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Bruit

« J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. »
Jacques Prevert

 

Quel est donc ce bruit que le bonheur « a fait en partant » ? On imagine rapidement des bruits de pas, peut-être des bottes dans la neige. Une petite fille s’exerçant à la nage papillon. Une médaille qui tombe sur un sol en céramique. Un claquement de porte. Le ronronnement indistinct d’une chaudière. À moins qu’il ne s’agisse de la vibration sourde, désagréable et continue du bruit parasite produit par un téléviseur cathodique. On parle en effet de bruit, et non pas de son. La différence n’est sans doute pas à prendre à la légère. Un son possède un certain équilibre intrinsèque, il introduit un sens, une fonction. Il invite. Il annonce. Quelque chose, quelqu’un, une émotion, ou un rite. Le bruit paraît plus désordonné, hors-champ et fourre-tout. Le fond diffus cosmologique qui inonde l’univers est un bruit, plutôt qu’un son. Il n’est d’ailleurs pas audible en tant que tel. Il faut en passer par une machine pour changer ce magma en ondes sonores. Le passé qui remonte à la surface se présente à nous sous la forme d’un bruit diffus.
Le bruit est un potentiel, il est, en quelque sorte, le produit de ce qui n’a pas encore été pensé ni construit. C’est le brouhaha lointain d’une chorale, découpé et déformé par le vent, qui arrive jusqu’à nos oreilles et qui ressemble, d’ici, au bourdonnement sourd d’une énorme mouche carnière. Seules les fréquences les plus graves ont réussi à parcourir la distance jusqu’à nous, le bruit n’a pas encore pris la forme d’une musique, dès lors notre esprit se charge de reconstituer le puzzle sonore, il enchâsse furtivement les chœurs médiums et aigus pour rendre, si notre imagination est suffisamment fertile, une musique imaginaire (dans le cas présent, jouée par une énorme mouche carnière) peut-être plus belle et envoûtante en soi qu’elle ne l’est en réalité. On pourrait alors remercier la distance : grâce à elle, une beauté inconnue est venue au monde.
Ainsi, il devient possible d’affirmer la chose suivante : dans certaines circonstances, le bruit, cheminant à travers le prisme d’une imagination active, peut révéler une gamme de couleurs inédite. Là où le son est limité par sa nature finie et statique, le bruit, lui, est fertile en promesses fluctuantes. Celui-ci offre un champ de liberté créatrice, une chance à l’imagination de délivrer un fragment inouï.
En ce sens il est donc logique que le bonheur produise un bruit en partant, en lieu et place d’un son. Un son aurait été, de fait, trop ordinaire, propre au rituel, dénué de surprises potentielles. Trop facilement saisi. Le bruit au contraire, comme un flacon qui contient en lui son précipité de mystère, est propre à donner un avant-goût, sans se livrer totalement aux sens. Il exhorte. Il est fuyant, multiple, irisé. C’est la présence qui contient en elle le risque, plutôt la certitude, d’une absence. Nous allons à la poursuite d’un bruit, afin de mettre au jour sa part occulte et obsédante. Le bonheur est un bruit. Il est une ruine, un chœur brisé qu’il convient de combler, de reconstruire sans cesse et sans jamais y parvenir intégralement, par l’imagination.

