posée. Marcher, à nouveau marcher.

Relève

C’est tout, j’abandonne, je n’ai plus rien à dire. Je commence à peine. redevenir animal, peut-être. regagner le loup. l’écrevisse. Ça recommence. C’est inutile. Il y a tant de bruits. En rajouter. En rajouter. Ceci me dégoûte. creuser. comme au premier jour. et la première nuit ? Chasser la veilleuse. Demain. relancer le manège, le jeton en poche. J’y ai droit. C’est interdit. J’attends. Je me porte. J’attends devant la porte. aller y brûler pour voir. ce que ça fait d’être en vie. à-demi mort peut-être, avec le temps, l’ennui, ou l’habitude. avec les étoiles. Véga, étoile bleue, ma favorite. triangle d’été. me souvenir. Constellation de la lyre : les faire taire. se taire soi en faisant mine de parler. ou bien crier, ou se taire : c’est pareil. C’est tout pareil, à la fin. Ça n’a rien à voir. C’est comme ça que ça commence. Faire de la place au-dedans. Creuser, ou écrire, pour faire de la place au-dedans. C’est rien. Ça n’était rien du tout. Tu le mérites mille fois. Ils sont éteints. Tu as croisé plus de morts que de vivants. Ils sont vivants. Ils sont loins. Ils ne savent plus. C’est toi qui ne sait plus voir. C’est toi qui ne sais plus. Tu sais, pourtant.

La mort et l’oubli

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Qu’ai-je oublié moi, tout. je ne me souviens pas. le creusement. Les mémoires. Elles se retirent. Vagues. Je n’ai pas de mémoire.
Disparues, voies lactées : disparues. Je file. ou coule le long. Le long. délicatement. détachement d’une mémoire , l’une après l’autre,
avec le vent. J’ai trop de mémoire. qui s’en va ? Qui s’en va encore ? l’un après l’autre. l’une après l’autre dans les mêmes pas qui se retirent.
Moi d’abord. Je suis parti moi d’abord. Trop-plein de mémoires. Je garde tout. Je n’ai rien gardé. Je n’ai jamais su rien garder du tout.
Un, c’est déjà trop. Je ne m’y ferai jamais. Je n’ai jamais pu m’y faire. J’ai fini par m’y faire. Je m’y suis habitué. Je ne m’y attarde plus.
Je ne m’en sors plus. Qui est voué à partir, à peine venu ? J’étais loin dès le départ. Je n’étais pas ici dès le départ. Je n’ai jamais été ici, ça s’entend.
Ça se voit. Les gens le remarquent d’emblée. C’est clair, d’emblée. Jusqu’à ce que je ne sois plus personne et que j’oublie. Que j’oublie
suffisamment seul pour commencer à me souvenir ? La mémoire valable ? Seule, et valable, et palpable, déchiffrable malgré qu’elle soit là d’emblée
sans rien dire, à marmonner dans son coin ? que lui dire ? quoi ?

Le nécessaire

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J’ai rendez-vous demain matin
je ne vais pas y aller j’ai rendez-vous pour ne rien voir
de ce quelqu’un parce que je n’aurais pas parlé
je parle sans cesse trop c’est trop
au moins voir quelqu’un et sinon ce sang d’encre c’était quoi ?
écrasé ?
j’ai d’autres choses à faire demain je n’ai rien de prévu
je ne vais pas dormir
j’irai sans bouger c’est dit
d’ici demain j’aurai tout oublié je ne vais pas bouger me souvenir de tout ceci
d’ici là pendant mon rendez-vous je resterai là à attendre que mon rendez-vous se passe
et me souvenir de tout ceci
me souvenir de tout
j’attendrai l’heure

Clous

Robert-Moses-Joyce

Poser son attention sur des milliers de choses
Ou sur une seule et même chose avec des milliers d’yeux

L’os albâtre

Salvador Dali et Écrevisse

L’univers est peut-être une immense machine à répondre aux vœux secrets des êtres. La magie respire quelque part, quand bien même elle est absente. Elle est peut-être derrière le rideau, sous l’abattant du piano, dans les antennes du homard.
Nous pourrions dès lors mettre les couverts afin de préparer son retour, installer un bougeoir, une nappe blanche, une corbeille de fruits, un bouquet de myosotis sur la table.
Mais elle n’a plus besoin de venir s’installer, ni de s’asseoir ni de parler pour annoncer sa présence. Elle n’était pas bien loin. En fait, elle n’avait pas bougé d’un iota. Elle était là. À attendre. Sans attendre. Nous le savions bien.

