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Verre rouge

La nuit dernière (nuit du 20 au 21 Septembre 20014) j’ai fait un rêve que j’ai maintenant quasi oublié.
Mais il me reste un vers qui a été prononcé à la toute fin de ce rêve et que j’ai noté sur le champ, à mon réveil, au mot près.

C’est si beau
Pour se jeter d’un verre rouge

 

Un aspect intéressant de cet épisode réside dans le fait que je me souviens parfaitement m’être dit à moi-même à la fin du rêve (l’instant avant le réveil), « de quoi s’agit-il ? ». Sans mots, une sorte de réflexion enclenchée laquelle, bien sûr, allait faire appel progressivement à ma conscience et provoquer le réveil. Mais j’étais toujours entre deux eaux à ce moment-là. L’image du verre de vin rouge sautait aux yeux bien sûr, mais j’avais rapidement compris que cette piste facile était un leurre, et tout d’un coup cette sensation m’est venue, très forte : « Bien sûr ! C’était ça… ». J’avais la ferme conviction d’avoir démêlé le nœud, d’avoir trouvé la clef. Désormais il ne me reste que la mémoire d’avoir trouvé la clef, quand bien même je ne la comprends plus et que le sens de ce vers (verre) m’est tout à fait opaque désormais.
Tout cela m’amène à penser que le rêveur du-dedans sait la solution, celle-ci a déjà été trouvée, insufflée et qu’il est vain, inutile pour moi de chercher la signification de ce vers désormais, à l’aide de l’intelligence rationnelle. C’est inutile car le rêveur connaît la réponse, elle est inscrite, elle a été saisie, bien que celle-ci ne puisse remonter jusqu’à ma conscience logique, elle est inscrite, comme une graine qui aura été plantée dans les profondeurs, un arbre va croître, des fruits vont naître, fruits dont je ne comprendrai pas vraiment la signification ni l’action, mais qui auront tout de même une repercussion quelque part dans ma vie intérieure et réelle, j’en suis convaincu.

C’est aussi pour cette raison que je ne crois pas qu’il « faudra bien longtemps pour comprendre ce qui se cache derrière ces étrangetés » car, fondamentalement, nous les comprenons déjà en quelque sorte elles ont déjà été vécues et saisies. Nous avons le sentiment de ne pas y avoir accès, quand bien même elles sont inscrits au-dedans. C’est simplement la pointe de l’iceberg qui ne sait pas : l’esprit rationnel. Ce sentiment est donc une illusion je pense, et le but ne serait pas de comprendre, mais plutôt de seremémorer, de remonter le fleuve. Sous la surface des eaux, le savoir ne consisterait pas à comprendre, mais à découvrir ce que nous savons déjà : ôter les écailles.

Abri. Débris.

Je sens un trop-plein d’émotions qui rend une mélasse. Un fouillis de regrets, de culpabilités, d’ennui. Je n’éprouve pas de plaisir. Le plaisir que j’éprouvais est intemporel, fantaisiste. Réminiscences bizarres. J’ai envie de rien faire. J’ai fini de me prendre pour le messie ou dieu le père. N’ai-je pas là perdu toute ma poésie ? Ma poésie ? Qu-est ce ? Une douleur.
Je deviens idiot. Dans l’œil de l’autre, je me vois. Ou plutôt, j’y vois un être. Un autre. Ai-je échoué ? Pour le moment, j’imagine qu’il n’y a ni défaite ni victoire. Il n’y en aura probablement jamais, au final.
J’ai peur d’entrer en dépression. J’ai froid, sans cesse. Je distingue ce noyau, ce métal au centre, rougeoyant.
Je le sens indestructible. Mais en souffrance. J’ai terriblement peur. Des blessures anciennes ont réapparu. C’est flou.
J’ai peur et donc je génère une angoisse pour ne pas faire face. Est-ce ceci, l’angoisse ? Un stratagème de l’esprit pour ne pas faire face à ce qui nous tourmente vraiment ? On tourne le dos. Réflexe de fuite. Trop de contrôle, c’est sûr… J’ai très peur. Je ne crois pas avoir jamais eu aussi peur de ma vie. Son objet ? Je ne parviens pas à caler l’image. Mais ce dont j’ai peur est une sensation de néant. D’inhumain. Sortir de l’humain, voilà ce qui me fout la frousse. Passer de l’autre côté, et ne plus pouvoir revenir. J’ai toujours eu la ferme impression que l’essence de l’homme, sous le vernis de la civilisation, de la raison, est monstrueuse. Toujours eu l’impression aussi que cet attirail de raison n’est pas indestructible. C’est tout ce qui nous fonde et à la fois, c’est étranger. Peur de devenir fou. Pourquoi suis-je devenu si craintif, si tremblant actuellement ? Je me suis éloigné de beaucoup de choses qui me pesaient, m’effrayaient ou creusaient des trous dans la toile de la vie bien rangée, bien à l’abris.
Faire confiance en l’âme. En l’esprit. Je ne peux pas tout contrôler. Je n’en suis pas le créateur. Je ne suis qu’un enfant qui ignore d’où il vient. Mon sang qui circule en tous sens dans mes veines, mon coeur qui ne cesse de battre. Tout ça est là. Toujours là. Pas pour l’éternité.
Impossibilité de pleurer. Désir de pleurer. Impossibilité de retrouver les cocons passés. Désir d’un lieu que la mort absente. Désir et ressenti de la vie.
Quelle est ma destinée ? Je suis perdu. Je pense avoir gâché, j’attends la punition. Le jugement. Un être supérieur me délaissa. Ou bien est-ce moi qui l’ai délaissé. Tout cela est-il supercherie ? Aucun moyen de savoir où se trouve une vérité. J’imagine que la vérité se trouve là où on se sent bien parce que c’est que comme ça qu’on peut vivre. Exténué. Peur de l’absence de solution.
Angoisse sourde. Parfois je l’oublie. Pas longtemps car soudain je me rends compte que je l’ai oublié. Je repose les pieds dans l’angoisse. Pourquoi placer la peur au centre de mon monde ? Pourquoi me remettre sur ce centre dès que je prends conscience que je m’en suis éloigné ?
Profondément malheureux au fond de moi. Détresse infinie. Envie d’en finir et de retourner à la vie se mélangent. Confusion continuelle. Émotions éclipsées.
Je suis fort pourtant. Je suis endurant. J’endure. Ça je sais faire, comme personne.
Il me semble que la mort m’apportera ce dont j’ai besoin. À portée de main.
Pourtant c’est du côté- ci de la vie que les fleurs et les animaux naissent, prennent maturité et meurent. Là-bas, de l’autre côté, ça n’est pas matériel. C’est la jouissance des souvenirs.
Je crois en la destinée. Je crois aussi au couronnement de l’âme. En la souffrance. Je ne suis pas sûr quant à la récompense. Je n’ai pas le sentiment de mériter quoi que ce soit. Je pense avoir tout échoué. Tout. Perdu ce qui m’était cher et que j’avais bâti avec tant de patience. Tout cela n’est que ruine. Une espèce d’illusion de château. En lieu et place de mon château, je vois cette colline ou traînent quelques murs écroulés. Les herbes remplacent les tours et les ponts. Et surtout, ce vent, qui règne sur cet endroit. Il n’y a que lui qui ait le droit de régner.