Gymnastique de l’esprit

Poésie du petit, du voyage en train
Du voyage tout court, du fascicule
De la gougoutte au chat des rideaux de cacahuètes
Du karatéka sans pieds
De l’extase écologique de l’auréolé
De la légèreté de sparadrap des arbres
Poésie aux manches courtes
Des corps des cris des oiseaux
Du minuscule comme emblème
Les petits cailloux pour y écrire son refus
Résistants à tout sauf au neuneu tiède avec juste ce qu’il faut de salaisons pour ne pas paraitre déconfi
Quand ce n’est pas l’autre face de la même médaille :
Le brut de décoffrage, le violent suppo de maman
Sous prétexte de refléter l’époque
Poésie déracinée des orteils
Oscillant du caniveau au nuage synthétique
De l’abscond qui doit faire croire au génie
S’operculer de son talent
Dont tout le monde se fout
Bienveillante comme soupe de poireaux
Les sauts de lignes comme autant de poteaux d’indices
« attention sauts de lignes,
Ciels, arbres, sensation de caresser
La menthe avec la plante des pieds.
Attention poésie ! »
Gros comme un camion
Poésie inavouée chiante à mourir
Pour ne pas froisser le circonflexe
Pour ne pas casser le rêve de oui-oui dans son train
Qui n’a pas été foutu une seule fois
De s’affranchir de faire sauter ses gonds
Poésie diluée dans tous les arts
Tous les slogans
Les romans et les chorégraphies
La voir partout sauf là où elle est
Dans la gueule choucroutée des enfarineurs
Poésie du verre d’eau de la mousse des arbres
Sarbacane de papiers mâchés
Fade mollusque et molle comme le nombril de winny
Armée de siphonneurs de néant
De transcendeurs de testicouilles
Poésie roucoulade du fais moi voir si j’existe
Si je suis un homme bien sensible
Avec du talent à revendre
Le roi du monde au centre de mon plastron
C’est l’heure du spectacle
Place aux coquilles vides aux experts en vernis
Aux consolidateurs de passes moites
Aux rois du déplacement d’air
La peau au vestiaire le costume sur la table

Tous fous suite

Je me sens tellement différent de tous les autres, souvent je me dis qu’ils sont tous fous… Ou bien est-ce moi… Je me sens fragile et faible aussi. Alors qu’une partie de moi est forte, une autre est fragile, fêlée. J’ai sans cesse le sentiment d’être vu tel que je ne suis pas, ou de ne pas pouvoir être moi même a cause de peurs que je ne maitrise pas. J’ai envie de partir loin, parfois de mourir aussi. Les autres quand ils passent ou voyagent ne remarque même pas ce que moi que je considère comme essentiel. Ils sont tous fous, glissent d’un territoire à l’autre, d’une nébuleuse à l’autre, appuyés sur les relations humaines fuyantes, fausses, évitant la réalité d’une vie déroutée.

Ils pédalent dans le vide.

Les gens sont fous. Ils pédalent dans le vide. Du verbiage, des mumuses. Rien.

Ils me semblent terriblement perdus. Suis-je ensorcelé ?
Fantômes. Des plaisirs. Des joies qu’on attrape par-ci par-là. Ils errent. En riant les yeux bandés. Les ampoules sont des soleils. Les borgnes sont des rois. Rien à faire de la vie. Pas de vigueur. Juste de la démonstration. Du flan. De la démangeaison. Des activités… Pourquoi ne pas retarder le lever et ne rien foutre ? Chercher l’amour. On est un peu sensible. On cherche sa voie. La trouver c’est autre chose. On fait des pâtisseries pour papa et maman.

Je suis perdu moi aussi. J’erre. Mais j’ai des éclairs de conscience, parfois. Un peu de lucidité entraperçue. La lucidité qu’on ne peut pas fixer longtemps, comme le soleil. La lucidité, fenêtre ouverte sur la vérité. Perdu pourrait être beau. Ça devient moche quand il faut le justifier. Quand on se torture le cerveau pour essayer de donner un sens à ce qui n’en a pas, à ce qui n’en aura jamais.

Grande agitation

La discipline est tout. Sans elle, il n’y a que le laisser aller. La facilité. Tout, autour, nous incite à ce laisser-aller : les écrans, les bruits, les agitations, les informations.

Pourtant, rien ou très peu nous informe : tous les signaux tendent à nous abrutir et à nous maintenir dans une imbécillité dont nous percevons à peine l’abîme.

L’absence de profondeur dans les raisonnements.

Comme il est facile de se répandre. Comme il est compliqué de se taire.

