Taire le monde

Taire le voisin, taire le chat
son meilleur ami, sa femme, les foules
Taire les galaxies, les neutrons, la télé
les voyelles, les sobriétés
au fond d’un verre d’armagnac
Les mélancolies, les détresses, les estomacs
Taire internet, l’ordinaire, les frontières
dans une nuit, dans un poème
dans une sonate, dans un rêve
ou un amour manifesté
Qu’importe
taire le monde
par tous les moyens

Fréquence

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Les singes montent au ciel
les chats, les morts, l’amour
monte lui aussi au ciel, les prières
les chants qui lézardent les nuages
nos mains sales, nos poussières, nos carnavals
les feux d’artifice, les bienheureux
les pharaons les poètes
tous montent au ciel
en cortèges variés
vers la douce éternité
et nous, nous sommes ici-bas
égarés perdus, effarés
à faire les comptes
à envoyer nos messages d’inquiètude
vers casssiopée
à demander aux morts
s’il nous est permis de vivre

Contrariétés

Ne pas oublier. Féconder les héritages perdus. S’inscrire dans la tradition avec laquelle on a rompu. Suivre le fil d’ariane coupé. Nettoyer la tâche indélébile laissée sur la manche. Danser, sans musique. Se faire invisible au sein de la meute. Suivre la trajectoire féerique des corps célestes. Se faire prisonnier, pour mieux sentir ce que c’est que d’être libre. Prendre le courant sans broncher. Tromper la mort avec sa sœur. Recouvrir le loup. Se faire un monde, à l’opposé de soi. Aller dans l’horreur cueillir les nuages. Croître, dans l’hallucination, tout aussi bien que dans le réel. Crier comme s’ils étaient sourds.

Aller-retour

 

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Il fait nuit. Tout est en ordre. Les livres sont alignés dans la bibliothèque. Les bourdonnements lointains des avions se succèdent à rythme régulier dans le ciel nocturne. Le loup est dans sa tanière. Le lézard dans son formol. Sur la banquette arrière d’une voiture noire, une femme inconnue se perd dans ses pensées. Les voisins ont déposé les armes. Paris a retrouvé son autre versant. Le linge est étendu dans l’angle, et je sais que les étoiles, bien que je ne puisse les apercevoir depuis la fenêtre, tirent vers le bleu. Lily s’est endormie elle chuchote quelques mots russes en rêvant. Il est deux heures. Tout est en ordre, aligné à la place prévue. Rien ne dépasse. Très bien, nous allons commencer
par tout défaire

L’acide

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Le temps se fait long
et je n’y ai rien changé
Que disent donc les têtes croisées
les paroles échangées, criées à tue-tête
ou mutiques ?
elles disent encore et toujours
que c’est un grand vide qui se raconte
et qu’en moi-même je me tais
Animal subordonné à la substance primitive
renard albinos, erreur génésique, dernier de la portée
il aurait dû mourir à la première lutte
mais ici les faibles au combat survivent
et s’emparent d’autres desseins
invisibles aux yeux de tous
Ils traînent leur décadence sur les trottoirs épais
ou, assis sur une chaise de bureau pivotante
ils écrivent des poèmes comme moi
dédiés au matin clair
ou au néant qui augmente

Chacun dans son coin d’ombre

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Je n’aime pas la poésie, l’interpelle pour lui
donner des coups de poing. Elle s’est barrée.
La poésie ne m’aime pas ce soir.
Chacun dans son coin d’ombre.

Recherche sans objet

Tandis que mon corps se désagrège avec lenteur, que les jours semblent, eux, s’accélérer, je suis encore dans un rêve étrange que je n’ai jamais quitté. Je mène une seconde vie qui m’est étrangère.

Dès lors, impuissant, je ne puis qu’écouter. Qu’écrire, lorsque ça n’est plus moi qui pense. J’écoute et, vaguement, j’écris sur le papier des pensées qui me sont étrangères, sitôt déposées.

J’attends, qu’un autre naisse en moi. Devant une grille, sur le pas d’une porte, aux pieds d’une femme qui n’a jamais été. Un voyageur en moi dont je ne connais pas le nom, rapporte des provisions d’un pays lointain.

J’ai peur de ma fin. Cependant cette peur m’alourdi et ne semble pas venir de moi. À mon état naturel, qui est un flottement, je n’ai pas peur de ma fin, je me porte, confusément, dans un espace intérieur.

Être ce que je suis est une tâche impossible. Je ne suis pas. Une brume, peut-être, qui transite d’une ornière à une autre, silencieusement. Je suis égaré. Je n’ai pas, comme d’autres, la faculté d’oubli des métamorphoses qui entretiendrait l’illusion que j’ai toujours été moi. Je suis mélancolie. Je ne le suis plus, car je m’évade.