Chandelles

Parfois, le brouillard s’estompe. Un peu. Je vois trouble. Je marche, je m’écroule. Chaque pensée peut être un faux pas.
L’écriture doit-elle être outil de guérison ? C’est dégueulasse. On ne devrait pas la prendre ainsi. Pour soi, toujours pour soi. Je ne veux rien pour moi. J’ai eu assez. J’attends la mort, c’est tout. Non pas que je la recherche. Je l’attends.
J’aime la vie, plus que tout. Ce n’est pas incompatible. Ça va avec. Préférais-je la mort à la vie ? Certainement pas. Pas plus l’une que l’autre. Deux mystères. L’un n’est pas plus lointain que l’autre. Les deux s’engloutissent en moi. Magma qui se meut.
Comment en suis-je arrivé là ? Quel malin plaisir à gâcher les chances, les dons ? Aucun. L’attente. De rien. Pas de preuve à faire. Pas d’amour à même l’air. À déchiffrer, creuser. C’est une autre vie qui s’offre à moi. Pas mieux, pas pire. Différente.
Un arrêt. Mes yeux se fixent sur le vague, mon corps qui était transparent, soudainement existe. Il est lourd. Une agitation dans les viscères. L’automate se fige, se met en sourdine, tourne de force ses yeux vers l’intérieur. Quelle maladie peut-elle autant nous éloigner de la condition naturelle, pré-déchéance ? La réponse aux stimulis ne s’effectue plus. Un trou d’air. Une chute au-dedans. Sensation de la créer volontairement, et d’à la fois lutter de toutes ses forces contre. Une lutte, deux forces contraires, portées par moi, être multiple. Dualité. Le côté gauche du corps s’affaiblie.
Le courant fonctionne à nouveau, brinquebalant.
C’est la même énergie qui me fait aimer les ombres environnantes et qui fait s’ouvrir et grandir les fleurs. La même qui me fait m’asseoir un moment sur le bord de la route, et celle qui pousse les lions et les gazelles à boire au même moment dans le même bassin.
Une partie de moi ferme le robinet. Une partie consciente, affamée. L’autre, perdue sans le sol qui la retient, lâche les rênes de la terreur, de la pression et de la lutte pour la survie. Sa propre survie. Voici tout ce qu’elle veut et vers ce à quoi tendent toutes ses forces : sa survie. Coûte que coûte.
Une bête me mange de l’intérieur. Comme si l’homme était grignoté, à son insu. Comme s’il savait, indistinctement, qu’il ne sert que de pâture à une entité plus vaste que lui même. Il y a bien les fils qui nous remuent. Notre fuite vers le bonheur il s’en délecte.
Dans cette course on oublie tout, la nature magique des êtres, de nous même, des choses.
Arrêtons le cours un instant, et la mécanique de défense s’active. Il faut à tout prix que ça s’arrête. Il faut à tout prix revenir à la normale. Que la brume épaisse se dissipe. Que les formes noires aillent voir ailleurs. Comme nous sommes terrorisés désormais dans les territoires qui étaient autrefois nos maisons familières. Comme l’édifice est fragile. Et comme cette fragilité est masquée par ces milliards d’êtres qui ensemble retiennent de leurs mains cette porte. Pèsent de tous leurs poids afin qu’elle ne s’ouvre jamais.
C’est bien le refus absolu de la mort qui nous fait échouer sans cesse sur la même plage, comme un billot. Et la peur de toucher à la raison, cette prison de glace.
Il y a bien le corps qui porte en lui la mémoire des êtres passés. Je n’ai pas en moi qu’un nom, qu’une naissance, qu’une mort. Je porte en moi la naissance, l’existence et la mort de tous ceux qui m’ont précédé. Et je les devine, parfois. Parfois, je sens que ma chair connaît les réponses. Elle les connaît par l’expérience. C’est mon esprit qui s’invente une importance, une existence indépendante, une solitude. Je ne suis qu’une maille du tamis formé par les étoiles. Un point sur le tableau.

