Bruit

« J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. »
Jacques Prevert

 

Quel est donc ce bruit que le bonheur « a fait en partant » ? On imagine rapidement des bruits de pas, peut-être des bottes dans la neige. Une petite fille s’exerçant à la nage papillon. Une médaille qui tombe sur un sol en céramique. Un claquement de porte. Le ronronnement indistinct d’une chaudière. À moins qu’il ne s’agisse de la vibration sourde, désagréable et continue du bruit parasite produit par un téléviseur cathodique. On parle en effet de bruit, et non pas de son. La différence n’est sans doute pas à prendre à la légère. Un son possède un certain équilibre intrinsèque, il introduit un sens, une fonction. Il invite. Il annonce. Quelque chose, quelqu’un, une émotion, ou un rite. Le bruit paraît plus désordonné, hors-champ et fourre-tout. Le fond diffus cosmologique qui inonde l’univers est un bruit, plutôt qu’un son. Il n’est d’ailleurs pas audible en tant que tel. Il faut en passer par une machine pour changer ce magma en ondes sonores. Le passé qui remonte à la surface se présente à nous sous la forme d’un bruit diffus.
Le bruit est un potentiel, il est, en quelque sorte, le produit de ce qui n’a pas encore été pensé ni construit. C’est le brouhaha lointain d’une chorale, découpé et déformé par le vent, qui arrive jusqu’à nos oreilles et qui ressemble, d’ici, au bourdonnement sourd d’une énorme mouche carnière. Seules les fréquences les plus graves ont réussi à parcourir la distance jusqu’à nous, le bruit n’a pas encore pris la forme d’une musique, dès lors notre esprit se charge de reconstituer le puzzle sonore, il enchâsse furtivement les chœurs médiums et aigus pour rendre, si notre imagination est suffisamment fertile, une musique imaginaire (dans le cas présent, jouée par une énorme mouche carnière) peut-être plus belle et envoûtante en soi qu’elle ne l’est en réalité. On pourrait alors remercier la distance : grâce à elle, une beauté inconnue est venue au monde.
Ainsi, il devient possible d’affirmer la chose suivante : dans certaines circonstances, le bruit, cheminant à travers le prisme d’une imagination active, peut révéler une gamme de couleurs inédite. Là où le son est limité par sa nature finie et statique, le bruit, lui, est fertile en promesses fluctuantes. Celui-ci offre un champ de liberté créatrice, une chance à l’imagination de délivrer un fragment inouï.
En ce sens il est donc logique que le bonheur produise un bruit en partant, en lieu et place d’un son. Un son aurait été, de fait, trop ordinaire, propre au rituel, dénué de surprises potentielles. Trop facilement saisi. Le bruit au contraire, comme un flacon qui contient en lui son précipité de mystère, est propre à donner un avant-goût, sans se livrer totalement aux sens. Il exhorte. Il est fuyant, multiple, irisé. C’est la présence qui contient en elle le risque, plutôt la certitude, d’une absence. Nous allons à la poursuite d’un bruit, afin de mettre au jour sa part occulte et obsédante. Le bonheur est un bruit. Il est une ruine, un chœur brisé qu’il convient de combler, de reconstruire sans cesse et sans jamais y parvenir intégralement, par l’imagination.

Gymnastique de l’esprit

Poésie du petit, du voyage en train
Du voyage tout court, du fascicule
De la gougoutte au chat des rideaux de cacahuètes
Du karatéka sans pieds
De l’extase écologique de l’auréolé
De la légèreté de sparadrap des arbres
Poésie aux manches courtes
Des corps des cris des oiseaux
Du minuscule comme emblème
Les petits cailloux pour y écrire son refus
Résistants à tout sauf au neuneu tiède avec juste ce qu’il faut de salaisons pour ne pas paraitre déconfi
Quand ce n’est pas l’autre face de la même médaille :
Le brut de décoffrage, le violent suppo de maman
Sous prétexte de refléter l’époque
Poésie déracinée des orteils
Oscillant du caniveau au nuage synthétique
De l’abscond qui doit faire croire au génie
S’operculer de son talent
Dont tout le monde se fout
Bienveillante comme soupe de poireaux
Les sauts de lignes comme autant de poteaux d’indices
« attention sauts de lignes,
Ciels, arbres, sensation de caresser
La menthe avec la plante des pieds.
Attention poésie ! »
Gros comme un camion
Poésie inavouée chiante à mourir
Pour ne pas froisser le circonflexe
Pour ne pas casser le rêve de oui-oui dans son train
Qui n’a pas été foutu une seule fois
De s’affranchir de faire sauter ses gonds
Poésie diluée dans tous les arts
Tous les slogans
Les romans et les chorégraphies
La voir partout sauf là où elle est
Dans la gueule choucroutée des enfarineurs
Poésie du verre d’eau de la mousse des arbres
Sarbacane de papiers mâchés
Fade mollusque et molle comme le nombril de winny
Armée de siphonneurs de néant
De transcendeurs de testicouilles
Poésie roucoulade du fais moi voir si j’existe
Si je suis un homme bien sensible
Avec du talent à revendre
Le roi du monde au centre de mon plastron
C’est l’heure du spectacle
Place aux coquilles vides aux experts en vernis
Aux consolidateurs de passes moites
Aux rois du déplacement d’air
La peau au vestiaire le costume sur la table

Tous fous suite

Je me sens tellement différent de tous les autres, souvent je me dis qu’ils sont tous fous… Ou bien est-ce moi… Je me sens fragile et faible aussi. Alors qu’une partie de moi est forte, une autre est fragile, fêlée. J’ai sans cesse le sentiment d’être vu tel que je ne suis pas, ou de ne pas pouvoir être moi même a cause de peurs que je ne maitrise pas. J’ai envie de partir loin, parfois de mourir aussi. Les autres quand ils passent ou voyagent ne remarque même pas ce que moi que je considère comme essentiel. Ils sont tous fous, glissent d’un territoire à l’autre, d’une nébuleuse à l’autre, appuyés sur les relations humaines fuyantes, fausses, évitant la réalité d’une vie déroutée.

Ils pédalent dans le vide.

Les gens sont fous. Ils pédalent dans le vide. Du verbiage, des mumuses. Rien.

Ils me semblent terriblement perdus. Suis-je ensorcelé ?
Fantômes. Des plaisirs. Des joies qu’on attrape par-ci par-là. Ils errent. En riant les yeux bandés. Les ampoules sont des soleils. Les borgnes sont des rois. Rien à faire de la vie. Pas de vigueur. Juste de la démonstration. Du flan. De la démangeaison. Des activités… Pourquoi ne pas retarder le lever et ne rien foutre ? Chercher l’amour. On est un peu sensible. On cherche sa voie. La trouver c’est autre chose. On fait des pâtisseries pour papa et maman.

