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J’en serais resté là, à l’état stationnaire, un embryon, si je n’étais pas dans l’obligation immédiate et absolue de laisser libre cours aux désastres. L’immobilité est pareille à un crissement, pareille à la mort. Le mouvement plutôt, quitte à subir froissements de muscles, déplacements de vertèbres, douleurs cervicales, tant pis, je n’ai rien du lézard, de son indigne fixité. Rien, pas même un tant soit peu de la couleur du sang froid du lézard. S’agirait-il tel un animal de cheminer sur la Terre, rouler couché sur le parquet blanc de ma chambre jusqu’à l’endormissement, jusqu’à tourner de l’œil ; fuir la meute imaginative, s’évanouir ou, à défaut d’évanouissement, composer une vie tout contre la mort dos à dos, m’engouffrant, adéquatement piégé dans un livre ouvert. Quel est donc ce tournoiement me direz-vous. Je me posais précisément la même question, ah, j’en serais resté là si j’avais pu, à l’état stationnaire, on ne m’aurait pas vu mettre le nez dehors, ça jamais, si j’avais su j’en serais sorti tout de même, et de toutes mes forces encore, du grand trou d’où émergent les lézards et les étoiles, attiré par un courant d’air, par un fétu de lumière attardé, un confetti de lumière sur la nappe dressée. Tout ceci pour terminer ainsi pris au piège. Avec la délectation sournoise du gibier épuisé de courir, le fourbi dans les jambes, les chardons aux chevilles, désormais semblable à ces proies qui finissent par abdiquer un jour, repues de fuites, de perditions. Se coucher, quand bien même je suis peut-être ici hors d’atteinte. Justement parce que je suis hors d’atteinte. La meute est loin. Elle se rappèlera à mon souvenir, demain. Ils feront des bijoux avec mes ossements. Des fétiches avec mes dents. Exiger un sens reviendrait à tirer sur une ficelle dont je ne verrai jamais le bout. Me voilà fait comme un rat.