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C’est vrai qu’il y a quelques phrases un peu désuètes comme « sous les lèvres des amants », mais je dois avouer que j’ai un certain goût pour ce genre de choses, parsemées avec la main légère, surtout si elles sont cernées d’abstractions qui évitent que le texte ne soit totalement noyé sous le cliché.
D’ailleurs, un cliché n’est pas moche en soi je trouve, il le devient quand il est pris dans un contexte lui-même ordinaire ou fade.
S’il ne l’est pas, si le cliché est sauvé par une certaine dose d’abstractions et de surprises, pris dans l’ensemble, il deviendrait alors comme une banalité sublimée. Le tout étant de trouver l’équilibre, dans la musique.
Je ne cherche pas à fuir le cliché, de temps en temps j’en laisse passer quelques-uns, du moment qu’ils sont bien accompagnés. Accompagné d’une belle musique, n’importe quel cliché pourrait prendre une nouvelle dimension.
Le cliché ne me semble pas être un grand ennemi littéraire même si, à première vue, on pourrait croire qu’il faille partir à la bataille contre lui. Le fuir donne parfois un résultat bien pire, l’hermétisme par exemple, ou plus généralement, un gribouillage prétentieux.

Le premier jet est toujours (ou presque) mauvais. C’est pourquoi quand j’écris je fais tout pour ne pas me laisser aller à l’inspiration primitive, je la fais passer avant par le filtre du raisonnement et par le « filtre du coeur » pour lui donner un sens, peser le pour et le contre à chaque mot. L’intuition va à la facilité, c’est la matière première mais ce n’est en aucun cas le produit fini. Enfin, pour moi en tous les cas. Je préfère dire non aux premiers mots qui me viennent à l’esprit, dire non à la muse jusqu’à ce que celle-ci me propose quelque chose qui s’emboîte parfaitement et qui sorte de l’habitude, du « tout-fait » de l’inspiration.
Je crois que c’est ça en fait, le renouvellement, la nouveauté, savoir refuser quelques phrases, même si elles nous paraissent jolies. Au moindre doute, effacer. Au lieu d’aller vers l’expectative (geste qui n’a en fait pour but que de contenter l’ego), je tente de trouver l’inattendu.
Le tout, ensuite, est de trouver l’équilibre pour préserver un certain naturel dans le fil de la ligne, qui masque le lourd travail.
(cette méthode n’est pas la plus facile, par exemple pour écrire ce texte j’ai bien dû mettre au moins deux heures, même s’il fait une vingtaine de lignes, et je n’exagère pas… à la base il doit être au moins trois ou quatre fois plus longs)

 

« Avant de remettre le couvert avant que l’étranger n’intervienne »
Il s’agit de la mort. 🙂

Une chose qui me gênait par contre, mais que personne ne semble remarquer (à la lecture ça ne doit pas sauter aux yeux), c’est la répétition de l’idée que le temps s’arrête, à la fin :

« Jusqu’à ce que tu l’arrêtes dans sa course »
(…)
« Alors il s’arrête, ébloui »

Ça pourrait être presque considéré comme une faute de langage, c’est limite et je ne sais vraiment pas si je devrais le changer. J’ai failli mettre « Jusqu’à ce que tu l’interpelles dans sa course » ou « jusqu’à ce que tu le tires hors de sa course »

J’ai remarqué que tu préferais les passages plus abstraits (d’ailleurs tes écrits sont tissés d’abstractions — mais attention je distingue l’abstraction de l’hermétisme) et moins les lignes plus concrètes voire ordinaires.

 

 

 

 

Parfois je me dis qu’il y a tout un tas de gribouilleurs qui suivent quantité de recettes et d’idées reçues, par exemple « Il faut éviter les clichés », « il faut se renouveler », « il ne faut pas être trop classique », « il s’agit de faire dans l’original », « se démarquer », etc.
Au résultat, ce sont les plus mauvais. Ils ont toutes les soi-disantes « recettes » dans les mains mais passent complètement à-côté de la chose la plus essentielle dans toute création, à savoir, se mettre soi dans ce qu’on fait, mettre sa peau sur la table. Être entier dans les mots.