Ce qui était auparavant une contemplation est maintenant une absurdité, une folie. Une perdition.

C’est l’heure des soldats de papier : chacun fait sa loi, mais il n’y en a aucune.

Ce sont les ratés qui sont les plus visibles.

Nous confondons les gens brillants avec les agités.

L’intelligence avec la capacité d’illusion.

Dès lors, il faut ralentir le temps. Par tous les moyens. Nous avons l’arc dans les mains, la flèche prête à être décochée. Posons donc l’arc à terre, et plongeons dans ce qui est devenu une absurdité.

Voici ce que je prône : s’appesantir.

Un millions de papillons nocturnes : tous attirés par le même faisceau, le phare de la grande agitation mondiale.

Je ne dis pas qu’il faut vivre comme un ermite, un hurluberlu en haut de sa tour. Je dis qu’il faut faire autre chose que ce milliards de clones en gestation.

Monopole de la bouillabaisse

Ou peut réussir sa vie quand on a placé en état d’infériorité un nombre suffisant d’autres êtres humains, c’est bien le but recherché par une large majorité là dehors, par les métiers, les conversations, les réussites, les belles voitures, les matchs de foot etc. Et la littérature et la poésie, faut-il la faire passer par là ? Par ailleurs d’où vient ce besoin d’être publié (puisqu’on parlait de ça dans le sujet du dessous) recherche d’un statut social, contentement d’égo, justifier une vie médiocre, faire passer un « message », consoler autrui en se disant que personne n’a le monopole de la bouillabaisse ? Gagner un peu d’argent ? Dans une revue, avec des copains ? Mener sa petite vie d’écrivain ? Pour le plaisir de faire quelque chose dans la vie ? Si la poésie n’est pas lue, qu’elle n’intéresse plus le dernier des clampins ? Je suppose que l’impression sur papier n’est qu’un pas supplémentaire, après celui d’écrire sur des forums ou autre. Qu’il n’est pas plus dangereux ni plus sale. Sûrement, il est plus difficile… Il faut traverser le filtre des lecteurs des maisons d’édition. Mais dans quel but ? aucun, ou presque, y aura pas une montagne d’or derrière le rideau… Y aura juste trois papiers, trois critiques nébuleuses à moitié positives / à moitié négatives pour ne pas froisser ni défroisser, et laisser quand même l’impression de faire son boulot, justifier sa petite vie et son petit boulot comme on le fait tous les jours, avec toute l’attention que réclame la naïveté. Comme on le fait bien quand on y met un peu plus de passion, de vérité s’il reste un tout petit de sens à ce mot qui n’a pas été ramassé par les voleurs, les fossoyeurs et les troubadours. Pourtant le monde est trop profondément enfoncé dans la nullité, vacuité, vitesse et confusion, pour que le fait d’être publié puise avoir un quelconque sens pour un auteur qui exprimerait parfois des choses vraies. Cette vérité dans la voix de certains serait tout de suite rejeté sur la bas côté d’un bon coup de pied, ça n’a pas sa place, le monde veut avancer il ne voudrait surtout pas avoir à faire machine arrière ou encore pire, regarder dans le miroir pour de bon… Et si ça venait à passer, ce serait mâché sur le champ, travaillé puis jeté en pâture pour vous faire endosser le rôle du pantin roublard, de l’anti tout, oisif infécond, poétard de service, désuet mais drôle, oh les plumes pleines de couleurs, et qu’on a vite oublié quand sonne l’heure du film du dimanche soir sur TF1.
Encore internet est un lieu où le sens est possible, car il n’y a pas d’obstacle tant qu’on est sous un toit, avec de quoi payer ou se faire payer un écran et un abonnement internet… on y croit mais c’est dur, car c’est ici un beau fouillis aussi… et la majorité quand ils ne sont pas mièvres, asthéniques, réalistes de la chaussette, cherchent la beauté de la poésie dans les chiottes, et ont pour toute révolte celle d’éviter à tout prix de porter un pantalon beige, en passant par mille tour de passes magiques pour ne pas faire passer un peu de vérité se dépeignent plus gris, plus noirs ou plus tiraillés par la soif qu’ils sont vraiment (moi y compris) : la vaste majorité de petits chanceux issus de famille bien à l’aise et n’ayant jamais connu d’autre besoin que celui d’aller poser les selles tous les jours à la même heure entre deux boîtes de prince chocolat au lait, chanceux et malheureux jusqu’à la lie, creusant dans la douleur hypocrite de quoi y réveiller les quelques résidus de vitalité primitive, de spontanéité de batracien, en plein dans l’erreur et perdus entre deux mondes, loin d’eux-même, ennuyeux comme des rats morts, tentant d’aller y récupérer tout au fond des déboires pour la plupart inventés de toute pièce, sortis des machines de l’ennui, combler le vide abyssale d’une existence dénaturée et vidée de sa substance, ne croyant en rien, désabusé, voulant de l’air et se réfugiant dans la tanière des ours, apologiste du minuscule et du petit orteil du pied gauche, taupes pour qui le trou est l’univers tout entier, garde-fous du royaume de la poésie et de la confiture, déserteurs d’une guerre qui n’a pas eu lieu, soldats de la guimauve urticante, amateurs de révolutions en chambre, bien au chaud mais transis de froid, réalistes, bruts mais creux comme des douilles.

