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Mythologies

Je te cherche toujours
bien que tu n’existes pas
puisque je suis trop plein
de tout ce qui existe

Quand bien même le feu qui m’habita
ne reviendra plus
je te cherche d’autant plus
et te lègue ce que je suis
absence qui me nourrit

Mythologies

 

À M.L.

 


tout ce qui se replie
n’est pas marée
ni drap de votre lit
tout ce qui s’éteint
n’annonce pas la fin
ni la mort ni la nuit
votre vie pour y nager
profonde suffisamment

Mythologies

Je vois bien que tu travailles et que
tu mènes ta vie comme ils le font tous
comme il faut avec les oiseaux les vaisselles à faire
le soir en rentrant du boulot, j’ai froid parfois et la peur
de te revoir sous un réverbère scintillant me réveille le matin
je vois bien la marée montante et les reflux de tristesse
passer dans tes yeux un paradis perdu peut-être
était-il trop lourd dans tes mains attentives mais fragiles
les carrières les réussites, les chiffres et les bruits
tout cela nous tient éloignés, je me souviens
de toi telle que tu es telle que jamais
personne ne te connaîtra, moi seul
te vois nue dans le drapeau rouge de tes bras
dans le lit de ce corps tout cela
pour colmater l’infini pour ranger la couronne
dans un coin sombre de ton armoire, tu le sais bien
je ne suis pas simple passant dans ta ruelle

Mythologies

Vois-tu, la mort est partout sur le chemin
dans les colliers d’argent sous les semelles à chaque pas
derrière les fenêtres habitées où semble trembler tant de vie
dans les jardins clos à minuit dans le battant des grilles
dans les couloirs de tes abris le cuivre de tes ressacs
elle est là dans l’air et dans le sang dans ton corps
ce lit noir dans les ombres de ton château
sur l’émail de tes remparts
elle est là dans le temps, en gestation entraperçue
Vois-tu la mort est partout dans le cosmos si bien
agencé si bien constellé
si bien habillé elle est partout et pourtant pourtant
je connais un endroit où elle n’est pas
où elle n’est plus
ça n’est pas dans les jouets de tes royaumes ni même
à l’autre bout du monde mais plutôt
ici-même
dans ta voix répandue
qui me raconte la vie avant
de toucher terre

 

Mythologies

J’ai rêvé tant de vies dont tu n’as pas idée
je les ai toutes vécues je les ai toutes senties
j’en porte la trace et le bruit, les nuits
ne suffisent pas pour me remémorer
nul besoin de vivre dépareillé
de vivre loin d’oublier je les retiens
comme d’autres une cage dans la main
J’en ai rêvé tant dont tu n’as pas idée
et parmi toutes ces vies une seule
une seule m’est inconnue
celle-là qui te contient
elle n’est plus mon rêve mais le tien
celle-là même où tu remues

 

Mythologies

 

edward-steichen-femme-floue

Un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les ancres
tout ceci qui nous ensorcela
disparaîtra dans l’étang dans le fort, pris au piège
du temps, de la vie, de tout ce qui se dérobe à ton piano
dix doigts pour commencer le château
la cueillette des cerises, le repas des oiseaux
nous avons beau voyager retenir l’eau, toujours je vois
la nuit les arbres les manteaux
un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les pierres
tout ceci qui nous ensorcela

 

Voix

Le silence n’est plus de ce monde
Sans le dire sans laisser de message ni de journal intime
Il s’envola ne laissant que ta voix pour combler les espaces
Et le vide de nos villes
Ta voix qui me dit ne dors pas
Ne dors pas
Et raconte-moi

Mythologies

Écoute, le monde s’est tu il a fui
Dans la boîte à musique dans la laine portée, le creux
de l’oreiller a t-il fui ou bien est-ce nous le monde
n’est plus comme il était ni hier ni les jours
qui se suivaient évaporé dans les champs dans l’espace
Ce rien dans tes mains comme subsiste ton visage je rêve
De lacs sombres et d’oiseaux de passage, atmosphère variée
Rafraîchie de la nuit, profonde un parfum de fin des temps
Remonte de ta lampe comment fais-tu enfermes-tu
le soleil dans les plis de ton corps tu
le caches dans ta cage aux colibris, je suis passé
plusieurs fois écoute comme le monde s’est tu il ne dit plus rien
il n’est plus quand on l’oublie, n’est plus qu’une vague
marrée montante une onde sonore à peine
À peine dicible, tremblante peut-être c’était donc ça si peu de choses
C’était donc ça de la cendre peut-être du sable dans les yeux

 

Mythologies

Souviens-toi que nous n’avons qu’une seule vie et que ma vie
Je la passe en courant parmi les êtres invisibles et les étoiles
Souviens-toi bien que la vie n’est qu’une ombre une ombre comme toi
Dans laquelle je n’ai pas fini de me punir. Il y a tant et tant
de forêts et de mers qui attendent et de plaines désertes à habiter
Tant de soleils à abriter de funérailles à dénoncer de pensées
À assembler sur un plateau de lunes prisonnières. Attrape-bien
Les lucioles avant qu’elles ne s’enfuient les sortilèges
Il y en a tant et tant qui ne disent pas leur nom mon château
Dans tes mains mon royaume dans tes mains
Souviens-toi que nous n’avons qu’une seule vie et que ma vie
Je la passe en courant parmi les êtres invisibles et les étoiles

 

Mythologies

Je t’ai connu, nous nous sommes enlacés plusieurs fois dans le sable nocturne. Les marches
profondes. C’était dimanche, c’était lundi, c’était n’importe quel jour.
Les portes n’étaient pas closes loin de là, ouvertes sur le grand large
perdus dans le grand moi dans le trou de verre sans parasol
J’ai bien essayé les sucres lents la vitamine A, le carotène, les baisers sablonneux. Rien de tel
que ta venue as-tu disparue ? Ton corps était rouge je l’ai vu paraître dans le noir, tu étais assise
à mes côtés sur le lit, dans le rideau dans la mousse dans le lichen
de l’arbre et dans la terre. Sous ma main. Je t’ai deviné dans les airs,
sous l’abat-jour dans la gouttière avec les chats mon compagnon
cette détresse partagée dans un lit de nuages dans les plis de tes images je me souviens
de tes doigts de tes genoux, je me souviens parfaitement de ton odeur familière l’inconnue.
As-tu mis bas au loin le fruit de ma semence laissée dans ce vase pharaonique au fond
de toi ce bouillon primordial, les premiers acides-aminés ma création
de tous les jours et des nuits ambivalentes avalanche tu. Je me souviens de ta bouche
de ta salive indigène elle coulait aussi comme le font les eaux souterraines, vivace et morte
comme le désert Es-tu vivante encore ou bien, écrasée sous le poids du monde seule et sans lumière
tout entière, toute toi-même et sans