Socrate et Don Juan Matus

Du parallèle entre Socrate et Don Juan Matus. Socrate, qui parcourait le champ de bataille « exhalant » autour de lui une telle aura qu’aucun ennemi n’osa l’attaquer.
Ennemis qui attaquent plus volontiers ceux qui fuient.
Socrate, lui, par son pas assuré mais surtout extrêmement calme comparé aux chaos violent qui l’entourait, ne recherchant ni ne fuyant la mort, tenait à distance tous les armes.

Un des rites de passage de Don Juan était la « marche de la mort. »
Un marcheur passe devant des hommes qui, le fusil à la main, étaient chargés de lui tirer dessus. Si le marcheur agissait dans la perfection du guerrier, sa gestuelle, son aura, la sérénité effrayante qu’il dégageait face à la mort empêchait tout tir. Les tireurs tremblaient. Le marcheur ne laissait filtrer aucune faille par laquelle les balles auraient pu se frayer un chemin. Personne n’ose tuer celui qu’ils considèrent (pensée qui a surgi des tréfonds de l’inconscient le plus primitif, celui qui recèle les réminiscences. Qui recèle la mémoire de ce temps pré-natal. Sa nature première qu’il devine confusément : sa nature divine fabriquée de lumière) comme un dieu. Celui qui a atteint le plus haut degré de la philosophie et de la contemplation du beau (Socrate). Celui qui emprunte la voie du guerrier impeccable (Don Juan).
Parallèles et correspondances entre les sagesses antiques et primitives de toutes les régions.

Rêve, nuit du 12 au 13 juin 2011

J’étais en altitude, En haut d’une montagnes. Des rochers. Un lac. Pour le moment je suis seul. Non pas subitement mais graduellement, je prends conscience que je rêve.

Je vois une porte, massive, en pierre. Dans la roche. Je veux y rentrer. Je réfléchis. Je n’ouvre pas tout de suite. J’y colle mon oreille. Je veux savoir si les personnages de mon rêve ont une vie indépendamment de ma présence. Je veux écouter. J’entends des voix, indistinctement. Je ne comprends pas
vraiment ce qui se dit mais je devine qu’il y a quelqu’un.
J’entre alors. Je leur parle comme si je les connaissais bien. La gène ou la peur sociale n’existent pas dans le rêve. Il serait intéressant de savoir pourquoi. Ils vont et viennent.
Je parle avec eux, nous nous amusons. Je suis seul avec un d’eux. Un personnage jeune, aux cheveux un peu frisés, châtains. Un homme. Il n’y avait, d’ailleurs, aucune femme dans mon rêve.
À un moment donné je lui dit que je suis en train de rêver. Que mon autre moi et quelque part ailleurs, en repos. Couché dans un lit.
Très loin d’ici.

Sentiment que je me trouve en effet non pas sur un plan, une dimension différente, mais sur le même plan, dans la même dimension mais à une distance extrêmement éloignée. Si loin que les lois qui régissent ce monde-ci le sont plus les mêmes.

Je leur dit que je me demande s’ils existent ou s’ils ne sont que création de mon esprit.
– Bien sûr que nous existons.

Qu’as tu fait ce matin en te levant ? Lui dis-je.
Il réfléchit, surpris par la question.
Je ne sais pas. C’est bizarre »
C’est parce que tu n’existes pas.
Je vais poser la question à un autre personnage. Il hésite aussi, ne sait pas quoi répondre.

J’essaye de le mettre devant ses contradiction.

Je vois un autre homme.
Cet homme est plus âgé. Il est un vieux juif. Il porte un béret à l’ancienne, de couleur gris clair.
« Tu n’existes pas. Je sais que j’ai croisé il y a peu, dans la vie réelle, un homme qui était comme toi. Il criait dans la rue et cela me marqua. C’est pourquoi je me souviens de lui.
Tu n’es que la projection de ce souvenir. Un ersatz. »

J’eu la sensation d’avoir percé à jour le rêve, d’avoir franchi un nouveau seuil. J’avais levé un voile. Je sens que je vais pouvoir parler à l’être
J’ai attiré son attention. J’ai mis à jour un de ses mystères. J’en ai maintenant le droit. Je sais qu’il va venir et que je vais pouvoir lui parler.

