Chandelles

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Parfois, le brouillard s’estompe. Un peu. Je vois trouble. Je marche, je m’écroule. Chaque pensée peut être un faux pas.
L’écriture doit-elle être outil de guérison ? C’est dégueulasse. On ne devrait pas la prendre ainsi. Pour soi, toujours pour soi. Je ne veux rien pour moi. J’ai eu assez. J’attends la mort, c’est tout. Non pas que je la recherche. Je l’attends.
J’aime la vie, plus que tout. Ce n’est pas incompatible. Ça va avec. Préférais-je la mort à la vie ? Certainement pas. Pas plus l’une que l’autre. Deux mystères. L’un n’est pas plus lointain que l’autre. Les deux s’engloutissent en moi. Magma qui se meut.
Comment en suis-je arrivé là ? Quel malin plaisir à gâcher les chances, les dons ? Aucun. L’attente. De rien. Pas de preuve à faire. Pas d’amour à même l’air. À déchiffrer, creuser. C’est une autre vie qui s’offre à moi. Pas mieux, pas pire. Différente.
Un arrêt. Mes yeux se fixent sur le vague, mon corps qui était transparent, soudainement existe. Il est lourd. Une agitation dans les viscères. L’automate se fige, se met en sourdine, tourne de force ses yeux vers l’intérieur. Quelle maladie peut-elle autant nous éloigner de la condition naturelle, pré-déchéance ? La réponse aux stimulis ne s’effectue plus. Un trou d’air. Une chute au-dedans. Sensation de la créer volontairement, et d’à la fois lutter de toutes ses forces contre. Une lutte, deux forces contraires, portées par moi, être multiple. Dualité. Le côté gauche du corps s’affaiblie.
Le courant fonctionne à nouveau, brinquebalant.
C’est la même énergie qui me fait aimer les ombres environnantes et qui fait s’ouvrir et grandir les fleurs. La même qui me fait m’asseoir un moment sur le bord de la route, et celle qui pousse les lions et les gazelles à boire au même moment dans le même bassin.
Une partie de moi ferme le robinet. Une partie consciente, affamée. L’autre, perdue sans le sol qui la retient, lâche les rênes de la terreur, de la pression et de la lutte pour la survie. Sa propre survie. Voici tout ce qu’elle veut et vers ce à quoi tendent toutes ses forces : sa survie. Coûte que coûte.
Une bête me mange de l’intérieur. Comme si l’homme était grignoté, à son insu. Comme s’il savait, indistinctement, qu’il ne sert que de pâture à une entité plus vaste que lui même. Il y a bien les fils qui nous remuent. Notre fuite vers le bonheur il s’en délecte.
Dans cette course on oublie tout, la nature magique des êtres, de nous même, des choses.
Arrêtons le cours un instant, et la mécanique de défense s’active. Il faut à tout prix que ça s’arrête. Il faut à tout prix revenir à la normale. Que la brume épaisse se dissipe. Que les formes noires aillent voir ailleurs. Comme nous sommes terrorisés désormais dans les territoires qui étaient autrefois nos maisons familières. Comme l’édifice est fragile. Et comme cette fragilité est masquée par ces milliards d’êtres qui ensemble retiennent de leurs mains cette porte. Pèsent de tous leurs poids afin qu’elle ne s’ouvre jamais.
C’est bien le refus absolu de la mort qui nous fait échouer sans cesse sur la même plage, comme un billot. Et la peur de toucher à la raison, cette prison de glace.
Il y a bien le corps qui porte en lui la mémoire des êtres passés. Je n’ai pas en moi qu’un nom, qu’une naissance, qu’une mort. Je porte en moi la naissance, l’existence et la mort de tous ceux qui m’ont précédé. Et je les devine, parfois. Parfois, je sens que ma chair connaît les réponses. Elle les connaît par l’expérience. C’est mon esprit qui s’invente une importance, une existence indépendante, une solitude. Je ne suis qu’une maille du tamis formé par les étoiles. Un point sur le tableau.




20.11.11


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