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Arc Électrique

Sans désordre aller succomber
À cet écran émerveillé
Où se côtoient échappements
Foule nombreuse innocemment

Puits infini de phénomènes
Ils viennent et vont en systèmes
L’œil s’y piège très aisément
Cadences et scintillements

Disséminations

Disparu rôde autour du feu subtilement
Le foyer familier manquant au firmament
Aujourd’hui las, quitté sans autres ornements
Omettant s’affirmer dans le renoncement

L’étoile elle a terni les yeux de son miroir
S’effaçant des visions, dérogeant aux prunelles
Pour aller au levant au vent tout de bleu noir
Vêtu du dérisoire et de carmes plurielles

Dieu moqueur

La nuit je prie le Dieu moqueur
De m’accorder émergence
Nuit tout entière passée
Paume contre paume à verser
Prières sans syntaxes
Requêtes sans retenue
Dans les nappes de fumée
Je tire une croix sur le signe
Et prie
Pour que s’exauce un vœu inconnu

Karitas

Le retors buté rongeant son frein frémit
       Dans l’air frais du soir
Le sourd à l’aurore s’auréole d’horizons rayés
       Le matin est clair et beau
L’insensible ignoble s’éblouit de blêmes bleuités
       Écoutant un chant d’Hildegarde de Bingen
Le lassé délaissé finit finalement par enlacer
       La jolie fille qui ne cesse de rire
L’indocile sans ciller se défile dès lors que scintille
       Véga dans la constellation de la Lyre
La teigne ténue évasivement s’atténue
       Dans un livre de poèmes

Mur

Nous avons trop parlé de tout ceci. Trop parlé, tout court, de ceci. Nous pourrions facilement nous extraire. Faire un pas de côté. Un petit pas de côté sans lendemain. Facile et osé dirait-on sans y penser. Couper court aux choses sans lendemain. Encore faut-il y songer sérieusement. Ne serait-ce qu’un très court instant y songer. Sans y prendre garde, faire un petit pas de côté pour voir. Voir si jamais il se passerait quelque chose, de ce côté-ci du mur ou de l’autre. De l’autre.

Un Feu

Il fera un feu, pour lui seul
il fera un feu, puisqu’il fait noir
puisque l’air est glacé, et qu’il ne possède
ni allumettes, ni briquet, ni quoi que ce soit
de nécéssaire à l’élaboration d’un feu
il le fera, coûte que coûte
personne autour n’est en mesure de le faire
personne même n’ose y songer
personne, tout court
Réunir en premier lieu les éléments combustibles
cela ne doit guère être difficile
il y a de quoi brûler tout autour
le bois mort à profusion
les herbes sèches
Il faudra traverser la nuit de part en part
y aller à tâtons, rouler sur la terre
y plonger ses doigts gelés
par la suite il faudra l’allumer
le feu qu’il a dans la tête

Un petit animal innocent vagabonde dans ma tête

un petit animal innocent vagabonde dans ma tête
joue sur le carrelage
avec un objet trouvé là
solennellement il m’interpelle
je lui réponds
je suis son esclave
son maître
son double éventuellement
il n’a pas de nom
je pourrais lui en donner un
il possède un nom que j’ignore

le petit animal court
il va au plus léger
je suis ému par son tropisme
le petit chat mû par le grand cadran des étoiles
elles sont comme revigorées
je ne sais pas d’où il vient
pas plus je ne sais ce qui l’absorbe
peut-être le présent
le cher instant auquel nous n’avons plus accès
un instinct de survie régit ses déplacements quand
persuadé moi de survivre à tout
je circule sur une terre familière
dénuée de pièges

Les procès

Nous sommes tous les accusés d’un procès, même si celui-ci n’a jamais eu lieu ou, mieux encore, si celui-ci a lieu perpétuellement et de façon invisible, ce qui semble être le cas dans nos pauvres vies. Qui sait d’ailleurs si nous ne sommes pas nous-mêmes les instigateurs de nos propres procés, c’est peut-être ainsi que nous avons été introduits et conformés dans le monde, nous avons, en bons chiens, débuté l’instruction de la procédure dès le commencement de la vie, nous avons bien appris la loi, si bien que nous ne voyons qu’à travers elle.
Alors les procès lancés par les autres ne sont guère autre chose que de pâles contrefaçons, des réponses scintillantes à nos désirs, des évitements de la vérité, propres à nous faire oublier ce simple état de fait : nous possédons le statut de prisonnier sans en avoir l’air, prisonniers non pas d’une quelconque prison matérielle, mais bien incarcérés en nous-mêmes. Et nous allons en aveugles, jusqu’à chérir nos propres barreaux, que nous méprisons chez les autres.