Je suis perdu moi aussi. J’erre. Mais j’ai des éclairs de conscience, parfois. Un peu de lucidité entraperçue. La lucidité qu’on ne peut pas fixer longtemps, comme le soleil. La lucidité, fenêtre ouverte sur la vérité. Perdu pourrait être beau. Ça devient moche quand il faut le justifier. Quand on se torture le cerveau pour essayer de donner un sens à ce qui n’en a pas, à ce qui n’en aura jamais.

Grande agitation

La discipline est tout. Sans elle, il n’y a que le laisser aller. La facilité. Tout, autour, nous incite à ce laisser-aller : les écrans, les bruits, les agitations, les informations.

Pourtant, rien ou très peu nous informe : tous les signaux tendent à nous abrutir et à nous maintenir dans une imbécillité dont nous percevons à peine l’abîme.

L’absence de profondeur dans les raisonnements.

Comme il est facile de se répandre. Comme il est compliqué de se taire.

Ce qui était auparavant une contemplation est maintenant une absurdité, une folie. Une perdition.

C’est l’heure des soldats de papier : chacun fait sa loi, mais il n’y en a aucune.

Ce sont les ratés qui sont les plus visibles.

Nous confondons les gens brillants avec les agités.

L’intelligence avec la capacité d’illusion.

Dès lors, il faut ralentir le temps. Par tous les moyens. Nous avons l’arc dans les mains, la flèche prête à être décochée. Posons donc l’arc à terre, et plongeons dans ce qui est devenu une absurdité.

Voici ce que je prône : s’appesantir.

Un millions de papillons nocturnes : tous attirés par le même faisceau, le phare de la grande agitation mondiale.

Je ne dis pas qu’il faut vivre comme un ermite, un hurluberlu en haut de sa tour. Je dis qu’il faut faire autre chose que ce milliards de clones en gestation.

Monopole de la bouillabaisse

Ou peut réussir sa vie quand on a placé en état d’infériorité un nombre suffisant d’autres êtres humains, c’est bien le but recherché par une large majorité là dehors, par les métiers, les conversations, les réussites, les belles voitures, les matchs de foot etc. Et la littérature et la poésie, faut-il la faire passer par là ? Par ailleurs d’où vient ce besoin d’être publié (puisqu’on parlait de ça dans le sujet du dessous) recherche d’un statut social, contentement d’égo, justifier une vie médiocre, faire passer un « message », consoler autrui en se disant que personne n’a le monopole de la bouillabaisse ? Gagner un peu d’argent ? Dans une revue, avec des copains ? Mener sa petite vie d’écrivain ? Pour le plaisir de faire quelque chose dans la vie ? Si la poésie n’est pas lue, qu’elle n’intéresse plus le dernier des clampins ? Je suppose que l’impression sur papier n’est qu’un pas supplémentaire, après celui d’écrire sur des forums ou autre. Qu’il n’est pas plus dangereux ni plus sale. Sûrement, il est plus difficile… Il faut traverser le filtre des lecteurs des maisons d’édition. Mais dans quel but ? aucun, ou presque, y aura pas une montagne d’or derrière le rideau… Y aura juste trois papiers, trois critiques nébuleuses à moitié positives / à moitié négatives pour ne pas froisser ni défroisser, et laisser quand même l’impression de faire son boulot, justifier sa petite vie et son petit boulot comme on le fait tous les jours, avec toute l’attention que réclame la naïveté. Comme on le fait bien quand on y met un peu plus de passion, de vérité s’il reste un tout petit de sens à ce mot qui n’a pas été ramassé par les voleurs, les fossoyeurs et les troubadours. Pourtant le monde est trop profondément enfoncé dans la nullité, vacuité, vitesse et confusion, pour que le fait d’être publié puise avoir un quelconque sens pour un auteur qui exprimerait parfois des choses vraies. Cette vérité dans la voix de certains serait tout de suite rejeté sur la bas côté d’un bon coup de pied, ça n’a pas sa place, le monde veut avancer il ne voudrait surtout pas avoir à faire machine arrière ou encore pire, regarder dans le miroir pour de bon… Et si ça venait à passer, ce serait mâché sur le champ, travaillé puis jeté en pâture pour vous faire endosser le rôle du pantin roublard, de l’anti tout, oisif infécond, poétard de service, désuet mais drôle, oh les plumes pleines de couleurs, et qu’on a vite oublié quand sonne l’heure du film du dimanche soir sur TF1.
Encore internet est un lieu où le sens est possible, car il n’y a pas d’obstacle tant qu’on est sous un toit, avec de quoi payer ou se faire payer un écran et un abonnement internet… on y croit mais c’est dur, car c’est ici un beau fouillis aussi… et la majorité quand ils ne sont pas mièvres, asthéniques, réalistes de la chaussette, cherchent la beauté de la poésie dans les chiottes, et ont pour toute révolte celle d’éviter à tout prix de porter un pantalon beige, en passant par mille tour de passes magiques pour ne pas faire passer un peu de vérité se dépeignent plus gris, plus noirs ou plus tiraillés par la soif qu’ils sont vraiment (moi y compris) : la vaste majorité de petits chanceux issus de famille bien à l’aise et n’ayant jamais connu d’autre besoin que celui d’aller poser les selles tous les jours à la même heure entre deux boîtes de prince chocolat au lait, chanceux et malheureux jusqu’à la lie, creusant dans la douleur hypocrite de quoi y réveiller les quelques résidus de vitalité primitive, de spontanéité de batracien, en plein dans l’erreur et perdus entre deux mondes, loin d’eux-même, ennuyeux comme des rats morts, tentant d’aller y récupérer tout au fond des déboires pour la plupart inventés de toute pièce, sortis des machines de l’ennui, combler le vide abyssale d’une existence dénaturée et vidée de sa substance, ne croyant en rien, désabusé, voulant de l’air et se réfugiant dans la tanière des ours, apologiste du minuscule et du petit orteil du pied gauche, taupes pour qui le trou est l’univers tout entier, garde-fous du royaume de la poésie et de la confiture, déserteurs d’une guerre qui n’a pas eu lieu, soldats de la guimauve urticante, amateurs de révolutions en chambre, bien au chaud mais transis de froid, réalistes, bruts mais creux comme des douilles.

Hé, quoi ! La poésie n’intéresse plus personne ? Que ?

Discussion

Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’avoir une discussion marquante avec une amie. Nous avons parlé de moi, une fois n’est pas coutume. Elle semblait vouloir me dire quelque chose d’important, quelque chose qui, apparemment, lui tenait à coeur de dire et qu’elle gardait à l’esprit depuis un bon moment, attendant l’instant idéal avant de m’en parler. Nous avons parlé de moi donc, ce qui d’habitude me gêne, c’est peu dire, au regard de tout le mal que j’ai dans la vie courante, à parler de moi… Je veux dire, non pas en superficie, mais en profondeur… et dans le vrai. Là c’est dur, et c’est rare… Dans mes vrais problèmes. Des problèmes on en a tous, et c’est tant mieux, les miens sont, sommes toutes, assez classiques au final. Les gens qui me connaissent un peu le devinent, certains ont très bien compris, ils ne doivent pas se compter plus que sur les doigts d’une main au final, les gens qui me connaissent bien.