Hé, quoi ! La poésie n’intéresse plus personne ? Que ?

Discussion

Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’avoir une discussion marquante avec une amie. Nous avons parlé de moi, une fois n’est pas coutume. Elle semblait vouloir me dire quelque chose d’important, quelque chose qui, apparemment, lui tenait à coeur de dire et qu’elle gardait à l’esprit depuis un bon moment, attendant l’instant idéal avant de m’en parler. Nous avons parlé de moi donc, ce qui d’habitude me gêne, c’est peu dire, au regard de tout le mal que j’ai dans la vie courante, à parler de moi… Je veux dire, non pas en superficie, mais en profondeur… et dans le vrai. Là c’est dur, et c’est rare… Dans mes vrais problèmes. Des problèmes on en a tous, et c’est tant mieux, les miens sont, sommes toutes, assez classiques au final. Les gens qui me connaissent un peu le devinent, certains ont très bien compris, ils ne doivent pas se compter plus que sur les doigts d’une main au final, les gens qui me connaissent bien.

C’est la même chose au travail. C’est la même chose en amour. C’est la même chose, finalement, en général, et dans tout mon rapport à la vie. Je dois trouver mon indépendance dans tout ça. Indépendance des sentiments. Indépendance au travail. Je dois voir où je veux aller. Je dois savoir ce que je veux. Je dois me donner les moyens d’y arriver, penser à moi, à mon intérêt. Je dois, aussi, apprendre à dire non. Je dois retrouver un certain charisme, me redresser. Je ne dois plus avoir peur de certaines choses, je ne dois plus être influençable sur certains points. Je dois garder une part de mystère. Elle a touché au centre. Sans ambages, fermement, mais avec attention, pour me faire avancer, et non pas l’inverse. Finalement, les gens parfois me connaissent plus que je veux bien le croire, malgré mes faiblesses que je tente de cacher par tous les moyens. Il me semble que c’est quelque chose que je savais déjà, dont j’avais conscience, mais que quelque part je mettais de côté. Je me cachais en quelque sorte, à la manière d’un autiste. Je ne voulais pas me placer face à ma vérité, je me bandais les yeux.
Je le savais confusément, mais ça ma quand même fait un coup de l’entendre. Pourtant c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Cela me fait réfléchir.