Darwin

Il est agréable d’explorer un rêve comme Darwin explorait les îles galapagos, s’approchant de ces oiseaux aux pattes bleu vif, si peu farouches car n’ayant pas côtoyé les hommes et autres prédateurs. Les animaux finalement, plus leurs couleurs sont vives, plus cela signifie qu’ils ont peu de prédateurs. Ils ne craignent pas d’attirer le regard. Comme certains rêves.

Je viens signaler

Je viens signaler, avec que le nuage ne fonde, dans le sucre bleu
mon nouveau recueil à paraître, le premier, le dernier, aucun, zéro
au fin fond de mon imaginaire, pas très loin
sur le point de paraître
sur le point de
sur le point
dans ma tête à paraître
dans ma tête très bientôt qui vient de paraître
mon nouveau recueil
pour quelques pesos
c’est encore trop peu
j’abandonne
pas même mort-né le clair de jour

Yoko

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Isolation

isole

Langue

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Tout ceci avance, passe, ce voile légèrement visible, sur un visage, parfois radieux, parfois éclairé par un sourire innocent, le plus souvent figé dans une attente perpétuelle, vague, sans raison, sans les occurrences, même minimes, lesquelles pourraient distinctement illuminer l’œil, désormais riche des reflets des lunes alentours, qui ne sont jamais plus belles qu’à travers une larme sans objet. Quelques paroles, désuètes, pleines d’un sens qui me reste étranger, s’échappent en volutes, avant de disparaître, puis de reparaître plus loin, dans d’autres mots que je ne comprenais pas, eux non plus. Sachant tout cela oublié, perdu quelque part, dans les territoires lointains, ou profondément enfouis en moi-même, mon esprit, dénué de forces seul, en attente qu’un processus indépendant de sa volonté s’anime seul, remarche, se relance tant bien que mal, doucement tout d’abord, avant d’atteindre sa vitesse de croisière, sur les flots qui lui feront visiter d’autres territoires, bien différents de la chambre, la même, désuète, vaisseau du rêve, forteresse, échappatoire exigu, ennui. Échappé et vivant, avant d’aller plus tard mourir, caché derrière un arbre, à la manière des chats, rendre silence, préparer le lit où se couchera le prochain corps, un remerciement si intense qu’il réprime la douleur, l’absence visible de consolation.
Dans le berceau des étoiles, pénètre en convulsant, un cœur, dénué, laissé, inconnu, qui se regarde s’épanouir à l’autre bout de ce monde, ailleurs, les forces vitales qu’il a engagé, les minutes fabuleuses dont il a fait don, et dont il ne réalisera jamais la fertilité, lui-même aveugle et figé, lui-même manteau glacé, mais doux, qui recouvre les autres étoiles, fragiles et pourtant reconnaissantes, frémissantes encore dans la lumière bleue, ou prises au piège d’autres étoiles plus nombreuses.

Dessin : Fernand Khnopff

Langue

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Les paroles persistaient et mes yeux, certainement moins
dans le vague, s’étaient repositionnés dans les siens, semblables
aux oiseaux qui vont, pour une raison que j’ignore
se poser sur un fil électrique au-dessus de ma tête
puis observent, gazouillent, manifestent leur présence
avant que le désir de se mouvoir n’émerge à nouveau.
Ils sont pressés de retourner librement dans le ciel.
Décontraction du château intérieur, fluctuations sereines et solides
des joies du dedans, lesquelles, s’exilant du royaume
laissaient échapper un rire innocent et sincère
attiré à soi comme un enfant qu’on extrait de son instinct de fuite.
Ceci ne m’importait guère
étant son visage caché, le langage secret que seul j’honorais
par lequel je m’évadais, avec l’espoir qu’elle me suive
et se détache d’elle-même.