C’est la même chose au travail. C’est la même chose en amour. C’est la même chose, finalement, en général, et dans tout mon rapport à la vie. Je dois trouver mon indépendance dans tout ça. Indépendance des sentiments. Indépendance au travail. Je dois voir où je veux aller. Je dois savoir ce que je veux. Je dois me donner les moyens d’y arriver, penser à moi, à mon intérêt. Je dois, aussi, apprendre à dire non. Je dois retrouver un certain charisme, me redresser. Je ne dois plus avoir peur de certaines choses, je ne dois plus être influençable sur certains points. Je dois garder une part de mystère. Elle a touché au centre. Sans ambages, fermement, mais avec attention, pour me faire avancer, et non pas l’inverse. Finalement, les gens parfois me connaissent plus que je veux bien le croire, malgré mes faiblesses que je tente de cacher par tous les moyens. Il me semble que c’est quelque chose que je savais déjà, dont j’avais conscience, mais que quelque part je mettais de côté. Je me cachais en quelque sorte, à la manière d’un autiste. Je ne voulais pas me placer face à ma vérité, je me bandais les yeux.
Je le savais confusément, mais ça ma quand même fait un coup de l’entendre. Pourtant c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Cela me fait réfléchir.

J’aime qu’on me dise la vérité de cette manière. Il y a si peu de gens, si peu d’amis qui pourraient vous mettre face à la vérité, comme ça. Sans chercher à y gagner quoi que ce soit, sans arrières-pensées, autre que d’être, tout simplement, sincère. Et sans chercher non plus à aller au-delà de la simple amitié, ce qui est le cas ici. C’est grâce à cela qu’on peut avancer, qu’on peut atteindre nos objectifs. Les gens qui me connaissent bien savent qu’ils peuvent me parler franchement, sans rien craindre. Je sais reconnaître quand quelqu’un est sincère, même si c’est pour me parler de mes défauts, de me dire ce qui ne va pas, je le prends toujours bien (même si parfois je peux râler au début), et je suis le premier à rire de moi-même. La meilleure façon de s’y prendre avec moi, c’est d’être sincère et direct. Sans chemins détournés ni ambiguïtés. Sans flou. Sans choses cachées, non avouées. Laisser tout ce qui est inutile sur le côté, et m’aborder simplement, en étant soi (avec tous les défauts, les qualités, les banalités et les singularités, les noirceurs et les lumières qu’il contient). J’aime quand les choses s’expriment, quel que soit le moyen. Et, plus important, c’est de me faire confiance (sans quoi je ne peux faire confiance à mon tour), de ne jamais douter de moi. Les sentiments éprouvés et exprimés envers ma personne n’annulent pas mes propres sentiments, et ne me font pas fuir, je ne fais pas partie de ceux-là.
À l’opposé, la pire façon d’être avec moi, c’est l’indifférence, l’absence d’attachement, de chaleur humaine.

Ça m’a toujours fait drôle me rendre compte, parfois, que des personnes me voient comme quelqu’un de compliqué, voire incompréhensible, bizarre, dont on ne sait pas par quel bout il faut le prendre, alors que, finalement, c’est vraiment tout simple, une fois qu’on a compris le truc, je suis le type le plus simple et qui n’a besoin que des choses les plus ordinaires au monde…
La clef est simple, peut-être si simple que les gens ne la voient pas toujours.

Certains soir les amis sont plus que des amis

Certains soir les amis sont plus que des amis. Oh évidemment, ils n’étaient pas bien loin. Mais nous, par contre, nous n’étions pas la porte à côté. Je veux dire, nous étions dans cette sorte d’obscur brouillard qui faisait que nous ne savions plus vraiment sur quel pied il fallait danser. Je ne sais pas si je me fais comprendre ? Je veux dire… Ces sortes de périodes bizarres pendant lesquelles l’habitude, cet opium délivré par le temps, à notre insu, fait se fondre les jours les uns dans les autres, sans qu’aucune couleur distincte ne vienne les séparer, les individualiser. Ces jours qui se ressemblent et qui nous font dire, la Terre qui tourne autour du Soleil est un manège, le même qu’hier, lent, hypnotique. L’air que je respire est le même, peu de choses changent.
Soudain on se souvient de nos quelques amis, on se dit qu’ils sont là, que nous n’aimerions pas les perdre. Mais qu’il est possible pourtant, un jour de les perdre si nous y prêtons plus suffisamment attention. Cette pensée, comme une note magique, semble ouvrir à l’intérieur de nous-même le flacon des souvenirs et nous voyons surgir une infinité de senteurs, se rattachant chacune à un fragment de la mémoire. Des instants rares et qui condensent en eux si bien la joie de vivre. Une voix comme une âme muette, parfumée qui s’échappe d’un des flacons semble nous dire, dans une langue qui n’a pas besoin de mots, « voilà ce qui est précieux, voilà ce qu’il faut préserver ».
Alors, enivré de tous ces parfums subtils, on se dit qu’il vaut peut-être la peine de vivre, pour détacher du temps quelques-uns de ces moments, passés et à venir, comme une infinité de molécules d’or, de perles rares qui défilent, invisibles, devant les yeux et qui n’attendent que la lumière d’un nouveau jour pour scintiller de nouveau, plus brillamment encore, sous les fenêtres du temps et du ciel.

Ambition castratrice

Le problème dans le mal qui m’agite est que je me sens capable de plein de choses, mais je n’y arrive pas. J’ai un sentiment d’incurabilité, comme si ça devait durer toujours. Je ne suis pas satisfait de moi-même. Le soucis est que je n’aime que la perfection, je ne supporte pas de faire une erreur ou une chose à-moitié, alors pour éviter cela, pour contourner, tout simplement, je ne la fais pas.
Ce stratagème a marché un temps, du temps où mon idée de la perfection n’était pas si haute, maintenant qu’elle est au-dessous de tout, que je suis moins naïf, cela ne marche plus, simplement, le rouage s’est coincé. Et tout le temps qui passe je l’utilise à faire diversion.
Je me rends compte que les fois où j’ai bien réussi dans ma vie les choses que j’ai entrepris, je les ai réalisées sans avoir à l’esprit un besoin de perfection, les fois où j’ai accepté de faire la chose simplement sans rechercher « l’immensité éternelle ». Avec le sentiment de « m’abaisser ». Il en va ainsi de mes poèmes je crois.
J’ai pensé a quelque chose dernièrement qui m’aide beaucoup. Une oeuvre n’est pas en soi une gigantesque architecture a créer en une seule pièce, d’un coup, comme un seul bloc. Une oeuvre est une succession de petites marches, et c’est cette succession de marches qui donne la hauteur. Comme je vois les choses comme une montagne de perfections irréalisables, je m’ôte toute possibilité de les réaliser et je les contourne, tout simplement, ou les bloque par différents moyen, me plaçant dans la posture de l’échec, entraînant tout un fatras de culpabilités et de sentiments de ne pas être à la hauteur. Avec moi, c’était tout ou rien.
Ainsi, afin de réaliser les choses de ma vie, je comprends maintenant qu’il faudra en passer par les erreurs, par les petites marches.