J’aime qu’on me dise la vérité de cette manière. Il y a si peu de gens, si peu d’amis qui pourraient vous mettre face à la vérité, comme ça. Sans chercher à y gagner quoi que ce soit, sans arrières-pensées, autre que d’être, tout simplement, sincère. Et sans chercher non plus à aller au-delà de la simple amitié, ce qui est le cas ici. C’est grâce à cela qu’on peut avancer, qu’on peut atteindre nos objectifs. Les gens qui me connaissent bien savent qu’ils peuvent me parler franchement, sans rien craindre. Je sais reconnaître quand quelqu’un est sincère, même si c’est pour me parler de mes défauts, de me dire ce qui ne va pas, je le prends toujours bien (même si parfois je peux râler au début), et je suis le premier à rire de moi-même. La meilleure façon de s’y prendre avec moi, c’est d’être sincère et direct. Sans chemins détournés ni ambiguïtés. Sans flou. Sans choses cachées, non avouées. Laisser tout ce qui est inutile sur le côté, et m’aborder simplement, en étant soi (avec tous les défauts, les qualités, les banalités et les singularités, les noirceurs et les lumières qu’il contient). J’aime quand les choses s’expriment, quel que soit le moyen. Et, plus important, c’est de me faire confiance (sans quoi je ne peux faire confiance à mon tour), de ne jamais douter de moi. Les sentiments éprouvés et exprimés envers ma personne n’annulent pas mes propres sentiments, et ne me font pas fuir, je ne fais pas partie de ceux-là.
À l’opposé, la pire façon d’être avec moi, c’est l’indifférence, l’absence d’attachement, de chaleur humaine.

Ça m’a toujours fait drôle me rendre compte, parfois, que des personnes me voient comme quelqu’un de compliqué, voire incompréhensible, bizarre, dont on ne sait pas par quel bout il faut le prendre, alors que, finalement, c’est vraiment tout simple, une fois qu’on a compris le truc, je suis le type le plus simple et qui n’a besoin que des choses les plus ordinaires au monde…
La clef est simple, peut-être si simple que les gens ne la voient pas toujours.

Certains soir les amis sont plus que des amis

Certains soir les amis sont plus que des amis. Oh évidemment, ils n’étaient pas bien loin. Mais nous, par contre, nous n’étions pas la porte à côté. Je veux dire, nous étions dans cette sorte d’obscur brouillard qui faisait que nous ne savions plus vraiment sur quel pied il fallait danser. Je ne sais pas si je me fais comprendre ? Je veux dire… Ces sortes de périodes bizarres pendant lesquelles l’habitude, cet opium délivré par le temps, à notre insu, fait se fondre les jours les uns dans les autres, sans qu’aucune couleur distincte ne vienne les séparer, les individualiser. Ces jours qui se ressemblent et qui nous font dire, la Terre qui tourne autour du Soleil est un manège, le même qu’hier, lent, hypnotique. L’air que je respire est le même, peu de choses changent.
Soudain on se souvient de nos quelques amis, on se dit qu’ils sont là, que nous n’aimerions pas les perdre. Mais qu’il est possible pourtant, un jour de les perdre si nous y prêtons plus suffisamment attention. Cette pensée, comme une note magique, semble ouvrir à l’intérieur de nous-même le flacon des souvenirs et nous voyons surgir une infinité de senteurs, se rattachant chacune à un fragment de la mémoire. Des instants rares et qui condensent en eux si bien la joie de vivre. Une voix comme une âme muette, parfumée qui s’échappe d’un des flacons semble nous dire, dans une langue qui n’a pas besoin de mots, « voilà ce qui est précieux, voilà ce qu’il faut préserver ».
Alors, enivré de tous ces parfums subtils, on se dit qu’il vaut peut-être la peine de vivre, pour détacher du temps quelques-uns de ces moments, passés et à venir, comme une infinité de molécules d’or, de perles rares qui défilent, invisibles, devant les yeux et qui n’attendent que la lumière d’un nouveau jour pour scintiller de nouveau, plus brillamment encore, sous les fenêtres du temps et du ciel.