Dans le rêve je sais, souviens, ce qui va se passer dans la seconde qui suit. Est-ce parce que mon cerveau crée le rêve au fut et a mesure ? Est-ce parce que nous y avons tous les dons, notamment celui de prédiction ?

Qui es-tu ?
– Je suis ton esprit
– Puis-je te poser des questions ?
– Oui, tu le peux.
– Es-tu indépendant ou bien une part de moi ?
– Une part de toi
Sa voix est grave, fantomatique. Presque cinématographique.
Est-ce moi qui te crée ?
– oui et non.
Je sens mon interlocuteur rusé. Je ne crois pas à ses sornettes. Il va jouer avec des réponses ambiguës. Je ne sais pas si je peux le croire.
Le dialogue est certainement plus long mais je ne me souviens plus de sa suite.

Je me retrouve à nouveau avec le premier personnage.

Tu vois, bientôt je vais disparaitre.
Tu dois te dépêcher. Je vais bientôt me diluer, disparaitre d’un coup, comme ça, et retourner là d’où je viens.
Il va chercher une feuille.
Pendant ce temps là je regarde les fleurs. Je me concentre. Je fais tout pour ne pas me réveiller tout de suite.
J’essaye de savoir si je suis en train de me réveiller et si oui, je me dis qu’il faut que je réfléchisse moins, pour ne pas dynamiser mon cerveau, qu’il garde encore cette torpeur qui me permet de rester ici. Je crois que les choses sont stables et que je peux rester encore un peu.
Il revient.
Je lui dit. Si tu viens un jour dans ce monde tu pourras peut être m’y retrouver. Je dois te laisser mon numéro de téléphone. Je le note sur le papier. Je regarde ce que j’ai noté et je remarque que je me suis trompé sur la deuxième paire de numéros. Je barre le tout et recommence. Encore trompé.
Sur la même paire. Cette fois je le note mais m’arrête juste après la deuxième paire. Je regarde bien. Le numéro est correct. Je détourne mon regard un instant, puis je regarde à nouveau la feuille de papier. Le numéro a changé. Je comprends alors qu’il m’est impossible de le noter.
Tu vois, je n’ai pas le droit. On m’empêche de te le donner.
Je réfléchis un instant.
Prends cette feuille. Je te le dicte et tu vas le noter.
Je lui dicte, il le note.

Un instant plus tard. un dragon apparu. Sur le ventre, au sol. Le personnage qui était avec moi me dit qu’il fallait l’attaquer. Il l’attaqua. Planta son épée dans son aile.

C’était trop grossier. Ruse pour me refaire participer activement au rêve. Pour que je m’oublie à nouveau.

Je me dis qu’au lieu de suivre à nouveau ce rêve, de m’y plonger sans penser, je vais agir autrement.

Je devais faire quelque chose d’absurde. Pour aller dans le sens inverse. Pour remettre en question.
Je me retourna alors et vu une porte que je traversa. Une porte en bois.

Je voulais je crois de cette façon montrer mon mécontentement au constructeur du rêve. Je n’avais pas trouvé de vraie réponse.
À une époque j’aurais été satisfait. Eberlué même, m’imaginant avoir touché du doigt la vérité. Mais aujourd’hui, je sais qu’il ne s’agit que de ruses et que je n’ai pas avancé d’un pas. Et surtout, que la vérité est un concept qui n’a pas sa place dans le rêve. Tout n’y est que jeu, sensations.
Tout y est vrai. Tout y est faux, aussi.

L’intérieur était fait de murs épais, en pierres. Ce n’était pas une simple pièce rectangulaire. Les murs étaient irréguliers. Il y avait des renfoncements, des coins où se cacher.

Il n’y avait dedans aucune lumière. La seule lumière qui y entrait provenait de la porte ouverte, qui était maintenant derrière moi.

Dans un coin, il fait un peu plus sombre. Je cherchais l’endroit le plus sombre. Je m’y assoies, le visage face au mur. Le noir que je vois maintenant ne peut plus être mon rêve. Je sens alors un poids au fond de moi. Poids de mes muscles, de mes os. Je sens une lourdeur. Les battements de mon cœur. La circulation du sang. Je me reveille.

Je viens de faire ce rêve. Pourtant, il y a une sensation d’ancienneté. Comme si je l’avais fait il y a des lustres.

Absence de plancher occasionnelle

J’ai connu et je connais toujours, parfois, l’absence de plancher. Ce que d’aucun nomment une crise d’angoisse et qui est, aussi (tout ceci n’est pas qu’une affaire de point de vue ?), une sorte de révélation, fenêtre qui s’ouvre sur une vie dénuée des préceptes, des rêves ordinaires, des journées remplies de banalités.
Pratiquement tout ce que la culture occidentale veut fuir à tout prix est exactement ce qui peut attenter à la raison d’exister, à la justification de sa vie.

L’esprit, à tout prix, veut s’accrocher aux branches. À tout ce qu’il peut trouver. Il veut rester sur la terre ferme.

C’est pourtant bien simple, les accès de panique sont une réaction somme toute normale, non mortelle, de l’esprit face au monde absurde qui l’entoure. Un trou d’air.

Je pourrai décrire le mécanisme plus précisément, je m’y attarderai sans doute un jour.

