Abri. Débris.

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Je sens un trop-plein d’émotions qui rend une mélasse. Un fouillis de regrets, de culpabilités, d’ennui. Je n’éprouve pas de plaisir. Le plaisir que j’éprouvais est intemporel, fantaisiste. Réminiscences bizarres. J’ai envie de rien faire. J’ai fini de me prendre pour le messie ou dieu le père. N’ai-je pas là perdu toute ma poésie ? Ma poésie ? Qu-est ce ? Une douleur.
Je deviens idiot. Dans l’œil de l’autre, je me vois. Ou plutôt, j’y vois un être. Un autre. Ai-je échoué ? Pour le moment, j’imagine qu’il n’y a ni défaite ni victoire. Il n’y en aura probablement jamais, au final.
J’ai peur d’entrer en dépression. J’ai froid, sans cesse. Je distingue ce noyau, ce métal au centre, rougeoyant.
Je le sens indestructible. Mais en souffrance. J’ai terriblement peur. Des blessures anciennes ont réapparu. C’est flou.
J’ai peur et donc je génère une angoisse pour ne pas faire face. Est-ce ceci, l’angoisse ? Un stratagème de l’esprit pour ne pas faire face à ce qui nous tourmente vraiment ? On tourne le dos. Réflexe de fuite. Trop de contrôle, c’est sûr… J’ai très peur. Je ne crois pas avoir jamais eu aussi peur de ma vie. Son objet ? Je ne parviens pas à caler l’image. Mais ce dont j’ai peur est une sensation de néant. D’inhumain. Sortir de l’humain, voilà ce qui me fout la frousse. Passer de l’autre côté, et ne plus pouvoir revenir. J’ai toujours eu la ferme impression que l’essence de l’homme, sous le vernis de la civilisation, de la raison, est monstrueuse. Toujours eu l’impression aussi que cet attirail de raison n’est pas indestructible. C’est tout ce qui nous fonde et à la fois, c’est étranger. Peur de devenir fou. Pourquoi suis-je devenu si craintif, si tremblant actuellement ? Je me suis éloigné de beaucoup de choses qui me pesaient, m’effrayaient ou creusaient des trous dans la toile de la vie bien rangée, bien à l’abris.
Faire confiance en l’âme. En l’esprit. Je ne peux pas tout contrôler. Je n’en suis pas le créateur. Je ne suis qu’un enfant qui ignore d’où il vient. Mon sang qui circule en tous sens dans mes veines, mon coeur qui ne cesse de battre. Tout ça est là. Toujours là. Pas pour l’éternité.
Impossibilité de pleurer. Désir de pleurer. Impossibilité de retrouver les cocons passés. Désir d’un lieu que la mort absente. Désir et ressenti de la vie.
Quelle est ma destinée ? Je suis perdu. Je pense avoir gâché, j’attends la punition. Le jugement. Un être supérieur me délaissa. Ou bien est-ce moi qui l’ai délaissé. Tout cela est-il supercherie ? Aucun moyen de savoir où se trouve une vérité. J’imagine que la vérité se trouve là où on se sent bien parce que c’est que comme ça qu’on peut vivre. Exténué. Peur de l’absence de solution.
Angoisse sourde. Parfois je l’oublie. Pas longtemps car soudain je me rends compte que je l’ai oublié. Je repose les pieds dans l’angoisse. Pourquoi placer la peur au centre de mon monde ? Pourquoi me remettre sur ce centre dès que je prends conscience que je m’en suis éloigné ?
Profondément malheureux au fond de moi. Détresse infinie. Envie d’en finir et de retourner à la vie se mélangent. Confusion continuelle. Émotions éclipsées.
Je suis fort pourtant. Je suis endurant. J’endure. Ça je sais faire, comme personne.
Il me semble que la mort m’apportera ce dont j’ai besoin. À portée de main.
Pourtant c’est du côté- ci de la vie que les fleurs et les animaux naissent, prennent maturité et meurent. Là-bas, de l’autre côté, ça n’est pas matériel. C’est la jouissance des souvenirs.
Je crois en la destinée. Je crois aussi au couronnement de l’âme. En la souffrance. Je ne suis pas sûr quant à la récompense. Je n’ai pas le sentiment de mériter quoi que ce soit. Je pense avoir tout échoué. Tout. Perdu ce qui m’était cher et que j’avais bâti avec tant de patience. Tout cela n’est que ruine. Une espèce d’illusion de château. En lieu et place de mon château, je vois cette colline ou traînent quelques murs écroulés. Les herbes remplacent les tours et les ponts. Et surtout, ce vent, qui règne sur cet endroit. Il n’y a que lui qui ait le droit de régner.




06.12.11


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