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Ce texte est l’histoire d’une lutte intérieure. Une révolte. Quelqu’un, moi en l’occurrence, mais quelqu’un quand même qu’importe ce quelqu’un ça peut être toi Janus. C’est l’histoire d’une confusion. Quelqu’un est assis au milieu d’un ruisseau, au milieu d’un escalier et qui fait barrage avec ses mains, ses bras et son coeur pour empêcher les jours de s’écouler trop rapidement, pour empêcher les jours d’avancer sans lui quelqu’un qui veut garder ouverts les rideaux malgré qu’il fasse nuit comme pour préparer la venue d’un soleil prochain peu importe s’il ne vient pas, du moment qu’il a d’abord été conçu, ensuite c’est à la vie d’y répondre ou non, le jour venu. C’est quelqu’un qui se dit que la vie c’est peut-être autre chose, peut-être plus que cela et qui refuse comme il le peut avec ses maigres armes la marche lente du monde et du temps sur tout ce qui vit, sur les chiens des rues, les bâtiments en construction les cathédrales.
On ne voit toujours que ce qu’on veut bien voir et je crois que tu es resté sur l’apparence, celle d’un amour adolescent peut-être, parce que tu associes la confusion, la naïveté et l’amour à quelque chose d’adolescent une révolte ridicule un peu idiote qu’il est bon de dépasser si on veut devenir quelqu’un appartenir à un rang plus élevé, trouver une stabilité et un confort mais, je crois au contraire que c’est une chose à préserver au fond de soi et pour soi et que ce qu’on place souvent sous le verbe « grandir » ou « passer le cap » est à peu de choses près mourir, taire la voix et la poésie, l’échanger pour quelque chose d’immobile, faire don de ce qui est vivant, la musique dans le ventre qui ne demande qu’à être réinventée chaque jour. De ce point de vue il ne s’agit pas forcément de moi, de mon nombril, il peut s’agir, avec un peu de chances de tout un chacun, parler de soi n’est pas nécessairement être aveugle à autrui, parler de ses expériences est peut-être aussi une forme de générosité.
Cette naïveté dont tu parles est présente dans mon travail comme elle est présente dans ma vie, dans mon travail et dans mon rapport à autrui et jusqu’à présent, quoi qu’on en dise cette naïveté qui ne signifie pas forcément absence complète de lucidité m’a plutôt portée chance, malgré moi bien souvent, son lot de malheurs aussi bien entendu ceux-là les premiers auxquels je n’avais pas songé, mais si je regarde de plus loin, en prenant le temps de bien y réfléchir, je me dis que la naïveté a quelque chose de plus surprenant, de plus frais et de plus vivant, du moment qu’elle n’est pas calculée, ce qui le cas, ni même voulue puisque souvent j’ai tout fait pour ne pas l’être considérant parfois (à tort) que c’est une grande faiblesse, mais c’est ainsi. A propos de l’énergie passée à y réfléchir, à se justifier, je crois que tu touches juste. Bref, je pense, pour le coup, avoir suffisamment parlé de moi.
Je remarque (une remarque en hors-d’oeuvre) que bien souvent il n’est pas permis de parler librement de soi, je me demande d’où est venue cette idée reçue, celle-là qui a posé le sceau du tabou, de la monstruosité, le sceau du « nombril » sur le fait de parler de soi, ou plutôt, sur soi et c’est là toute la différence. Comme si le panneau « sens interdit » avait été accroché là-dessus. Comme si nous savions, quelque part, qu’il y avait une bête immonde, une hydre à cent têtes, un danger, à l’intérieur de cette grotte abandonnée et qu’il valait mieux avancer sans jamais se retourner, sous peine de perdre eurydice à jamais peut-être.
Comme si ce domaine dorénavant était réservé aux « nettoyeurs », aux spécialistes que sont les psychologues, et qu’il ne fallait plus s’y attarder nous même.
Il s’agit pourtant là d’un des premiers devoirs du poète il me semble.
Et celui qui prend ce chemin parfois (qui que ce soit) reçoit toutes les foudres, est menacé de toutes les folies de tous les jugements. On a pourtant la permission et la liberté je crois de réfléchir, je veux dire, se réfléchir. Les profondeurs ne sont pas nécessairement des gouffres, tout ce qui est inconnu est peut-être dangereux, mais certainement pas mortel comme on peut l’imaginer.