Pourtant, ce fait, cette « ambition castratrice » et dévorante, si elle a été ma faiblesse, peut aussi devenir la plus grande des forces. Elle sera mon désastre ou mon triomphe. Au jour d’aujourd’hui, je la verrais plutôt comme un désastre car, pris dans sa toile, je jette les yeux en arrière et je me rends compte à quel point j’ai pu perdre du temps et de précieuses énergies. Peut-être n’est-il pas trop tard. Par où commencer ? Accepter que les grands rêves en tant que tels n’existent pas, qu’ils ne sont en fait qu’un amoncellement de petits rêves en nuées de nuages. M’abaisser et entreprendre à nouveau les petite marches, même si la pensée (idiote) que ces petites marches ne sont pas dignes de moi car elles ne touchent pas à l’éternité, tant pis, il le faut, reprendre là où je m’étais arrêté. Pour éviter le principe chimique du désastre qui consiste à laisser voir que ma vie ne serait qu’un brouhaha infécond, une somnolence entre deux eaux, une perplexité en forme de piège à loups, avec, comme résultat du doute, l’absence d’éclat et d’apothéose. Peut-être, le goût de l’éternité donne sur le vide.

Je m’efforce de penser à l’avenir

Je m’efforce de penser à l’avenir. Mais il faut reconnaître que parfois ce n’est pas simple et il y a des moments où je perds littéralement pieds. Je n’ai pas eu une enfance particulièrement malheureuse, dans les apparences en tous les cas. Mais au fond je portais et je ne le savais pas encore, quelque chose qui me détruit seulement aujourd’hui / et me construit tout à la fois, oui. Reste à savoir de quelle côté de la corde je vais tomber, la chute ou la « guérison ». Ou bien si je vais atteindre l’autre côté, la terre ferme, c’est à dire ni la chute ni la guérison, mais au-delà de ça, les deux à la fois, c’est à dire moi avec mes faiblesses et mes forces équilibrées. Après tout, ce qui ne tue pas rend plus fort et ce qui est une faiblesse aujourd’hui pourrait bien devenir une force un jour, bientôt… Peut-être même aujourd’hui puisqu’il me semble que je me trouve dans une période importante, pendant laquelle je prends conscience de beaucoup de choses. Période de métamorphoses, sans doute.
Je suis comme bloqué dans mon évolution et quelque chose m’empêche de venir au monde pour de bon. Ce qui fait que je me sens loin de ma vie, j’ai le sentiment de flotter, de ne pas être au coeur des choses un tant soit peu.
Connais toi toi même.

Peut-être que l’égarement est un état que chacun tient en lui plus ou moins mais que moi, par ma nature, je ne suis pas enclin à accepter.

 

Je me pose des questions que d’aucuns ne se poseraient, vivraient leur petite vie légitime, avec des plus et des moins. Mais dans mon cas, je ne saurais pas m’asseoir et me satisfaire, il me faut toujours foncer tête baissée dant tout, dans l’enfer ou son pendant lumineux. Je mise sur l’avenir plutôt que sur le maintenant, de fait, je joue aux dès ma propre perte à chaque minute dans un voyage intérieur perpétuel, un besoin de métamorphoses insatiable. Je ne m’autorise pas la vie.

Indigènes

Ce soir j’ai regardé un documentaire à propos de tribus indigènes de Colombie, peuple de la forêt nomade, vivant de chasse et de cueillette. Il y a vingt ans encore, ils n’avaient jamais connu de blancs. Depuis 3000 ans en-dehors de toute civilisation, ils vivaient comme dans un rêve, une société calme et douce, pacifique, loin de tout mais près d’eux-mêmes.

Mais il y a vingt-ans ils ont rencontré quelques ethnologues, c’est à dire des pilleurs d’inconnu.
Aujourd’hui on ne les laisse plus retourner à l’intérieur de leur château végétal, leurs terres ancestrales. Ils sont condamnés à rester dans des sortes de réserves à la lisière de l’Amazonie, où ils meurent lentement, touchés par des maladies contre lesquelles ils ne sont pas protégés, des grippes, des parasites que leurs corps ainsi que les corps de leurs ancêtres n’avaient jamais connu, et contre lesquelles ils n’ont donc jamais formé la moindre défense.

J’ai vu un un de ces indigènes de promener pour la première fois de sa vie dans une ville, naïf, il regardait les kiosques et les magasins. Il avait flashé sur une casquette. Je l’ai regardé cet étranger dans la civilisation, une étrange sensation de familiarité m’est venue. Je me suis reconnu je crois dans cet homme. Dans cette société, souvent, dans ces villes, je ne me sens pas moins étranger que lui. Moi aussi, il me semble que je me trouve loin des mes terres d’origine et, par là, loin de ma vie. À cette différence près que je ne sais pas vraiment d’où je viens, où se situe ma vraie maison. Alors je me raccroche à la première chose qui me tombe sous la main, aux nuages par exemple.

Phrase idiote

« Prendre la vie comme elle vient ». C’est une phrase un peu bêbête à première vue mais qui, peut-être, a sa part de vérité intime. On a dit tant de fois qu’il fallait en passer par la nuit pour trouver le jour, cela paraît si simple. Mais ce sont de simples mots. La réalité, elle, est toujours plus ténébreuse et brumeuse. On a dit aussi, quelque part, que la vie c’était ça, on apprend lentement à faire avec sa douleur. Peut-être. C’est une manière de voir les choses, comme il en existe tant d’autres. Quand on est triste, on peut regarder le soleil et n’y voir qu’un voile noir, un voile de tristesse. Pourtant le soleil, lui, brille toujours autant, il n’a pas changé. C’est notre regard qui a changé
Je crois pour ma part que la tristesse ou la rancœur sont des choses contre lesquelles on ne doit pas lutter. « A force de combattre le dragon, on devient le dragon »… Et plus on s’efforce de ne pas penser à une chose, et plus cette chose au contraire envahi notre esprit et s’agrippe à nous. Je me dis, plutôt, qu’il faut les laisser entrer, s’il doit en être ainsi, pour les laisser ressortir par la suite. La tristesse, la rancoeur, l’amertume, ne sont peut-être pas de mauvaises choses en soi, mais elles le deviennent si on les refuse, les rejette, comme des muses jalouses qui viennent ensuite se venger. Peut-être faut-il changer le regard posé sur les choses, enlever le poids que nous mettons sur elles. Car nous ne sommes pas tourmentés par les éléments eux-mêmes, mais par les idées qu’on se fait d’eux. « Prendre la vie comme elle vient »…

Colorimétrie

Conte défait.

