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Électrolytes

Ils ne se parlent plus les hommes ils s’échangent
Les hallucinations de leurs yeux éblouis
Chacun dans sa prison écope l’éboulis
Colle une oreille au mur pour quelques mots étranges

Un vagin gigantesque au ciel fait le roulis
Les haleurs interdits ont déserté la rive
Chacun tient sa lubie sa tangence naïve
Les poètes floués mutilent l’inouï

Leur silence souligne un vaste étranglement
Iront-ils comme moi dans l’excès litigieux
Malhabiles chassant un essor silencieux
Point aveugle où la Terre oscille étrangement

L’éloigné

Un petit rien m’attend après le parapet
Un petit rien cousu de fil d’or par la nuit
Le chiffon laissé là tout inondé de pluie
La mort avec ses tics fin prête à me boucler

J’ai la bouche collée au téton de tristesse
Vois-la se dilater lestée de ses splendeurs
Dieu seul sait la poussière où finissent les pleurs
L’Homme est un animal piégé par la tendresse

Relève

Pour me faire une idée j’ai grimpé la colline
Excitée par le soir par le cri d’un serin
Ce petit rien qui brille a fait monter ma faim
La ville telle quelle en rêvant dodeline

Caressée par la nuit — influence première
Dérogeant tout entière au Soleil et ses mues
Je me dore sans mal d’engeances détenues
Regardez-moi border leur ombre traversière

Sans pouvoir m’empêcher d’y glaner les fleurs noires
Ouvertes à-demi — la Lune les enclenche
Leurs pistils parfumés ont laissé sur ma hanche
Un beau leurre assassin d’attaches dérisoires

Ne cessez pas surtout de les disséminer
L’éclair a tonné clair là-haut dans les nuages
Je m’allonge tranquille au feu de ces mirages
Et garde l’œil ouvert sur la meute inclinée

Un pas de plus

Je vais sourd et aveugle
Claudiquant, assommé
Éreinté, couché
Taillé, évidé
Vers l’avenir
Cette « transcendance des hommes sans dieu »

Enfantillage

Petit point seul le soir fraie
Avec tout ce qui l’effraie

Compagnie

Tristesse saccadée
Clapote au grès
Du courant succédé
Et du regret

Très vainement
Balance sentiments
Nouveautés ternes
Trombes et balivernes

Lendemain noir attend
Insolemment
De voir fleurir gâchis
Plis et replis

Arc Électrique

Sans désordre aller succomber
À cet écran émerveillé
Où se côtoient échappements
Foule nombreuse innocemment

Puits infini de phénomènes
Ils viennent et vont en systèmes
L’œil s’y piège très aisément
Cadences et scintillements

Disséminations

Disparu rôde autour du feu subtilement
Le foyer familier manquant au firmament
Aujourd’hui las, quitté sans autres ornements
Omettant s’affirmer dans le renoncement

L’étoile elle a terni les yeux de son miroir
S’effaçant des visions, dérogeant aux prunelles
Pour aller au levant au vent tout de bleu noir
Vêtu du dérisoire et de carmes plurielles

Dieu moqueur

La nuit je prie le Dieu moqueur
De m’accorder émergence
Nuit tout entière passée
Paume contre paume à verser
Prières sans syntaxes
Requêtes sans retenue
Dans les nappes de fumée
Je tire une croix sur le signe
Et prie
Pour que s’exauce un vœu inconnu

Karitas

Le retors buté rongeant son frein frémit
       Dans l’air frais du soir
Le sourd à l’aurore s’auréole d’horizons rayés
       Le matin est clair et beau
L’insensible ignoble s’éblouit de blêmes bleuités
       Écoutant un chant d’Hildegarde de Bingen
Le lassé délaissé finit finalement par enlacer
       La jolie fille qui ne cesse de rire
L’indocile sans ciller se défile dès lors que scintille
       Véga dans la constellation de la Lyre
La teigne ténue évasivement s’atténue
       Dans un livre de poèmes

Mur

Nous avons trop parlé de tout ceci. Trop parlé, tout court, de ceci. Nous pourrions facilement nous extraire. Faire un pas de côté. Un petit pas de côté sans lendemain. Facile et osé dirait-on sans y penser. Couper court aux choses sans lendemain. Encore faut-il y songer sérieusement. Ne serait-ce qu’un très court instant y songer. Sans y prendre garde, faire un petit pas de côté pour voir. Voir si jamais il se passerait quelque chose, de ce côté-ci du mur ou de l’autre. De l’autre.

Un Feu

Il fera un feu, pour lui seul
il fera un feu, puisqu’il fait noir
puisque l’air est glacé, et qu’il ne possède
ni allumettes, ni briquet, ni quoi que ce soit
de nécéssaire à l’élaboration d’un feu
il le fera, coûte que coûte
personne autour n’est en mesure de le faire
personne même n’ose y songer
personne, tout court
Réunir en premier lieu les éléments combustibles
cela ne doit guère être difficile
il y a de quoi brûler tout autour
le bois mort à profusion
les herbes sèches
Il faudra traverser la nuit de part en part
y aller à tâtons, rouler sur la terre
y plonger ses doigts gelés
par la suite il faudra l’allumer
le feu qu’il a dans la tête

Un petit animal innocent vagabonde dans ma tête

un petit animal innocent vagabonde dans ma tête
joue sur le carrelage
avec un objet trouvé là
solennellement il m’interpelle
je lui réponds
je suis son esclave
son maître
son double éventuellement
il n’a pas de nom
je pourrais lui en donner un
il possède un nom que j’ignore

le petit animal court
il va au plus léger
je suis ému par son tropisme
le petit chat mû par le grand cadran des étoiles
elles sont comme revigorées
je ne sais pas d’où il vient
pas plus je ne sais ce qui l’absorbe
peut-être le présent
le cher instant auquel nous n’avons plus accès
un instinct de survie régit ses déplacements quand
persuadé moi de survivre à tout
je circule sur une terre familière
dénuée de pièges

Les procès

Nous sommes tous les accusés d’un procès, même si celui-ci n’a jamais eu lieu ou, mieux encore, si celui-ci a lieu perpétuellement et de façon invisible, ce qui semble être le cas dans nos pauvres vies. Qui sait d’ailleurs si nous ne sommes pas nous-mêmes les instigateurs de nos propres procés, c’est peut-être ainsi que nous avons été introduits et conformés dans le monde, nous avons, en bons chiens, débuté l’instruction de la procédure dès le commencement de la vie, nous avons bien appris la loi, si bien que nous ne voyons qu’à travers elle.
Alors les procès lancés par les autres ne sont guère autre chose que de pâles contrefaçons, des réponses scintillantes à nos désirs, des évitements de la vérité, propres à nous faire oublier ce simple état de fait : nous possédons le statut de prisonnier sans en avoir l’air, prisonniers non pas d’une quelconque prison matérielle, mais bien incarcérés en nous-mêmes. Et nous allons en aveugles, jusqu’à chérir nos propres barreaux, que nous méprisons chez les autres.

Il est l’heure

Il est l’heure
-j’annonce-
pour la simple et bonne raison
qu’il est temps
mon prochain poème
Il aura pour objectif
d’enterrer mon précédent