Pardon

Elle-même, belle, cheveux mi-longs, verse vers tout ce qui doit mourir, à la façon d’un rire inapproprié, lancé pour plaire et inspirer le désir, propage autour d’elle, sous la forme d’ondes mystérieuses, que personne ne rattrape, mis à part moi peut-être, un épanchement de vie instantanée, laquelle me donne envie de profiter au mieux des heures à suivre de mon existence, en sa compagnie. Il m’est venu à l’esprit parfois cette idée selon laquelle les êtres les plus immatériellement riches possèdent quelque que chose de la tristesse de la mort à l’intérieur du regard, si bien que, tandis qu’ils se tournent vers moi, ses yeux dégagent un je ne sais quoi qui me fait songer à la magnitude de la mort et de l’amour, je ne saurais pas vraiment dire si c’est elle que j’aime, ou bien la grâce vivante qu’elle diffuse et qui ne l’appartient pas, bris d’échos, promesse d’un voyage interstellaire, guerre immobile d’un millier de rayons qui vont tous ensemble aboutir à l’obscurité, la mélancolie, dénuée de rage, fructueuse, disséminée dans une secrète soif d’existence, dans un désir inassouvi de protéger tout ce qui reste de la vie et qui peut encore éclore, demain, ou maintenant, maintenant. Les êtres sont si nombreux et les évènements si rapides qu’il devient difficile de se connaître, les rêves, nombreux aussi, sont gardés en soi de peur qu’ils ne se déploient pour rien, qu’ils aillent se perdre dans le pire, c’est l’absence de réverbération, c’est l’innocuité, le pire. Les rêves ralentissent le monde et le changent en eau, si bien que nous sommes secs et que nous allons très vite, quand je regarde une étoile, c’est le souvenir de cette étoile que je regarde, de fait, je ne regarde pas, je ne fais que chercher, chercher quoi au juste, rien, une éclosion vaporeuse, une motte de terre meuble au fin fond d’un souvenir, un visage sans main pour le soutenir, je cherche quoi, la clef dans l’armoire, l’œil dans le bois, elle-même, elle, là. Nous pourrions être deux vivants, au sein d’une assemblée de morts, les deux seuls, les deux seuls, ailleurs, deux âmes rapides, échappées entre deux paroles inaptes, pourquoi fallait-il parler, en fin de compte, sinon pour ne pas se sentir mal à l’aise, ne pas infliger la distance à nos interlocuteurs chimériques, discuter, pour se lester de la douleur, quand bien même le silence serait plus expressif et généreux, moins insoutenable. Le soleil noyé dans sa lumière, très rouge, soleil dont rêvent les morts, eux, ici présents, ils ne le remarquent même plus, à l’insu des aveugles, nous lui rendons un hommage émerveillé, lorsque les coraux, sous le signal des astres, organisent un lâcher d’étoiles fertiles au fond des océans, l’intuition de deux cœurs qui se parlent, qui portent, ce million de silences qui se refusent à la mort, et

L’homme égaré est attiré par ce qui lui nuit

Un homme, quoi que légèrement égaré, erre, la tête nue, vers ce qui lui nuit (à la manière d’un éphémère), en pensant le moins possible. Quand bien même il pense peu, il se sent assailli, ne serait-ce que par les agitations automatiques, palpitations nocturnes de la ville qu’il aime tant, croyant la haïr ; l’aimant, malgré ses faiblesses inhérentes, et pensant, énormément, malgré les silences intérieurs qu’il s’inflige. C’est par automatisme qu’il s’agite dans la nuit et qu’il passe ; les autochtones qui le regardent ne voient guère autre autre chose en lui qu’un passant comme il y en a tant d’autres. Les uns, bruyants, cherchent par on ne sait quelles techniques habilement maîtrisées, à multiplier les bruits qu’ils génèrent. D’autres, comme lui, ont rendu les armes devant la stérilité du combat. Des luttes de cloportes, se dit-il, tandis qu’il patiente et observe, avec mélancolie, le signal lumineux construit et pensé pour les piétons comme lui, qui attendent leur tour avant de franchir les passages cloutés. C’est une zone libre, pense t-il, avant de vérifier que son téléphone portable était toujours correctement positionné dans sa poche gauche. La principale utilité des objets est de nous rassurer, se dit-il. C’est pourquoi leur absence nous inquiète. C’est pourquoi je vérifie. Des réflexions vaines et sans fondements émergeaient là où il avait juré de taire ses pensées. Il sentait bien une inquiétude, mais n’ayant jamais pu mettre le doigt sur la cause primitive de ses anxiétés , il avait laissé tomber. Il s’était mis à se laisser vivre et, de fait, commençait à aimer ces objets, lesquels, de façon lancinante le rapprochaient d’une petite mort lente, silencieuse et désuète. À la lumière des réverbères, les murs anciens prenaient une teinte orange qu’ils ne possédaient pas le jour. Ils auraient pu être verts, ou bleus, ou de couleurs variées, mais il fallu qu’ils soient tous oranges. Dans son esprit, la nuit désormais ne pouvait prendre une autre teinte que l’orange et la mélancolie suivait le pas de ses rêveries, multiples et non dénuées de profondeur. Une marée montante de petites douleurs insignifiantes mais en grand nombres se hissaient jusqu’en haut du mur qu’il s’était jurer de défendre, de garder sain, sans colères ni réflexions inappropriées. Il ne pouvait se taire au-dedans. Il ne pouvait plus parler non plus, n’ayant plus personne à l’écoute. Il sentait bien pourtant que la clef de son bonheur résidait dans le silence.