J’ai traqué le lion sur la banquise.

 

Colorimétrie

Cercle Polaire

 

 

Le vertige nous vient de nos ancêtres, les singes, ceux-là là-bas, soi-disant nos grands frères, aux fesses peinturlurées. C’est de leur faute, le vertige, eux qui vivaient dans les arbres et qui n’avaient, pour principal prédateur, que le vide.
Ça nous est resté dans nos cellules, leur vieille peur de la chute, maintenant nous voici poètes, à parler de poésie, comme des vieux singes, à raconter le vertige. C’est à dire, le vestige…

Je suis un mélange de tout ce que j’ai lu. Je n’ai pas de style, je tous les styles à la fois, trop instable par ma nature. Je dois trouver ma stabilité.

J’ai cultivé ma propre perdition. Je ne sais plus vraiment qui je suis. C’est que j’ai dû en passer pour devenir quelqu’un le risque, c’est que je devienne personne.

Des chiens noirs encore des meutes qui traversent les marées jusqu’au soleil

Je souhaiterai moi aussi le bonheur

Peux-tu me voir quand je cours loin de la vie ? ô ma maladie. Quand en sortirai-je ? Je souhaiterai moi aussi le bonheur, comme moi comme pour toi. Comme je m’en veux de créer tout ce mal. Je suis moi même prisonnier de mon fort intérieur, qui porte si bien son nom. Mais je ferai des efforts. Je les fait dors et déjà, d’ailleurs. Je m’exprimerai tel que je suis, j’ouvrirai les vannes de mon être, ce que je suis, celui que j’ai si peur de montrer.
Celui qui n’est rien d’autre qu’un être ordinaire et rêveur. Et fragile.
Je porte en moi un nouveau-né à la peau si sensible qu’il se brûle au contact de l’air. Ce nouveau-né c’est moi, derrière le rideau de mort derrière lequel je me cache, comme un esquimau se cacherait sous la fourrure pour se protéger de la neige. Toutes mes brûlures. C’est la peur de la vie qui rompt le lien entre moi et la lueur du soir, complaintes de toutes mes nuits.

Je vais me réinventer.

Je t’en prie, ne m’abandonne pas, car j’ai besoin de toi même si je fais du mal. Garde-moi une place près de ton coeur.

Qu’importe

Je veux être pleinement malheureux quand je le suis.
Pleinement heureux quand je le suis.

Je veux réagir spontanément aux fluctuations intérieures. Passer de la joie aux larmes aussi vite qu’un enfant.

Je veux qu’on m’apprécie pour ce que je suis. À savoir un tempérament difficile et complexe.
Ou bien, ne pas m’aimer du tout.

Qu’importe.

Je peux être terriblement ténébreux. Je peux être le contraire.

Le fond de moi n’est pas malsain.

Ceux qui me connaissent le savent.

Paraître malsain ne me dérange pas.

C’est l’inverse qui me dérangerait.

Les hommes de bien n’ont pas toujours l’apparence des hommes de bien.

Bien que je ne sache pas véritablement si je suis un homme de bien.

Et j’en ai rien à faire d’ailleurs.

Chercher à être un homme bien c’est, par définition, ne pas l’être.

On ne cherche pas ce qu’on a déjà.

On trouve.

Marre des dépressions de cafards

Marre des dépressions de cafard. Je veux être heureux. A jamais… Etre heureux comme jamais, retrouver ma nature.

 

Une phrase parfaite, de Montherlant : Presque toute vie d’homme est corrompue par le besoin qu’il a de justifier son existence.
La vie n’a qu’un sens : y être heureux. Si la vie n’est pas synonyme de bonheur, autant ne pas vivre.

 

Suffit ! la recherche de la beauté. Suffit l’embellissement. Les phrases bien torsadées, bien tournées. Fini les mots d’amour, les complaintes tristounettes. Je prends les choses à mon compte. L’espoir déçu que je mettais dans les choses se changera bientôt en révoltes. J’aurais pour moi la force des mots. La poésie noire et scandaleuse. J’aurai la beauté noire, celle qui ne promet pas de lumière, celle qui va chercher sa matière là-bas, au loin, jusque dans la mort… Je l’aurai comme grande inspiratrice. Une existence normale, un lit de qualité, une demeure à soi bien morte et bien ordinaire… Je me mettrai du côté des fous, des abîmés. En clair, j’aurai pour moi une longue vengeance à cause de mes espoirs déçus, j’irai chercher tout ça jusqu’au fond des ténèbres . Je serai du côté des vaincus, mais je crierai quand même…

Je me ferai haïr du monde entier, je serai seul contre tous…Je montrerai un faux visage, celui de la révolte noire, je montrerai un faux visage, pour ne pas me faire aimer… Je serai horrible et magnifique à la fois, et puis surtout, je mettrai les gens en face de ce qu’ils sont, ou plutôt, chacun croira y voir un autre parce qu’on ne s’imagine jamais soi-même aussi dégoûtant. On ne s’imagine bien plus beau qu’on ne l’est vraiment, comme un maquillage magique… Je serai horrible parce qu’il n’y a que comme ça que je peux écrire. C’est ce qu’il y a de marqué partout autour de soi, en filigrane, derrière les mots mielleux, il y a des choses pas très belles. Pas buvables. J’irai chercher la vie tout au fond, tant pis pour ceux qui ne me croiront pas, ceux qui ne m’aimeront pas, tant pis…

Je sais que je ne serai pas heureux tant que…

Je sais que je ne serai pas heureux tant que je n’aurai pas déterré les choses que je porte en moi. Le dessin et la peinture en font partie, cela fait presque un an et demi que je n’ai plus touché un crayon, et il s’est produit comme une illumination lors de mon voyage à Zurich. Voici ce que mon corps et mon esprit réclament, ce besoin que je n’arrivais pas encore à identifier. Que d’autres devinaient en moi mais que moi-même, j’étais incapable de voir. Il me fait créer mon imagerie, déterrer les cadavres pour leur faire prendre vie, seul moyen pour moi de retrouver l’être. Sinon je deviens larve, de garder tout ça en moi. « il faut faire quelque chose de votre angoisse », avait dit Rodin à Rilke. L’écriture ne me suffit pas, c’est un acte trop refermé maintenant. Je ne dirai plus « je veux/vais faire » (ce qui revient à dire « je ne ferai pas) mais « je fais ». Au diable l’immobilité, la claustration. Il faut se confronter sans cesse. Je vois des soleils, des ombres, du rose, du vert, des brumes, des clartés. Je me force, même si je n’ai pas l’envie profonde, même si je n’ai pas dès la première seconde, l’exaltation, il s’agit de persévérer sans s’arrêter, se sacrifier, ne vivre que pour ça, sans cesse.