Ambition castratrice

Le problème dans le mal qui m’agite est que je me sens capable de plein de choses, mais je n’y arrive pas. J’ai un sentiment d’incurabilité, comme si ça devait durer toujours. Je ne suis pas satisfait de moi-même. Le soucis est que je n’aime que la perfection, je ne supporte pas de faire une erreur ou une chose à-moitié, alors pour éviter cela, pour contourner, tout simplement, je ne la fais pas.
Ce stratagème a marché un temps, du temps où mon idée de la perfection n’était pas si haute, maintenant qu’elle est au-dessous de tout, que je suis moins naïf, cela ne marche plus, simplement, le rouage s’est coincé. Et tout le temps qui passe je l’utilise à faire diversion.
Je me rends compte que les fois où j’ai bien réussi dans ma vie les choses que j’ai entrepris, je les ai réalisées sans avoir à l’esprit un besoin de perfection, les fois où j’ai accepté de faire la chose simplement sans rechercher « l’immensité éternelle ». Avec le sentiment de « m’abaisser ». Il en va ainsi de mes poèmes je crois.
J’ai pensé a quelque chose dernièrement qui m’aide beaucoup. Une oeuvre n’est pas en soi une gigantesque architecture a créer en une seule pièce, d’un coup, comme un seul bloc. Une oeuvre est une succession de petites marches, et c’est cette succession de marches qui donne la hauteur. Comme je vois les choses comme une montagne de perfections irréalisables, je m’ôte toute possibilité de les réaliser et je les contourne, tout simplement, ou les bloque par différents moyen, me plaçant dans la posture de l’échec, entraînant tout un fatras de culpabilités et de sentiments de ne pas être à la hauteur. Avec moi, c’était tout ou rien.
Ainsi, afin de réaliser les choses de ma vie, je comprends maintenant qu’il faudra en passer par les erreurs, par les petites marches.

Pourtant, ce fait, cette « ambition castratrice » et dévorante, si elle a été ma faiblesse, peut aussi devenir la plus grande des forces. Elle sera mon désastre ou mon triomphe. Au jour d’aujourd’hui, je la verrais plutôt comme un désastre car, pris dans sa toile, je jette les yeux en arrière et je me rends compte à quel point j’ai pu perdre du temps et de précieuses énergies. Peut-être n’est-il pas trop tard. Par où commencer ? Accepter que les grands rêves en tant que tels n’existent pas, qu’ils ne sont en fait qu’un amoncellement de petits rêves en nuées de nuages. M’abaisser et entreprendre à nouveau les petite marches, même si la pensée (idiote) que ces petites marches ne sont pas dignes de moi car elles ne touchent pas à l’éternité, tant pis, il le faut, reprendre là où je m’étais arrêté. Pour éviter le principe chimique du désastre qui consiste à laisser voir que ma vie ne serait qu’un brouhaha infécond, une somnolence entre deux eaux, une perplexité en forme de piège à loups, avec, comme résultat du doute, l’absence d’éclat et d’apothéose. Peut-être, le goût de l’éternité donne sur le vide.

Je m’efforce de penser à l’avenir

Je m’efforce de penser à l’avenir. Mais il faut reconnaître que parfois ce n’est pas simple et il y a des moments où je perds littéralement pieds. Je n’ai pas eu une enfance particulièrement malheureuse, dans les apparences en tous les cas. Mais au fond je portais et je ne le savais pas encore, quelque chose qui me détruit seulement aujourd’hui / et me construit tout à la fois, oui. Reste à savoir de quelle côté de la corde je vais tomber, la chute ou la « guérison ». Ou bien si je vais atteindre l’autre côté, la terre ferme, c’est à dire ni la chute ni la guérison, mais au-delà de ça, les deux à la fois, c’est à dire moi avec mes faiblesses et mes forces équilibrées. Après tout, ce qui ne tue pas rend plus fort et ce qui est une faiblesse aujourd’hui pourrait bien devenir une force un jour, bientôt… Peut-être même aujourd’hui puisqu’il me semble que je me trouve dans une période importante, pendant laquelle je prends conscience de beaucoup de choses. Période de métamorphoses, sans doute.
Je suis comme bloqué dans mon évolution et quelque chose m’empêche de venir au monde pour de bon. Ce qui fait que je me sens loin de ma vie, j’ai le sentiment de flotter, de ne pas être au coeur des choses un tant soit peu.
Connais toi toi même.