Clous

Andreas-Feininger-sweden-beach-1934

J’ai cessé d’écraser tout insecte
depuis que j’ai vu la mer

Photographie : Andreas Feininger, 1934

Pluie

fernand-khnopff

Quelques secondes
(Je regarde toujours le ciel de l’intérieur)
Après que la pluie en eut terminé avec moi,
Je tombais froidement devant les étoiles.
Je pleurais plus doucement que la matière.
J’ai marché et les vieux arbres ont rêvé de mes pas.

Froides comme des cordes, les voitures en dessous noirs,
Suintantes, chuchotantes, étaient immobiles dans leur lit.
J’entendais le clapotis des gouttes de ma fièvre
Sur le métal froid des plaques, dans le nœud de mes nervures.
Le bitume respirait les imagos crevées.
En-haut les étoiles, glacées, étaient plus bleues
Et les nuages avançaient plus purs.

Dessin : Fernand Khnopff

Bleue

J’ai jamais rien compris. Et pas qu’un peu. Un rêve, peut-être. Un cauchemar c’est tout. Entre les deux. La brume. Et tout ça, laissé derrière pour aller vivre. C’est triste. J’ai jamais rien compris je disais. Un ballon d’hélium peut-être, lâché depuis le jardin que je regarde partir sa vie. C’est tout pareil. À la vertical avec mes yeux pour pleurer. C’est très vain. Qui, et où, quoi ? Quoi que qui. Frangine qui, que je ne connais pas. C’est de famille. Il en faut toujours un qui fout le camp. Ai-je lâché moi pour ne pas partir ? C’est à n’y rien comprendre. Quand bien même aimée elle ne m’écoute pas. Peut-être la souffrance au fond. Frangine avec les ombres et le chat seul. Seule, toute seule qui ne le mérite pas. Frangine dans un autre monde. Ça n’a pas de sens. Plus proche que les autres sans pouvoir parler. J’aurais bien essayé. J’ai rien fait. Elle mérite bien tout le bonheur à elle toute seule qui ne parle pas et ne peut plus bouger. Le monde réduit à la pièce, le réduit, pour soi seul avec les ombre seule. Sans amour aucun, ceci très tôt. Emportée au demeurant, avec le reste c’est hélas. Un jour je lui donnerai de quoi passer la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers. Un jour plutôt non, si d’aventure elle se réveille. J’y peux rien, c’est de ma faute. J’irai recoudre de toutes mes forces le jour où. C’est certain. C’est dit. L’avenir, frangine. Le voilà le beau qui scintille sur la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers, au demeurant. Moi, ça compte pas, le détail, rien. Tu ne méritais pas. C’est facile, l’oubli, vers où aller lassé d’avance ? Pour pas un rond le bonheur sur-le-champ. En musique et la joie d’outre-tombe, passé presque lassé de tout. Pour aller voir le monde en bateau, si déchirée frangine. Sans avoir affaire aux hommes, les invisibles et les absents. J’existerai moi aussi pour pas un clou. Avec quelques sous je t’emmènerai voir la mer oublier. Quand