De la musique pour faire danser la vie

FAIS CHIER CE JOURNAL DE DÉPRESSIF

 

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Jeanne d’Arc

J’ai revu une nouvelle fois la fin de jeanne d’arc ce soir et ça me fait réfléchir. Evidemment ce n’est pas le film en lui-même qui me fait réfléchir, mais ce qu’il reflète en moi. Une sorte de sentiment religieux que j’avais en moi et que je vois, malgré ou peut-être à cause de moi et de ma fatuité, s’effriter. Ce sentiment est devenu au-dedans comme un souvenir. Un souvenir sur lequel le temps vient accumuler les voiles, les uns sur les autres, de sorte qu’il en devient de plus en plus lointain, de plus en plus indistinct. Cette époque, mais peut-être est-ce moi même (pourquoi la faute devrait elle venir de l’extérieur, toujours ?), me paraît vide de sens. Sans âme.
On a perdu nos illusions, sans se rendre compte que ces illusions étaient belles, en fin de compte. Et tout rappel de ces sentiments là, lesquels auparavant me remplissaient de gratitude et de contemplation, me vexent désormais. J’ai perdu de vue le fait que, peut-être, je devrais m’occuper de mon âme, cette idée qui, à force d’être galvaudée pour un tout ou pour un rien, ne veut désormais plus rien dire. Cette perte non seulement m’a ramolli, mais m’a rendu dans une continuelle expectative, une attente indéfinie. J’avais auparavant un flot continu au-dedans de moi, qui me faisait savoir à quel point l’existence ordinaire et les préoccupations banales peuvent être futilités. Et il y avait toujours, au-dessus de tout le reste, cette idée du nuage, cette idée d’une chose qui importe réellement, ce soleil à côté duquel le reste me paraissent des satellites, des détails. J’ai crû vivre par cette idée, sans savoir qu’elle causerait ma perte, car on ne peut rester indéfiniment face à une abstraction, quand nous ne recevons plus de réponse, nous laisse au-dessus du vide, abandonné à une lente chute.

Ce que je pensais éternel en moi ne l’était peut-être pas. L’âge venant, les certitudes craquelants, je me suis retrouvé face à l’absurdité, la dernière des portes, derrière laquelle ne subsiste plus rien, après laquelle tout semble illusoire, perdu d’avance, mensonges. A force de croire en l’irréalité du monde, on devient immatériel soi-même, un radeau perdu sur l’océan, une errance, voilà ce que je suis devenu.
Peut-être suis-je devenu lucide, croyant avoir perdu mon innocence alors qu’au contraire, j’ai peut-être perdu des idées fausses, des présomptions. Pour autant, aujourd’hui, s’il me reste quelques énergies, je ne sais plus dans quelle tour les loger, vers quoi les lancer, car tout me semble vain, fausse route, prétention et inutilité. J’ai trop pris conscience de la futilité de toute chose et des erreurs omniprésentes, des gens qui se sacrifient pour une cause qu’ils croient juste, mais qui n’est elle-même qu’un ramassis de fantasmes, de duperies et de faux-semblants. Une religion devient fausse sitôt qu’on écrit sur elle, sitôt qu’elle est fixée. La seule religion possible est alors changeante, diffuse. Mais alors, aucun signe, aucune marque de croyance n’est plus possible. Pourquoi tel signe plutôt qu’un autre, pourquoi telle image, telle dénomination plutôt qu’une autre.
Après la sagesse, il y a la folie. Après la folie, il y a l’errance, l’abîme du dérisoire. La lucidité parfaite est la dérision totale.

Mais alors, un ange qui parlerait serait lui-même pris en dérision, tourné au ridicule, du simple fait qu’on ne croit plus en ce qu’il raconte, du caractère obsolète de ses paroles. La poésie elle-même alors ne serait plus qu’un jeu de mots, de mailles des phrases. Partout, je ne vois que tentatives de justifications d’un égo. Dans chaque mot, chaque action que commettent les gens, je ne vois qu’une vulgaire tentative d’exister, qui n’est jamais la vie.

Je suis arrivé à un stade où j’ai trop mis en question chaque chose, chaque pensée, à la poursuite d’une vérité dont l’idée même, maintenant, me semble être une plaisanterie. Après tout ça, après ce stade-là, il ne subsiste qu’une seule chose. La seule chose dont on est sûr, et qui survit à tout, c’est le néant. L’envie du néant. Il ne s’agit plus ici d’un désir de mort (pour désirer la mort il faut encore avoir une certaine énergie vitale), mais du néant, qui n’est ni l’âme, ni le nuage, ni la voie-lactée, ni le vide, ni le plein, ni le froid, ni le chaud, ni la vie, ni la mort, ni le bien, ni le mal, ni le silence, ni le noir. Rien de tout ça. Quelque chose qui n’est ni au-delà, ni en-dessous, ni à-côté. Et qui n’est peut-être, finalement, pas même le néant. Aucun moyen de poser un quelconque mot dessus, aucun moyen non plus de l’expliquer ou de ne serait-ce que pointer du doigt vers lui. C’est autre chose, mais qui n’est pas autre chose. C’est un inconnu, mais qui n’est pas un inconnu.

Mais courir à sa poursuite serait courir à ma perte. Car s’il faut l’avoir connu pour ne pas avoir complètement vécu pour rien, il me faut aussi vivre. Et vivre, c’est se lever le matin, accomplir des choses qui ne me sont pas agréables, qui sont même souvent contre ma nature. Accomplir des choses dans lesquelles je ne saurais pas mettre de mon âme, car je pense qu’elles ne le méritent pas. Alors, je les fais à-moitié. Je vis en handicapé en quelque sorte, incapable de saisir des concepts qui paraissent innés au commun des mortels. Incapable de regarder devant et autour de moi, car j’ai toujours les yeux pointés au ciel. Incapable de m’attacher réellement aux gens, car je ne suis attaché qu’à la voûte étoilée. Il y a, pour moi, une sorte de membrane posée sur chaque chose de la vie, et je plane. Peut-être parce que je n’ai pas perdu de vue que nous ne sommes que de passage, que nous ne sommes qu’une poussière infinitésimale, et que du moins, si j’ai l’occasion de regarder vers le ciel, je pourrais y croire, un peu. J’ai abandonné depuis longtemps l’espérance en des idéaux inventés par les hommes. L’idée même d’humanité, cela fait longtemps que je n’y crois plus. Alors, je vague, tâchant de ne pas penser plus qu’il ne le faut, de ne pas écrire plus qu’il ne le faut non plus. Je regarde les lumières des villes et des fêtes avec un oeil qui en sait trop pour être en mesure encore de s’émerveiller. J’attrape, par-ci par-là, quelques éclairs dont je laisse aux autres le soin de les lancer à travers les réseaux de l’ombre. Et je ne crois plus en rien, si ce n’est en une seule chose peut-être, en ce souvenir qui lentement va filer dans la nuit.