Se nourrir

Comme si, de tout temps, nous avions cette intuition viscérale qu’une force, que des êtres, quelque part, ailleurs, ici mais invisibles, nous retiennent, nous maintiennent prisonniers à notre insu. Dans le seul but de se nourrir. De quoi se nourrissent -ils ? D’une certaine énergie, de notre conscience ? De la même manière qu’un moustique a besoin de sang ?

Pourquoi cette intuition qu’un être invisible nous maintient implacablement au sol, et nous mange de l’intérieur ? Non seulement à notre insu, mais surtout avec notre accord inconscient ?

Nuit altérée

L’écriture semble rouvrir un abîme de folie en moi. Une angoisse virulente.

Comme si je m’approchais de cette frontière au-delà de laquelle le quotidien n’est plus : tout y est chaos, la vie n’a plus ce socle de raison sur lequel se reposer.

Dois-continuer ? Dois-je baisser le front et laisser tout cela de côté ? Comme on laisserait de coté la partie invisible et effrayante de la lune ?

À mesure que je la décris, cette angoisse semble m’apprendre une chose : peut-être s’agit-il d’un excès, un trop-plein que je ne peux contenir.

Il ne s’agit pas d’être fort pour apaiser cette terrible sensation.
Il ne s’agit pas non plus d’être intelligent.
Elle rôde au dedans, menace.
Sensation d’être au bord d’un gouffre absolument innommable. De pouvoir y sombrer réellement. Je m’accroche d’un main tremblante, froide, en sueur, à ce roc aigu et fragilisé qu’on appelle la raison. De toute mon énergie je me tiens sur cet ilôt, luttant contre une tempête dont la force pourrait m’emporter à chaque instant, si elle le voulait. Je me sens à sa merci. C’est un véritable rappel à l’humilité et à la terreur de vivre tout à la fois. Quelque chose dans la vie qui va contre elle, qui veut la pousser en dehors. Qui veut prendre sa place.

À l’origine c’est une pensée profonde. Le laisser-aller éloigne la menace. L’oubli la fait reculer. Quand soudain je me rappelle où je suis, ici et maintenant, elle me rattrape et me tord. La pensée est, semble t-il, à l’origine de cette torsion de l’âme. Une pensée indistincte, confuse. L’impossibilité de savoir qui et où je suis, ici et maintenant. Et l’accalmie quand je n’y pense plus. Quand je ne contrôle plus.

Je cherche dans les territoires dangereux. L’inconnu, celui-là qui n’est pas simplement l’île vierge, le paradis nouveau, mais aussi le territoire de glace, simple et terrible. Où il est possible d’y mourir seul, dans le froid, dans l’agonie, l’absolue détresse de la vie qui s’en va, au profit d’un inconnu monstrueux. Dans la boite crânienne hurle un chaos auquel le silence désertique aux alentours ne répond pas.

Pourtant, une étoile, petit point dans la nuit noire, luit, indistincte, frêle, mais présente. Elle n’est pas immobile, elle se meut légèrement et doucement. Ce bercement est semblable à la consolation, le va et vient rassurant. La certitude du balancement qui ne connaitra jamais de fin. Cette étoile, mère porteuse consolante, est ici dans la nuit noire, elle n’est pas perturbée par le chaos qui a eut lieu. Elle est là, c’est tout, rien d’autre. Elle est là pour me dire : «Le chaos est transitoire, et moi, je suis infinie ».

Derrière la fixité des étoiles

Qu’ai-je fait le 14 Octobre 2005 ? À quoi ai-je pensé ?

Qu’ai-je donc imaginé ? Ai-je rêvé dans la nuit du 13 au 14 Octobre 2005 ? À quoi ?

Ces dates lancées sur le papier sont comme des coups de dès.

Et le 3 Septembre 1996, qu’ai-je fait ? J’étais en vie pourtant. Mais il est impossible de faire remonter à la surface de mon esprit le moindre souvenir de cette journée.

Peut-être ne l’ai-je jamais vécu ? Peut-être n’existais-je pas à cette époque ? Comment apporter la preuve définitive du contraire ?

Le 13 Juillet 1842. Le 9 Février 1998.

Je n’ai de souvenirs ni de l’une ni de l’autre de ces dates. Pourtant, l’une est remplie de mes faits et gestes, l’autre non.

Un autre jour peut-être, une marche sous la pluie, le contact d’une écorce, la vision d’un soleil, le son des clefs dans le vide-poche, qui correspondra, par hasard très précisément à un son entendu ce jour-là, fera s’ébranler les mécanismes poussiéreux et secrets qui peuplent les arcanes de notre mémoire. Une porte s’ouvrira alors, y laissant entrer un invité depuis longtemps oublié, mais sitôt reconnu : un souvenir.

Peut-être est-elle vivante à mon insu. Peut-être que ce jour là, une attention, une parole, un parfum, a planté tout au fond de moi une de ces graines invisibles dont aujourd’hui je ne perçois qu’avec peine la portée et le potentiel de bonheur fertile ?

Revivrais-je cette journée, dans une autre vie ? À la fin de celle-ci ? Est-elle perdue à jamais ?

Un rêveur m’a dit que les étoiles que je regarde mentent sur leur âge.