bien même me fige, c’est moi le héros, on rêve du beau monde. Le même espace avec vue sur la nuit. La même qui vient nous visiter chaque nuit. Continue, comme la même musique lente. Sans lendemain peut-être. Sans journée pleine. Le calendrier vide de fatigue. Le mégot écrasé, je ne pourrai jamais m’y faire. Les yeux oranges du singe au visage bleu. La mort, pourpre et très claire. Abandonné, le présent qui se fige frangine, et très courageuse ignorée. C’est triste. C’est pour plus tard. C’est pour jamais. Jamais. Demain. Les mots c’est tout. Ils sont de moi, pendant que j’ai le temps. Pendant que j’ai rien d’autre à exister. Faute de mots, tant bien que mal. Je ne saurai peut-être jamais. Tu partiras avant que je sache quoi que soit. Je n’aimerais pas que tu partes c’est tout. La luciole pimpante sur le mur. Les clochards à même la vitre embuée. Le voile la voie lactée la voie lactée très bleue dans les yeux grands et clairs. Où es-tu dans le qui suis-je ? Jamais sans doute, frangine univers. Et pas qu’un seul amour bleu dans le corps. Drapeau de corps sur le lit qui attend le sommeil médicamenté. En suspens le soleil au loin. Une corde, une main le secours perdu d’avance qu’en sais-je ? Je donnerais tout volontiers à l’instant pour ton voyage lent sur la mer. Pour tout voir repartir à zéro demain. Tout ceci pour dire quoi ma sœur. Pour rien, un peu de tout c’est sûr. Je t’aime tant et si bien que c’est peu de le dire. Les orages vaguants convulsifs, frangine tangible et bienheureuse quelque part dans le ciel à bras le corps. La descente lente et douloureuse dans la nuit, ensorcelée prise au piège. Tout ceci dans un rêve où je chassais les ombres. Malgré moi, la nuit. Malgré moi pour tout au monde, la nuit. Où es-tu ? Quelque part où je ne peux mettre les pieds. C’est pas faute de danser à pas longs. À pas longs sur la glace de t’aimer. Pour toi toute seule comme une enfant. La joie du pardon sur le cœur. Le cœur pansé imagine bleue. Imagine court et lent sur la glace fine. Pour tendre vers la mer toute seule et désordonnée du soleil. Sans le passé pour tout laisser derrière et ne plus rien garder. Rien garder d’autre regarde. De chaque chose. Se réfléchir muet sur le bas-côté du monde lointain. Où l’angoisse même obsolète voire intangible de se frayer dans la vie sans paroles un chemin. Puisque rien au bout du compte, peut-être dans le mot qui la traverse. Quand au bout du compte la traverse dans le mot d’ordre qui reflue sur la mer. Avec le vertige de laisser tout. Sur le bas-côté dans le sable, la vie et les choses de paraître, orgueilleuse et lointaine. À nous deux dans le ciel, avant de partir. À nous deux dans le temps, doucement de se laisser aller sur la mer. Et de revenir.