Peut-être que l’égarement est un état que chacun tient en lui plus ou moins mais que moi, par ma nature, je ne suis pas enclin à accepter.

 

Je me pose des questions que d’aucuns ne se poseraient, vivraient leur petite vie légitime, avec des plus et des moins. Mais dans mon cas, je ne saurais pas m’asseoir et me satisfaire, il me faut toujours foncer tête baissée dant tout, dans l’enfer ou son pendant lumineux. Je mise sur l’avenir plutôt que sur le maintenant, de fait, je joue aux dès ma propre perte à chaque minute dans un voyage intérieur perpétuel, un besoin de métamorphoses insatiable. Je ne m’autorise pas la vie.

Indigènes

Ce soir j’ai regardé un documentaire à propos de tribus indigènes de Colombie, peuple de la forêt nomade, vivant de chasse et de cueillette. Il y a vingt ans encore, ils n’avaient jamais connu de blancs. Depuis 3000 ans en-dehors de toute civilisation, ils vivaient comme dans un rêve, une société calme et douce, pacifique, loin de tout mais près d’eux-mêmes.

Mais il y a vingt-ans ils ont rencontré quelques ethnologues, c’est à dire des pilleurs d’inconnu.
Aujourd’hui on ne les laisse plus retourner à l’intérieur de leur château végétal, leurs terres ancestrales. Ils sont condamnés à rester dans des sortes de réserves à la lisière de l’Amazonie, où ils meurent lentement, touchés par des maladies contre lesquelles ils ne sont pas protégés, des grippes, des parasites que leurs corps ainsi que les corps de leurs ancêtres n’avaient jamais connu, et contre lesquelles ils n’ont donc jamais formé la moindre défense.

J’ai vu un un de ces indigènes de promener pour la première fois de sa vie dans une ville, naïf, il regardait les kiosques et les magasins. Il avait flashé sur une casquette. Je l’ai regardé cet étranger dans la civilisation, une étrange sensation de familiarité m’est venue. Je me suis reconnu je crois dans cet homme. Dans cette société, souvent, dans ces villes, je ne me sens pas moins étranger que lui. Moi aussi, il me semble que je me trouve loin des mes terres d’origine et, par là, loin de ma vie. À cette différence près que je ne sais pas vraiment d’où je viens, où se situe ma vraie maison. Alors je me raccroche à la première chose qui me tombe sous la main, aux nuages par exemple.

Phrase idiote

« Prendre la vie comme elle vient ». C’est une phrase un peu bêbête à première vue mais qui, peut-être, a sa part de vérité intime. On a dit tant de fois qu’il fallait en passer par la nuit pour trouver le jour, cela paraît si simple. Mais ce sont de simples mots. La réalité, elle, est toujours plus ténébreuse et brumeuse. On a dit aussi, quelque part, que la vie c’était ça, on apprend lentement à faire avec sa douleur. Peut-être. C’est une manière de voir les choses, comme il en existe tant d’autres. Quand on est triste, on peut regarder le soleil et n’y voir qu’un voile noir, un voile de tristesse. Pourtant le soleil, lui, brille toujours autant, il n’a pas changé. C’est notre regard qui a changé
Je crois pour ma part que la tristesse ou la rancœur sont des choses contre lesquelles on ne doit pas lutter. « A force de combattre le dragon, on devient le dragon »… Et plus on s’efforce de ne pas penser à une chose, et plus cette chose au contraire envahi notre esprit et s’agrippe à nous. Je me dis, plutôt, qu’il faut les laisser entrer, s’il doit en être ainsi, pour les laisser ressortir par la suite. La tristesse, la rancoeur, l’amertume, ne sont peut-être pas de mauvaises choses en soi, mais elles le deviennent si on les refuse, les rejette, comme des muses jalouses qui viennent ensuite se venger. Peut-être faut-il changer le regard posé sur les choses, enlever le poids que nous mettons sur elles. Car nous ne sommes pas tourmentés par les éléments eux-mêmes, mais par les idées qu’on se fait d’eux. « Prendre la vie comme elle vient »…