Il est l’heure

Il est l’heure
-j’annonce-
pour la simple et bonne raison
qu’il est temps
mon prochain poème
Il aura pour objectif
d’enterrer mon précédent

Sternenfall

Anselm-Kiefer_Sternenfall

J’ai crevé. Il était tard hélas
je n’ai pas eu le temps de dire
au-revoir à l’univers
le verre est tombé de ma main
la vie est tombée dans le décor
sans que je le remarque
Une heure une minute
de plus, peut-être ? pour aller saluer
un instant cher instant
depuis la fenêtre
depuis ce qu’il reste
des termes brisés des chemins croisés
les oiseaux les étoiles
et mon poème qui court sur le papier froissé

Clignements

Arrivé
sur le seuil de ma demeure
je portais la main à la poche
à la recherche de mes clefs
– à moins que je cherchais autre chose ?-
ma poche était vide
la porte s’ouvrit

 

Depuis longtemps un livre
posé sur la table d’écolier
– est-il temps ? –

 

Mon chat
expert en aller-retours
ne déteste rien tant
que les portes closes
et moi
son maître fidèle
je n’aime rien tant
que les lui ouvrir
ce faisant il me semble
que je déploie son univers
– À moins qu’il ne s’agisse du mien –

 

Quand par degrés successifs
l’imagination comble les déficiences
je me plaît à écouter
la musique produite par un disque dégradé
Les chahuts d’une ville au loin
que la colline atténue
et j’aime observer les existences
à travers les fenêtres
tachées d’anciennes pluies
je perçois ainsi le monde
de loin comme une musique incertaine
que je suis libre de moduler

 

Comme tous ceux qui portent en eux-mêmes
un esprit promeneur, je n’aime rien tant
que l’immobilité
je traverse les couloirs
les chambres intermédiaires
qui tapissent l’existence
de points en points
à la recherche d’excursions clandestines
entre deux trajets

 

Chaque jour je me rappelle à nouveau
de ce que je ne cesse d’oublier
et je poursuis en secret
comme une libellule itinérante
une lueur que je n’ai jamais vu

 

 

-Ceci
pourrait tout aussi bien être
un nuage-

Pensées magiques

Je dessine sur les golfes clairs
de ma terre natale
détrempée par la pluie
des cercles concentriques que je foule
rieur
pour en altérer la tendresse
la pureté

Tout commence
par la fuite
et se termine en retrouvailles
sacrées

Cérémonie

Je t’invoque comme je le peux. Entre deux averses. Entre les
désordres variés. Perclus parmi les simulacres. Les machines
énormes qui régissent nos journées. Dans les écrans tactiles qui
ne servent à rien. Ils ont fait de ma langue. Une langue
étrangère. Ils ont fait de ma terre natale. Un carré de sucre.
Un rouge à lèvres morose. Je t’invoque avec ma gueule écrasée.
Avec les mots qu’ils m’ont laissé. Quelques miettes resquillées
sur la nappe. Après les repas de famille. Après les discours
absurdes. Après Dieu-Le-Père mort-né. Ces mots ils voudraient
dire merci. Tellement que j’en ai la gorge ramassée sur elle-même.
Rendue au silence. Aux comptoirs surélevés. Avant de
naître parait-il. J’ai fait mon lit dans la nappe de pétrole.
Pour monter au ciel. Avec plus de facilités. Avec plus
d’étrangetés. Avec les singes. Pour l’inconnue. Derrière sa
fenêtre. Pour savoir comment c’est. La ville vue d’en haut. Elle
tourne au ralenti. Je t’invoque comme je le peux. Avec toutes les
faiblesses. Les fragments épars récoltés. Ramassés dans les rigoles.
Dans les broussailles de la mémoire. Comme dans un rêve. Comme
une attente. Qui prendrait la forme d’une conquête.

La visite

Peut-être
l’écriture
est-elle surtout
une invocation
Nous frappons à la porte
rien ne se produit
nous frappons à nouveau à la porte
rien ne se produit
Alors nous nous endormons sur le seuil
une main sur le battant
Des pas montent l’escalier
un cliquetis de clefs
C’était le voisin du dessous
seulement le voisin
du dessous, rien d’autre
Peut-être cette demeure
n’a t-elle jamais été habitée ?
Il faut attendre tout de même
Il faut attendre
parce qu’il n’y a rien d’autre à faire
Jusqu’au moment où
sans prévenir
le mot juste monte en soi
« Oui ?
– C’est moi ! »

Lentes métamorphoses

La littérature
c’est ce qu’il nous reste
ce papier froissé
cet embarras
Ce pli
qui résiste au fer

 

LA PRISE

Me voilà
nerveux à nouveau
pris dans ce piège
que j’ignore
je me débats
de toutes mes forces
pour m’extraire de ce piège
avec en tête
un but que j’ignore

 

NI MALVEILLANTE NI SOURDE

Ne crée rien
invoque
tant qu’il y a la lumière
tant que les bruissements ont lieu
dans les bordées intérieures
au fond des tanières habitées
deviner
le murmure familier
qui t’a précédé

 

REPENTIR

Espace clos
au demeurant
ouvert
par une entrée
gardée secrète
entre le vieux chêne
et le cartilage inaltéré
d’un cadavre
dont on a oublié
la voix et le nom