La Corde

Papa n’est pas tellement fier de son fils. Il n’a pas honte de lui mais il n’est pas particulièrement fier de son fils papa. Fiston inachevé somnole et se lève tous les jours à midi c’est dire. Papa est fier de son fils sans jamais dire qu’il n’est pas très fier et qu’il préfère sa fille. De loin. Le jour, la nuit c’est pareil. Sa fille elle ressemble plus à son papa. Du moins, une des deux puisque l’autre est hors-jeu à cause de papa mais pas seulement. Papa il n’est pas fier il le sait mais n’en dit rien. D’ailleurs il ne dit rien du tout c’en est trop. Ce serait trop demander de dire qu’il préfère infiniment sa fille. Son fils moi je le sais il cache bien son jeu. Papa il n’en sait rien que son fils il se camoufle et n’est au monde qu’à moitié et encore. Il est hors-jeu lui aussi mais il tient encore la corde au cas où il y aurait une surprise au bout. Papa il peut bien couper la corde son fils il n’en dira rien puisqu’elle est déjà coupée court. Papa voulait dessiner avant de travailler la taule. Vendre des voitures c’est pareil. Aurait pu c’est très bien comme ça. Ça va pas plus loin qu’aurait pu papa. Papa il a tué sa vie intérieure puisqu’elle faisait trop de bruit. À quoi bon entendre. Entendre c’en est trop. Une oreille a rendu l’âme. Il ne veut rien entendre. Il n’a jamais dit un mot papa, on sait jamais que ça sorte un peu trop. Papa ne cesse plus de parler pour être sûr de ne rien dire. Le tour de magie. La décadence maniaque. La télévision elle est efficace pour taire la vie intérieure de papa qui fait trop de bruit. Ça marche bien combler le silence. Pour pas avoir affaire à soi. La petite guerre à mener tous les jours contre la vie intérieure. Papa il en sait rien de son fils qui vit sur un radeau c’est tout pareil. C’est à cause de son fils si papa ne sait rien de la vie intérieure de fiston. Fiston creuse un trou dans le noir pendant que papa dort. Un raté comme papa quoi qu’il arrive il est si fier de son fils qui a fait tout comme papa quoi qu’il arrive raté. Ça le dépasse papa qui s’en moque en passant le temps. Papa est fou c’est dit comme fiston bien dit qui n’a pas le permis après avoir hérité de papa une certaine haine des voitures. Fiston n’aime pas les gens comme papa qui les aime bien malgré tout. Le dimanche c’est pareil. Papa est maître à oublier pour fiston qui esquive si bien comme papa lui a appris afin que personne ne le connaisse sinon lui-même et encore c’est beaucoup dire. C’est beaucoup dire que papa ne sait plus bien qui est papa au fond du trou sinon une somme de réflexes conditionnés par les innombrables échecs tous aussi cuisants les uns que les autres et encore. Il a pris la direction opposée fiston pour faire comme papa qui n’a jamais dévié ni deviné. Il est dans la nuit cher fils. Tant est si bien qu’il prend lui aussi tout ce qui lui tombe sous la main pour s’abrutir. Il ne cherche rien papa que l’oubli et d’être aimé solitaire avant de partir comme cher fils. C’est pas un hasard si fiston n’a pas tellement de discipline. Né de rien pour arriver à rien. C’est peu dire quand bien même mystérieux et fou qui tourne en boucle. Un jour papa partira sans que son fils n’ait jamais compris qui était fiston pour papa qui a toujours désiré une autre vie que la sienne. Il ne sait plus très bien dans le nuage. Par la fenêtre c’est pareil. Dans le salon assis sur le canapé c’est pareil. Papa paumé fou. Fiston qui traie les louves. Son fils il veut et s’en tient là jusqu’à ce qu’il en ait assez c’est à dire jamais rêveur de venir au monde. Fils à papa rêve de venir au monde finalement en tirant sur la corde coupée longue. Exister la masse. Cercueil brouillard avec l’ennui. Fiston qui rêve papa de le voir naître. Jamais jamais qu’importe. Où ailleurs qu’importe c’est pareil. Coupé court entre deux dialogues sourds. Qui attend l’autre de faire un pas. Pas un. Lequel des deux attend l’autre de faire sortir l’animal un jour. L’animal dort inaudible de ne plus parler. Le droit à la parole pour l’animal court toujours. Dire tant que le cristal n’est pas brisé de peur de ramasser les morceaux de verre au sol. Dire est lourd d’être léger pour l’animal piégé. Comme la parole piégée d’être gardée dedans sans jamais pouvoir rien en dire. Fiston cherche issue pendant que papa dort d’être brisé. L’issue quand bien même trouvée ne sert à rien pour papa aveugle, sourd et toute ouïe quelque part dans l’ombre. Malgré tout quelque part où son fils creuse dans l’ombre ailleurs. Demain déjà tard pour être sans plus jamais n’avoir rien à perdre qu’une vie brisée sans mots pour la décrire. Cher papa qui n’a jamais connu son fils.

