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Les commencements brisés tintent comme des grelots au cou, annoncent ma présence, alarment toutes sortes de prédateurs sitôt que j’enclenche un mouvement même léger. À terre. Nulle part où aller, les refuges sont troués. On ne m’y trouvera pas, c’est certainement là que je suis attendu. Éviter les asiles, les tanières. Marcher, tant qu’un ennemi guette. Continuer s’il venait à cesser. La meute hurle après moi, se sépare en deux, veut me prendre en tenaille. Elle hume. Croit-elle reconnaître en moi la seule proie qui vaille aux alentours, je suis la seule proie, tout court. J’ai laissé quelques leurres sur la route, le peu que j’ai en ma possession, des vétilles qui ne font pas même effet. Parfois l’envie me prend de m’abandonner à la meute, j’abdique, je me couche, mais personne ne vient, la meute s’immobilise. Elle se tait. C’est elle qui abdique, et reprend la chasse sitôt que je fais un pas. L’immobilité me lance. On ne daigne pas m’accorder une maigre renonciation, ni le sommeil. La trajectoire de la fuite ne se choisit en aucune façon, et je ne fais jamais que suivre son cours. J’ai roulé mon corps des journées entières sur la terre meuble et humide, je suis tombé dans les pièges qui m’étaient tendus, ils n’ont pas su me blesser.