L’une, je l’observe telle qu’elle était il y a 200 000 années. L’autre, je la regarde telle qu’elle était il y a 43 000 ans. Dès lors, cette voûte étoilée au-dessus de moi est une foire aux illusions, un festival d’anachronismes. Derrière la fixité des étoiles, il y a le chaos du temps pulvérisé.

La lumière reflétée et projetée par la terre, peut-être est-elle toujours en voyage ? De la même façon que j’observe ces étoiles, si, placé à une distance lointaine, j’observe la terre, à l’aide d’un télescope dont la portée n’a pas encore été inventée par la science. La verrais-je telle qu’elle était dans les temps reculés ?

Alors, quelque part dans l’espace se trouvent les images de cette journée que je pensais disparue. Et chacun de mes mouvements laisse une trace dont je n’ai pas conscience. De la même façon qu’il est possible d’observer la lumière des étoiles mortes, il est possible de retrouver l’image des êtres et des choses disparus.

Cette journée ne s’est donc pas définitivement éclipsée. Elle existe, quelque part. Elle voyage sous la forme d’ondes lumineuses. Elle est dans l’oeil, peut-être, de certains êtres lointains qui nous observent avec affection.

Esprits vagabonds

Parfois une idée saugrenue me vient à l’esprit. Les clochards ou du moins, certains clochards, seraient des êtres mystérieux issus d’un monde qui nous est inconnu et qui viendraient sur terre pour en observer les mœurs, pour en acquérir une expérience ou des informations.

En effet, si ces êtres voulaient nous observer sans se faire remarquer, quelle meilleure idée que celle de venir prendre le rôle du clochard ?

Ils peuvent disparaître du jour au lendemain, personne ne remarquerait leur départ.

J’observe cette vieille femme qui erre dans la rue, peut-être est-elle un esprit vagabond ? Peut-être va t-elle s’éclipser cette nuit, luciole évanescente, dans le noir sans le dire ? à l’insu de tous ? Retourner dans son monde à nos yeux interdit.

Je reviens. C’est moi.

Je me demande parfois si l’exaltation est toujours possible. Si je ne suis pas mort, définitivement enterré… Je me demande si j’en suis encore capable, si mon esprit, endolori, est encore capable de se mouvoir… Je me demande si des gens me lisent, si des gens pensent à moi. Suis-je délivré maintenant ? Suis-je délivré… Où vais-je, où errais-je ? Vais-je me réveiller soudain, vais-je aller de l’avant, continuer. De quoi suis-je encore capable ? Ai-je tout dévasté en moi, ne me reste t-il rien ? Ne suis-je qu’un somnambule, incapable, un fantôme parmi les vivants ?

Des odeurs, des émotions, des envies de futur, des parfums, des obstacles à franchir, des défis à relever, des énergies à soulever, des lumières à trouver. Une envie furieuse d’écrire qui jaillit parfois, jets de lave épisodique d’un volcan qu’on tente d’écouffer. Aller plus loin que tout. Plus loin que les autres, plus loin que les terres vierges. Plus loin, là au bout, où tournent les quasars.

Ai-je tiré sur la bonne ficelle, avec l’ours en peluche géant au bout ? Ai-je tiré la bonne carte, celle du futur, celle de l’éveil ?
Ai-je retrouver un esprit nouveau ? Un esprit unifié ? Ai-je retrouvé, tout simplement, mes esprits ? Vais-je dépasser mes gâchis, retrouver les premières lueurs. Ouvrir de nouvelles portes.

Un champ immense s’étale à l’infini devant moi. L’air est frais, nouveau. Un soleil neuf brille. Terres vierges, terres inconnues, terres renouvelées. Des terres qui, pourtant, sont familières. Je reviens. C’est moi.

Bâtir sur le coeur

Bâtir sur le coeur

 

Le temps est calme. La légèreté prend le pas sur l’ancienne pesanteur de mes jours. Il me semble que je suis confiant, aujourd’hui. Nulle détresse à l’horizon, aucun océan noir. Cela remue doucement, en moi. Cela se réveille comme après un long sommeil. D’où vient donc cette nouvelle résurgence ?
Même la tristesse est douce. Je ne sais pas d’où ce changement peut provenir. Le Printemps ? Elle ? Elle…

Peut-être les prémices d’une chute prochaine, le signe d’une perdition à venir ? Sans doute cet état ne durera guerre. Je l’ai peu connu, dans ma vie. Je ne l’avais pas connu depuis des lustres, cet état de confiance général. Cette envie de sourire et d’aider les autres. je me rends compte que je suis bien plus en mesure d’aider les autres que je ne l’aurais crû, après avoir réglé une bonne part de mes propres problèmes.
Peut-être ai-je stoppé de trop m’en demander.
Peut-être suis-je en train de m’avachir, de me ramollir.