Divisé cherche son double

Désormais tel quelqu’un dont l’élan tant que faire se peut. Tant que faire se peut depuis des lustres pendu à la sonnette pour aller dire, c’est moi maman. C’est moi mon amour dans le tronçon long. Quand bien même une ébauche il se ressaisit et passa de lui-même la grille qui le maintenait en-dehors tant que faire se peut, à son maximum de tenue et d’élégance entretenue. C’est lui-même qu’il accueille tandis qu’il passe la grille elle-même entretenue qui le sépare. Quand bien même divisé cherchant son double qui le sépare des autres personnages et du monde extérieur qui le divisa. Il est lui-même qui se change en se plaignant de la chaleur qu’il extériorisa. Pressé de part en part comme si chaque partie se reposait sur l’autre pour avancer dans le salon qu’il connaissait déjà. Ou bien les pieds-nus sur le carrelage frais lui rappelait cette sensation qu’il connaissait déjà. C’est lui qu’il mima maman. Il mima maman, quand bien même une ébauche qu’il saisît tant que faire se peut lui commanda de s’arrêter net. Il s’arrêta net dans la cuisine si bien que les mains comme elle saisirent le verre rempli d’eau qu’il avala. En fermant les yeux il avala net. Il se dit qu’elle avait encore les ressources suffisantes pour s’arrêter là. Le même jour qu’il avait connu. Tel que le même être à la même heure se plaignit de la chaleur entendit les mêmes paroles qu’il débita. Le cerveau se délita de ne plus savoir jusqu’à ce qu’il ne sache plus rien du tout. Lui-même aperçu de la même manière dans la rue ou bien dans la chambre. De cette façon il tourna en rond jusqu’à ce qu’il oublia tout. Celui-là même qui un jour tourna en rond il n’est plus. Il regardait le jardin dans lequel il n’avait plus sa place. Il n’avait plus sa place et il abandonna tout. Lorsqu’il abandonna tout il recommença l’errance d’un point à un autre. Mimer de ne pas errer pour errer comme les autres qui n’est plus de l’errance. Il se souhaita de l’amour entre deux points de l’errance. Lui-même seul qui regardait ses mains qui se savaient là. Lui-même avec le temps d’attendre long. Il abandonna tout et sentait le manque dans la maison et dans les routes qu’il traverse. Si bien qu’il traverse. La gorge qui parla s’emmêla de ne plus savoir qui. Comment se lever et faire un tour où il n’existait quasi rien. Dans le bruit qui en dit long qu’il ne sait pas. N’était la fin sur le bord il aurait sauté pour commencer à partir. Commencer à partir sur ce qu’il savait déjà comme étant la fin. Il avança par de brèves poussées entre deux arrêts il s’arrêta. Sur la fin il s’arrêta avant de recommencer. Rien qu’être perdu l’immobilisa. Suspendu et léger il commença comme faire se peut quand bien même perdu en retard. Avec le recul il parla en retard des êtres qu’il aima. Dans la pièce attenante elle se tenait là. Il se dit qu’elle était là tandis qu’il allait la voir il se dit qu’il allait parler malgré le fait qu’elle soit là. Il la trouva si bien qu’il ne senti plus le besoin de parler, tenu à l’embrasure.

Un dernier mot avant de naître

C’est fini. Ça commence. Demain j’arrête. Je repars à la guerre. J’ai assez joué. Je pars en embuscade. N’importe. On ne m’y reprendra plus. J’éteins tout. Je vais à la chasse. Je pars à l’aurore. J’emporte tout. Je prends rien. Je pars avec elle. Je serai seul. Seul avec la fenêtre. Je suis épuisé. J’ai n’ai rien fait. Je suis innocent. Je nie tout. J’ai marché en rond. Recyclé fantôme. Tumescence. Paradisiaque collé. J’étonne les mouches. Ça bourdonne. Là dans le sec. Corps mou sur sol sec. J’y vais. Je m’efface. Je sors. Ça commence bientôt. Demain. Maintenant. Demain. C’est mûr. Le manège. Il est temps. Ça ne peut plus attendre. Demain je serai crevé. Dans le nuage. Comme aujourd’hui. Un peu de forces. De douceur. De la volonté. C’est pas le moment. Je ne sais pas. J’ai rien fini. J’ai jamais rien commencé. Le mime. Le mime dans la glace. C’est moi. J’irai crever. En douce. Avec les oiseaux. Dans les draps. Pour pas un clou. Avec le perroquet. Incontinent. Dans l’espace. Du rideau. Il bouge. Ensorcelé. Qu’y a-t-il dehors. Il n’y a rien. Le radeau. Je flotte. Demain je rattrape tout. Ça fornique. Ça aspire. J’ai perdu mon temps. J’ai rien perdu. Déchaussé. Peau rose momie. J’ai tout rendu. Il n’y a plus rien. Détroussé. Vide. Cloaque. Ça rigole. Ça tousse. Je suis usé. J’ai à peine commencé. J’attends. J’ai rien fait qu’attendre. La sonnette. C’est qui. La bienvenue. L’aurore. Les vaisseaux. L’être humain à ma porte. Je m’introduis. Je glisse. Ça répond pas. J’ai rien répondu. J’ai pas bronché. J’ai tout avalé. L’os avec. La peau. Le gras. Néant. Là pour quoi. La peste. La poussière. J’embarque. Je n’en sais rien. Ça commence. J’y vais.