Un homme lève un petit drapeau rouge

Un homme lève un petit drapeau rouge au-dessus de la foule. « Je recherche une femme, dans toute cette merde. Savez-pas où je peux en trouver une ? Oh y a plein de grosses ici, mais une femme, je veux dire…une femme quoi, vous voyez ce que je veux dire ? Des hommes y en a pas non plus, y a beaucoup d’ombres. Mais des hommes, ça non, j’ai beau regarder j’en vois aucun, à perte de vue, rien… rien d’autre que le vide humain. Une femme, donc. Je cherche une femme… Tu sais ce que c’est toi, une femme ? vivante je veux dire. T’en as déjà vu une, de tes yeux ? Pas une limace endolorie, une grincheuse. Pas une future ménagère, je veux dire… Une sacrée femme quoi, devrait y en avoir non ? Parce que c’est un mystère pour moi. J’en entends parler depuis longtemps, je m’en suis imaginé plein, mais pas une seule j’en ai vu. J’ai vu formes, ça oui, et du rouge à lèvres, beaucoup, mais y a jamais de femme derrière, y juste une machine chiante, une ombre. C’est pas un extra-terrestre qu’on voit avec des yeux fluos dans la nuit. Si je vous demande ça, c’est que… j’hésite, pour tout dire. Je voudrais pas jouer le nouveau Diogène avec ma lanterne, qui chercherait un être humain au milieu de la foule… Non, ce que je veux moi, c’est savoir si ça existe quelque part, une femme qui aurait de la putain de poésie dans le sang. Non ? Ah mais je continuerai à chercher encore un peu… Et puis après quand j’aurai vu que ça existe vraiment pas, je pourrais enfin devenir moi, et cracher sur le monde en entier, sans entraves… »

 

Je ne serai pas aigri, mais fielleux. Pas aigri, fielleux.

Ce monde n’est qu’une immense entreprise

 » Ce monde n’est qu’une immense entreprise à se foutre du monde  » (Céline)

Scandale (infiniment révélateur) des dessins représentant le prophète des musulmans.
Évidemment les peuples musulmans sont terriblement paranos, et violents. Ils ont, malgré tout, quelque chose que nous autres, les occidentaux, avons perdu, le goût du sacré. (Mais ils s’y prennent comme des manches, et quelle absence d’humour et de sens de la dérision chez tous ces peuples ! )

Horreur de tous les monothéismes !
Horreur des religions masculines !

Je n’aime que ce que les femmes (ce qu’il en reste) fabriquent.

Un pays mort ne changera rien, ou très peu de choses. Il ne vivra pas de crises, ou de manière plus ou moins endolorie, blasée. Quelques pansements et puis hop. Gloire aux arabes et aux noirs qui ont suffisamment d’énergie vitale pour mettre le foutoir. Ce sont eux qui ont la fraternité dans notre pays. Ils ont raison de bousiller nos voitures de mesquins.

Je veux pouvoir me moquer des noirs, des juifs, des chinois etc. de la même manière que je me moquerais des normands, des belges comme de l’humanité entière, cette marmite bouillante.

Et lourde. Et lourde, tellement lourde…. Qui est le premier imbécile qui a décidé de donner autant de poids à la vie, cette chose si extraordinairement légère ?

L’Europe est une merde. Elle suit comme une limace le sillage de bave déposé par le grand mollusque hideux américain, l’amour ventousé au fric.
Mais l’Amérique est, du moins, plus vivante et plus humaine que l’Europe vieille croûte, négative, envieuse, frustée de n’être plus au centre du monde.

Mais l’Europe est une vieille croûte en laquelle je crois. Mon seul espoir finalement, dans ce monde qui vient ! Espoir en lambeaux, certes mais il est tout, comparé aux catastrophes narcissiques des pays comme la chine.

Je déclare de nouvelles lois qui ne seront jamais votées et dont tout le monde se fout. Mais ça a le mérite de m’amuser.

Surveillance de la morale publique. Trop de liberté tue la liberté. Restauration des condamnations pour outrages aux bonnes moeurs. Que les révolutionnaires et autres anarchistes aient au moins quelque chose à se mettre sous la dent, quelque chose à lutter contre, sinon, ils étouffent !

Interdiction de la pornographie, pour cause d’évanouissement du désir et du mystère de la pudeur.

J’avais plein d’idées mais là je ne m’en souviens plus. Refonte du système éducatif. L’école n’apprend rien. Qu’elle se cantonne au plus simple d’abord : apprendre à écrire, à parler. À penser (?) Rétablissement de l’habit de l’écolier.

L’art moderne est une grosse pourriture infecte. Tout ce qui n’est pas longuement travaillé, tout ce qui n’est pas l’amour de l’art, beauté, est une infection. Une horreur tout juste digne pour se torcher avec. Sous prétexte de refléter l’état du monde, prétexte ridicule, étant donné que le monde a toujours été ainsi, et que depuis la grèce classique il n’a pas bougé d’un cheveux, uniquement dans la forme. Aucun artiste ne m’excite. Tous narcissiques, idiots.

Je n’aime pas tant Picasso (sauf sa période bleu, mélancolique, et sa période rose). Vive Matisse, infiniment meilleur.

De l’affection pour l’europe. Ce qui se produit en Allemagne ou en Angleterre devrait nous toucher autant que ce qu’il se passe chez nous.

Jouissances de la fraternité !

L’Europe n’aura pas l’économie. Mais elle aurait l’art et l’esprit, lequel, au fond, joue infiniment plus dans l’histoire et l’épanouissement des peuples.

Ce n’est pas la croissance qui tire un pays, ça c’est de la foutaise ignoble, c’est d’abord, avant tout, son esprit.

Elle aura une chance si elle va à contre-courant de la course éperdue des chinois et autres vers une civilisation sans âme.

Après tout ça, me vient une pensée, je retire la nappe, je vous laisse mes armes j’en ai plus rien à faire. La poésie, l’émotion, rien d’autre. Espérer libère. Espérer libère. Espérer libère. Pas d’opinion sur rien ! L’ego, c’est tout ce qui nous reste pour nous donner, parfois, du plaisir à vivre. Un plaisir si malheureux.

Joie de vivre, qui sait ce que cela signifie ?

— un ange passe —

– Ça se mange ?
– non
– Ça se rêve, ça se vit ?
– Aucune différence entre les deux, mais sans doute. (cette question ne veux rien dire)
– Ça sert à voyager ?
– Oui, sans doute
– Une sorte de train ? Une voiture hybride ?
– Plus rapide que toutes ces choses
– C’est un mouvement dans l’art ?
– Oh non, jamais je l’espère
– Une espèce d’arbre ?
– Dans l’idée, oui. Mais maintenant silence. J’en ai plus rien à faire.