Du reste, d’infinies émotions montent en moi, que j’ai, pour le moment, du mal à mettre en ordre, en mots. Ils ne viennent pas. Ils semblent s’entasser en trop grand nombre sur le pas de ma bouche. Cela s’encombre, ne sort pas. Comme un paquet de sable encore humide qu’on aurait amassé dans un entonnoir qui se bouche, il n’en sort que de rares grains, qui ne scintillent pas encore…. Le temps… Laisser faire le temps, lui donner sa chance. Sans doute, une transition a eu lieu dernièrement qui est sur le point de se terminer. Les envies se bousculent au portillon… envie de créations, de renouvellements, envie de changer d’état d’esprit, de manière de penser et de voir le monde.
Oh, évidemment, quelques remords viennent de temps en temps me rappeler ce que je n’ai pas fait et que j’aurais pu faire. Composer un bon livre, dire certains mots à certaines personnes.
De mauvais comportements que j’ai eu avec beaucoup de gens.
Pour tout ça il est encore possible de me rattraper. Car rien n’était perdu et je prends conscience que, malgré tout, les gens qui comptent m’aiment toujours.
Je crois que je tire la leçon de mes erreurs, voilà le fruit que je récolte de mes longues réflexions et de mes tourmentes, qui n’ont pas été vaines.
La vie est juste. Elle récompense toujours les élans maladroits mais généreux, les âmes fidèles, les âmes qui n’ont pas perdu leur foi, qui n’ont pas laissé tombé les idéaux, les voeux murmurés au « confessionnal du coeur ».

Coup de pied dans la fourmillière

Parfois, je vois des trésors et des reflets partout aux alentours. Jusque dans les derniers détails, toute la richesse, la luxuriance d’un rayon de soleil ricochant sur la peau. Je vois des trésors là où d’autres ne semblent pas prêter la moindre attention.
Avec mon tamis, j’attendais en aval de la rivière de la Vie. Je ne bougeais pas et j’attendais que les pépites et les pierres précieuses tombent dans mes mains impatientes.
Je fais désormais confiance à toutes ces fluctuations qui me viennent de l’extérieur, ces forces qu’on appelle parfois l’amour, l’ouverture à l’autre, les élans de la vie. Autrefois, esclave d’un impétueux besoin de contrôle, je ne supportais que le courant d’une rivière me porte en des terres étrangères. J’enfonçais mes pieds entre les cailloux et la terre pour me fabriquer une immobilité de facade, fragile colosse, je m’étais fixé à la rivière qui a failli me noyer.
Désormais, j’ai lâché prise. Dans le bon sens. J’ai donné un grand coup de pied dans la fourmillière. Je me suis laissé prendre par les courants de la Vie, par les mouvements de la foule. Passé les premiers instants tempétueux, voici que, échoué sur un étrange mais accueillant rivage, je m’aperçois que les éléments qui m’entourent sont emprunts d’un sourire fascinant.
Rien ne pourra plus m’éloigner de cela. Rien ne pourra plus m’éloigner de cette magie généreuse qui est vraiment ce que désire mon âme.
Les forces, les désirs de la vie et de mon coeur dirigent mes pas et je fais pleinement confiance.

On ne voit bien qu’avec le cœur

Songer à son bonheur. Songer à ces miracles. Or fin parsemé sur chacune de ces secondes. À la joie de vivre méritante, aux empreintes des étoiles sur les voûtes encrières. Ne rien attendre. Laisser faire. Faire confiance, suivre cette route tracée devant nous par le coeur, sentier ouvert dans la nuit marine. Ne rien refermer. Laisser aller. Laisser revenir. Sérénité.

Densification

« Connais-toi toi-même »

 

 

 

Maintenir le crépitement, maintenir l’émerveillement… La musique

 

Je peux regarder en arrière et dire, sans le moindre doute : j’ai su maintenir les feux sacrés. J’ai tenu debout les totems, les colonnes.

 

Et les nuées de corneilles passent toujours.

 

On me dit parfois que je suis dans mon rêve. Oui… Et je le resterai jusqu’à la fin. Je sais ce qu’est la lucidité, la perte de l’illusion. Quitte à vivre dans un désert, je préférais vivre dans un désert qui contiendrait au moins un mirage d’oasis. Un rêveur n’est pas un ignorant. Je pense même le contraire. J’ai maintenu l’ardeur, la musique, dans tout. Non pas que mes élévations soient aussi puissantes et verticales qu’auparavant, elles ont dû s’émousser sans doute. Mais elles sont toujours. Elles seront toujours. Il y a certaines choses encore qui sont à moi et à moi seul .
Ce secret qui m’habite et qui fait ma déchirure, ma tension perpétuelle. Ce secret que, moi-même, je ne comprends pas et subi. Je subi sa grâce et sa désolation. Bien au-delà des communes admissions, des images, des souffles terrestres et des habitudes.