Divulgation

J’ai rien de plus à en dire. Elle est morte, c’est tout. Le château de sable. Elle est pas là. Hier elle l’était. Si bien qu’aujourd’hui les retrouvailles sont tombées à l’eau, sans rien de plus à en dire. Vivante. Elle n’est pas loin. Elle est pas là. Je n’ai rien de plus à raconter et à entendre. On en parlera plus. J’y penserai encore longtemps. Ça pousse, dedans, c’est pas qu’un mal. Vivace. L’écharde. Elle est où la sortie. Elle aurait pu m’expliquer. Je n’ai rien fait. Je suis innocent. C’est à peine si j’ai touché la cage. Le loquet, j’ai pas osé. C’était bien lourd. Je la cache. Y a rien à faire. C’est fini. Roulement. Je vais bientôt dormir. Je travaille patiemment. J’ai rien fait que travailler. Le deuil. Le seuil c’est pareil. Des photos peut-être. Elles ne me font rien. J’ai tenté le coup. J’ai pas mal. C’est pareil. Un peu plus. Beaucoup, c’est tendre. Qui sait si je pourrai le faire. Ça continue. C’est entendu. Je pourrai bien aller m’asseoir là bas, tel que quelqu’un. Quelque part. Ça manque. À l’abri. Ça manque toujours de quelque chose. Rompue, sans bouger. Tandis que la tête elle-même levée dans les angles un instant. C’est elle. Ma raison se rhabille. Le rideau se tord de ne plus se savoir là. Plus rien. L’habitat, rentré, avec son être en moins dans les mains. La gêne obscure qui n’arrive pas à être la tristesse. Foetus mélancolie. L’imagination comble. Pas tout à fait de l’indifférence. Loin de là. Ça ne sort pas. Ni ne veut rentrer. Ni ne veut rien du tout, au fond, sur ses lests. Déjà éteint. Avec la lumière, et le reste. Les papillons. Pas plus. Les étoiles, parfaitement ponctuelles. Pas plus.

Après la révolution

L’amour n’était pas dans son coussin, il n’était pas derrière la lampe
Ni dans le tissu du drapeau ni même dans la bouche affamée
Des poissons de Corinthe
Amour les sillons où tu es passé exhalent ton odeur, tu n’es pourtant plus ici
Le lait a coulé dans la fontaine millésimée, les mots
Ont été décapsulés trop tôt les soirs de fête
Après la fureur la pluie, après l’ivresse
Le repos des fantômes guerriers
Et les armes refroidies ne fument même plus
L’amour n’était pas dans une église ni dans les jouets
De l’enfant qui ne parle pas encore
Lorsque les piétons se changeaient en armées
Les barricades ont saigné les pierres ont troué les crânes
L’amour est passé là près de ton sang
Il t’adresse ses mots dans sa langue natale, tu les écoutes en rêvant
Musique les morts t’écoutent toujours
Depuis le refuge où la dernière étoile les a convié
Il est derrière la frontière, l’immatérielle prison
Il est dans la liqueur, dans un reflux d’amitiés
Il tombe des nues il va dans les fleuves rejoindre les royaumes
Où les cerises sont mûres et prêtes à tomber
Foule endormie dans sa lande résignée
Te rappelles-tu ton ancêtre sa mort ses larmes fécondes
Ne rebrousse pas chemin
Ne tourne pas en rond dans ta demeure synthétique
N’attend pas que les avions décollent, que la mort fasse son trou
Son trou de commerces
La vie c’est autre chose, elle est à réinventer
Elle est dans les promesses confuses que la nuit ordonne
Amour je le sais bien
Nous t’aimerions encore un peu près de nous
Dans notre cheminée
Amour
Que tes braises passent la nuit pour au matin
Etre réanimées

Pièce

death-nature

Clous

tsugaru

vous êtes nue et vous dormez
quelque part dans le ciel
faîtes comme si
comme si jamais