Colorimétrie

Conte défait.

J’ai traqué le lion sur la banquise.

 

Colorimétrie

Cercle Polaire

 

 

Le vertige nous vient de nos ancêtres, les singes, ceux-là là-bas, soi-disant nos grands frères, aux fesses peinturlurées. C’est de leur faute, le vertige, eux qui vivaient dans les arbres et qui n’avaient, pour principal prédateur, que le vide.
Ça nous est resté dans nos cellules, leur vieille peur de la chute, maintenant nous voici poètes, à parler de poésie, comme des vieux singes, à raconter le vertige. C’est à dire, le vestige…

Je suis un mélange de tout ce que j’ai lu. Je n’ai pas de style, je tous les styles à la fois, trop instable par ma nature. Je dois trouver ma stabilité.

J’ai cultivé ma propre perdition. Je ne sais plus vraiment qui je suis. C’est que j’ai dû en passer pour devenir quelqu’un le risque, c’est que je devienne personne.

Des chiens noirs encore des meutes qui traversent les marées jusqu’au soleil

Je souhaiterai moi aussi le bonheur

Peux-tu me voir quand je cours loin de la vie ? ô ma maladie. Quand en sortirai-je ? Je souhaiterai moi aussi le bonheur, comme moi comme pour toi. Comme je m’en veux de créer tout ce mal. Je suis moi même prisonnier de mon fort intérieur, qui porte si bien son nom. Mais je ferai des efforts. Je les fait dors et déjà, d’ailleurs. Je m’exprimerai tel que je suis, j’ouvrirai les vannes de mon être, ce que je suis, celui que j’ai si peur de montrer.
Celui qui n’est rien d’autre qu’un être ordinaire et rêveur. Et fragile.
Je porte en moi un nouveau-né à la peau si sensible qu’il se brûle au contact de l’air. Ce nouveau-né c’est moi, derrière le rideau de mort derrière lequel je me cache, comme un esquimau se cacherait sous la fourrure pour se protéger de la neige. Toutes mes brûlures. C’est la peur de la vie qui rompt le lien entre moi et la lueur du soir, complaintes de toutes mes nuits.

Je vais me réinventer.

Je t’en prie, ne m’abandonne pas, car j’ai besoin de toi même si je fais du mal. Garde-moi une place près de ton coeur.

Qu’importe

Je veux être pleinement malheureux quand je le suis.
Pleinement heureux quand je le suis.

Je veux réagir spontanément aux fluctuations intérieures. Passer de la joie aux larmes aussi vite qu’un enfant.

Je veux qu’on m’apprécie pour ce que je suis. À savoir un tempérament difficile et complexe.
Ou bien, ne pas m’aimer du tout.

Qu’importe.

Je peux être terriblement ténébreux. Je peux être le contraire.

Le fond de moi n’est pas malsain.

Ceux qui me connaissent le savent.

Paraître malsain ne me dérange pas.

C’est l’inverse qui me dérangerait.

Les hommes de bien n’ont pas toujours l’apparence des hommes de bien.

Bien que je ne sache pas véritablement si je suis un homme de bien.

Et j’en ai rien à faire d’ailleurs.

Chercher à être un homme bien c’est, par définition, ne pas l’être.

On ne cherche pas ce qu’on a déjà.

On trouve.