 

J’aime tracer dans le sable un dessin qui sera effacé par le vent, le lendemain. J’aime, après avoir plongé une main dans l’eau, voir le liquide recouvrir en un instant mon absence. Je suis un homme qui attend et qui n’a pas peur de la mort. Je suis quelqu’un qui connaît la valeur des plaisirs de la vie, je sais ce que c’est que le manque, l’ivresse de la douleur. Je suis heureux maintenant. Et ma philosophie tend vers cette idée, à savoir vivre tout en gardant à l’esprit cette chance d’être en vie . Voilà peut-être un des secrets de la vie, de la vie adulte. Vivre en regardant dans les yeux le cadavre de l’enfance porté au fond de soi. La cadavre de l’idéal. Vivre tout de même.
Un auteur a déjà dit qu’en perdant l’idée de la mort, l’Homme a perdu la grâce.
Je me demande où est la grâce aujourd’hui ? La voix des poètes ? Le reste… c’est à dire, autre chose que la croissance économique.
Les questions d’où venons-nous, où allons nous…
Des questions sommes toutes aristocratiques, il ne faut manquer de rien, et sûrement pas de nourritures terrestres, il faut avoir du temps, pour penser.
Je me maintiens sous le voile bizarre du mirage qui fait ce que je suis. « Je suis dans mon trip », toujours, et cela n’a, décidément, pas beaucoup changé.
Je cherche la vérité. Je cherche mon salut. Quelle que soit la divinité, aux yeux du soleil, des rivières, des arbres, de la voûte nocturne.

 

Aux démystificateurs, je dirais que les élans ne sont pas de simples explosions de l’égo où des épanchements du surplus de libido. C’est un sens supplémentaire accolé à mon coeur, qui me permet de voir un peu plus loin. Regarder le monde et les choses de l’extérieur, comme on observe les mouvements de la rue à travers une fenêtre.
Jamais je ne me suis prostitué à quoi que ce soit. Ni aux élancements communs. Je cherche la pureté, quelque part. La clarté, la lumière. Tout ce que j’ai, je suis prêt à l’abandonner pour cette clarté, cet ensoleillement.

 

Je suis infiniment reconnaissant pour chaque minute de vie qui m’est accordée ici-bas, maintenant. Je ne sais pas ce qui m’attend. Je n’attends rien. Je vis au jour le jour. Il ne me semble pas que je poursuis un grand but, ou alors, ce but lui-même dirige mes pas à mon insu, le long de cette ligne conductrice invisible à mes pupilles.
J’ai plusieurs fois frôlé la mort, je l’ai même touchée. Plusieurs fois je me suis mis à genoux, avec la certitude que c’était fini. J’ai lâché prise. Plusieurs fois mon « moi » s’est brisé, s’est éparpillé dans le vent et j’étais comme perdu. J’ai connu beaucoup des pires choses qu’il soit donné à l’homme de connaître. Non pas la guerre, non pas la violence dans la chair, mais bien pire, je crois, les violences de l’âme, les écrasements dans le coeur, les désolations intérieures.
J’ai mis du temps à les assimiler, à m’en remettre. Loin de m’avoir détruit, ces expériences de ma jeunesse, maintenant je m’en rends compte, m’ont fortifié et enrichi.
Peut-être même ne m’en suis-je pas remis, mais que j’ai appris à faire avec, malgré tout. Et tout le poids des souvenirs s’est allégé, se redresse à mes côtés, me soutient.

 

 

 

« Connais-toi toi-même »

 

 

 

Et je peux maintenant regarder en moi, sans gêne et sans évasions. Je peux regarder les ruines tout autant que les luxuriances. Je peux m’affronter tel que je suis, dans ma totalité, sans être écrasé, et sans tourner le regard loin de ce que je ne voudrais pas voir. Sans me mentir à moi-même. Combien nous mentons-nous à nous-même sans nous en apercevoir ! Pour sauvegarder notre fierté, et d’autres idioties. Je suis en possession de moi-même et, preuve peut-être que je le suis, je peux en rire, énormément.
Je suis dans mes limites, je ne suis pas au-delà. Je ne cherche pas à me mouvoir en-dehors d’elles. J’ai pris conscience de mes faiblesses. Dans ma terre intérieure je peux aller à l’extrême pôle et repousser encore les frontières, sans les franchir. Je peux aller là où le soleil ne se lève plus. Je peux aller là où le soleil inonde l’horizon. Dans tous les cas, je contemple la vie, détaché et présent tout à la fois.

 

Plus le temps avance, et plus je me rends compte que je ne me suis pas trompé. Plus je me rends compte que mes sacrifices n’étaient pas une erreur. Je commence, seulement maintenant, à récolter les fruits qui me semblent sans nombre. Sans doute pas infinis. Sans doute, et certainement, je l’espère, la douleur me donnera encore des leçons. Car, si ma peine est toujours immense, elle est devenue mon amie, ma confidente. Les doutes, les désespoirs sont des soutiens, des dons, des forces.

 

J’aperçois des sourires au fond de la nuit.

 

 

Je passe rue Regrattier…

Je passe rue Regrattier, je longe la rue Saint-Louis en l’île
Je songe à Baudelaire, qui errait souvent par ici
J’écoute les résonances des voitures, et le calme…
Les talons de quelques passants

Je me dis que donnerait-il
Pour longer une nouvelle fois, rien qu’une
Cette rue de Paris, sentir le vent frais passer sur son visage
L’odeur des vieilles pierres, regarder le courant de la Seine
Par-dessus le parapet
Regarder les gouttières et la lune au-dessus du toit
Voir, à travers les fenêtres, la lumière et la vie
La chaleur du foyer dans les appartements
Que donnerait-il pour être à ma place à ce moment-là…

Alors je me dis qu’elle chance j’ai d’être en vie
Et le vent qui était froid quelques minutes auparavant
Prend un nouveau sens