Résultats de la civilisation :

Laitiers, courtiers, banquiers, poubelles, plastique, automobiles, goudron, relativité restreinte et générale, négociants, artistes, poètes, stylistes, cyclistes, charcutiers, directeur des ressources humaines, archivistes, ingénieurs du son, acteurs,

Dégoût. Dégoût de tout. Rêve de rien. Rien changer. Mépris de la vie. Amour infinie de la vie. Euphories bien éphémères. Indifférence au néant. mon espoir immense placé dans quelque chose de nébuleux, d’insaisissable.

bon maintenant ça suffit j’écoute de la musique.

Le secret de la vie jamais révélé parce que les vieux…

Le secret de la vie jamais révélé parce que les vieux, jaloux, jamais plus ne vous guideront vers l’épanouissement, ils vous creuseront une tombe grise et vous y enfoncerons dans la mesure des forces qu’ils leur restent, et qu’ils déploient, entièrement dévouées à leur vengeance.

Tristesse et malheurs des vieux, preuve que ce monde est dans l’échec.

Je suis réellement en-dehors de la vie

Je pense que je suis réellement en-dehors de la vie. Je suis si différent des autres. Je fonctionne d’une manière si opposée. Ce qui est le plaisir pour eux est pour moi une souffrance. Tout ce qui devrait être bon, chez moi, me plonge dans la douleur. Il me semble que, lorsque j’ai paru, parfois, être heureux, je faisais semblant. J’écris mais je ne lis aucun livre. Je suis incapable de lire, car je change trop vite. Ce qui était merveilleux pour moi hier, est déjà, aujourd’hui, une émotion inerte. Je ne sais me maintenir sur rien. Je ne sais pas non plus me reposer sur quoi que ce soit, les amis, l’amour etc. Toutes ces choses qui habituellement font un abri, n’existent pas chez moi. Je suis, en quelque sorte, inconsistant. Comme un esprit qui erre et qui a déjà deviné que toutes les pensées sont, en fin de compte, une vue sur l’abîme. Tout est vain pour moi. L’amour est vain.
J’ai pourtant déjà été touché par la grâce. Je peux le dire maintenant, moi qui me le suis caché à moi-même pendant si longtemps. Comme un de ces secrets qu’on ne dévoile pas, par peur qu’il ne se volatilise au contact de l’air. Mais moi, je crois que je n’ai plus rien à perdre, rien du tout. J’ai touché assez tôt à quelque chose qui m’a fait comprendre que ce monde n’était qu’une apparence. Sans doute même, une vanité. Pourquoi, alors, travailler, et construire sa vie ? Toujours, cette idée vient dès que je tente de fabriquer quelque chose de mes mains. Cette idée que tout est vain. Et j’attends alors, j’attends quelque chose comme la mort.

J’aurais eu pour moi ces quelques années perdues entre deux éternités. Je me dis qu’au fond, je crois infiniment plus en la mort qu’en la vie. La première a l’éternité pour elle, la seconde a quelques années égarées dans ce monde aberrant. Je ne devrais peut-être pas parler comme ça. La mort est une certitude, la vie est un doute. Je devrais peut-être me diriger dans la voie du doute, plutôt que dans celle, plus facile, de la certitude. C’est une lâcheté que d’aimer la mort. Une lâcheté qui ne pardonne pas.
Le ciel nous répond et nous apporte ce que nous désirons vraiment. Si ce désir est la vie, alors elle vient. Si, à l’opposé, c’est la mort que nous désirons, c’est elle alors qui viendra, de la même façon, dans un même don.
Il faudrait aimer la vie comme elle vient à nous, au lieu de vouloir, à tout prix, mettre les mains sous le robinet pour en contenir et maîtriser le flot. Nous devrions laisser l’eau de la vie couler comme elle l’entend, et se mouvoir dans la pleine liberté du périmètre de l’existence mystérieuse.
J’ai mis tout en doute. À la fin, sans certitudes, on perd du même coup toutes les espérances. Des espérances, je n’en ai plus. Sans doute que je me mens maladroitement à moi-même, disant cela. Si je suis désespéré c’est que quelque part, j’espère. L’un ne va pas sans l’autre. Mais quelle est mon espérance, alors ? Je ne sais pas. Les choses changent trop vite. J’efface trop rapidement les espoirs qui viennent à moi, j’ai le sentiment, au fond, de ne pas y avoir droit. Je crois que je suis indigne. Indigne de cette vie qu’on a déposée dans mes mains et avec laquelle je ne sais pas me débrouiller.
Je ne crois pas suffisamment en l’homme pour agir avec lui, j’agis contre lui et de fait, j’agis aussi contre moi-même. C’est une impasse dont je vois déjà le dernier mur. Arrivé à ce mur, je ne peux plus avancer, car je suis dans le néant. Ce néant que j’ai tant désiré, que je redoute et qui m’assainit tant à la fois. Le néant est salvateur. C’est de lui que je tiens ma fraîcheur dans le monde, ma créativité. Il nous le faut pour prendre conscience de la vie. Mais le temps de prendre conscience de la vie, il est déjà trop tard. C’est comme si, sur le paquebot de l’existence, au lieu de rester sur le pont, de regarder les paysages et de participer aux fêtes nocturnes, j’avais décidé de descendre dans la salle des machines. Pour voir comment ça marche. Arrivé en-bas, je suis seul. La machine n’a pas d’ouvriers pour combler ma solitude, elle marche toute seule. Et l’engrenage est immense, si impalpable, que je suis incapable de comprendre ses fonctionnements, son manège, ses sorcelleries, ses origines, la destination du navire. Je suis descendu dans le noir pour en connaître plus et maintenant, je découvre que je ne sais rien, absolument rien. Et je ne sais pas encore si je pourrai retourner sur les ponts, participer aux fêtes de la vie, de l’amour et des paysages. L’obscurité laisse une empreinte retienne et quelque soit l’endroit où je pose mon regard, il y a toujours, maintenant, un coin de mon champ de vision qui reste noir.

Ma vision est bouchée, il y a un obstacle, en continu, sur mon chemin. Une chose indistincte qui m’empêche de vivre, dont je ne peux me débarrasser. Une forme trouble qui bloque la beauté, qui bloque le souffle, l’épanouissement de ma personnalité. Est-ce une malédiction ? Impossibilité de le dire, de poser un mot. Impossibilité à être.
Devant cette impossibilité, dont je ne suis pas la seule victime, lesquelles d’ailleurs semblent de plus en plus nombreuses, il reste peu de solutions. La première est, s’enfuir de ce monde. Par la musique, l’écriture ou par d’autres moyens. Où donc va nous faire parvenir cette fuite en-dehors du monde ? Vers moins de cruauté, peut-être.