La nuit. Une sonate au piano. Le bourdonnement d’un moteur au loin. Les pas d’un voisin occupé, qui résonnent dans ma chambre. Les cris de quelques fêtards dans la rue. Tout cela m’est familier, mais semble relever d’une autre existence. J’écoute, la vie, qui veut entrer en moi, la vie quotidienne à laquelle je n’ai jamais bien su appartenir.

Il n’y a guère que l’immobilité qui me rassure, la répétition monotone des événements. Je pourrais revivre le même jour à l’infini, et m’y endormir, m’y intoxiquer, m’engouffrer dans les automatismes, pour ne plus jamais avoir affaire à ces renouveaux non désirés.

Je porte en moi la mémoire d’évènements qui n’ont jamais eu lieu. Je les retrace, les transcris, je les revis jusqu’à satiété, comme on revivrait perpétuellement un rêve choisi. La réalité glisse sur moi, et me parasite. Je n’ai pas tant besoin d’elle autrement que pour respirer et subsister. Pourtant, c’est elle qui me blesse le plus. C’est elle, ma servitude translucide.

Je suis arrivé au point précis où ma vie devait se trouver, à cet instant. Il n’est pas la peine de pleurer. La mémoire est mienne désormais.

Un livre

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C’est ce qu’il reste

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La vie des hommes est bien étrange. Porcelaine le matin. Cendre le soir. Ce qu’il faut d’inclinaisons près du bord. Pour voir un peu le fond. Pour voir la gueule que ça a le fond. Il en reste quoi des destins. Des figures. En miettes ramassées sur elles-mêmes. Entassées comme des cierges. Sur un autel sans dieux. Le bureau des réclamations. Silence radio. C’est dimanche au creuset du vide. On se tient compagnie. C’est ce qu’il reste. Un peu de grâce. Un murmure dans l’oreille. Ils ne sont pas sérieux les papillons de nuit. Ils vont incertains. Dans la clarté ennemie. Éphémères déroulés dans le temps. En vase-clos dans le ciel. Brillants de leurs petites ailes noires. Ce qu’il faut soulever de terre pour une médaille perdue. Ce qu’il faut creuser pour un morceau du ciel. C’est peine perdue. C’est peine à jamais retrouvée. Petite vie fragile. Qui danse et qui pleure. Tout à la fois.

La mère de Marcel Proust

horsmonde

La mère de Marcel Proust est ma propre mère. Dans un autre jour. Dans cette nuit ci-contre. Elle a fermé son ombrelle. Elle est là depuis lors. Il est l’heure de dormir. Il est l’heure de trouver le chemin. J’ai gardé son diamant noir. Les projections de la veilleuse sur les murs racontent une histoire qui n’a plus lieu d’être. Elle a refermé les ailes du serin. Un baiser sur le front a suffi à ouvrir la nuit devant. Sa mémoire volatile s’est posée sur mon balcon de verre. Je regarde au loin les routes et les chemins de fer. Partir n’a pas eu lieu. Toute ma vie je dessine des cercles sur un grand tableau noir. J’entends le soleil tourner sur son axe, déplacer ses lignes sur le carrelage chaud. Son empire m’est resté. Son visage m’est inconnu, que je garde au fond de moi. La mère de Marcel Proust est ma propre mère. J’ai habité sa demeure qui était ses bras, ses seins. J’ai connu les grands arbres, dressés en cercle autour du seuil. Intactes, sous le ciel d’été. Inaccessibles. J’ai dressé le mausolée sur sa chair à mes mains interdite. Je vais dans les perditions pour atteindre quelque chose de pur. La nuit est lourde qui ne veut pas dire son nom.

Ne leur en déplaise

J’invite
Mes
Fossoyeurs
À
Patienter
Encore
Un
Peu
Je
N’ai
Pas
Encore
Tout
À
Fait
Terminé
La
Cueillette
Des
Mirabelles

Basculement

細江英公「おとこと女・・・そして

Photo : 細江英公「おとこと女・・・そして

Si je te lis, c’est pour regarder mourir l’heure, et l’ordinaire avec elle, au fur et à mesure de leur abolition voir apparaître et s’amplifier l’échappement déraisonné d’un millier de tremblements sans cause déchiffrable. C’est parce qu’il est temps, c’est parce qu’il est déjà trop tard, c’est parce que je ne sais plus, et que je souhaite me perdre, devenir, marcher à nouveau dans la tombée de la nuit avec toi, dans l’angle, dans les territoires à redéfinir, aller non par saccades, mais dans la chute même, trouver la vitesse nécessaire à l’émerveillement, à l’essor de libres et versicolores déversements. C’est pour ronger les barreaux de fer qui me divisent et m’éloignent, pour rompre le processus lent du délabrement, charges sourdes de l’obscurité et du mensonge au relais des tombes. Si je te lis, c’est pour arpenter ton mal qui dégénère en clartés. Envahir ton beau livre, d’un bataillon de soldats d’argile qui viennent, comme des pensées sensibles, se poser sur ton front et ta solitude, faire reculer les lignes et les ombres. Pour investir ta nuit, me fondre dans tes étoiles idoines, y demeurer, maculé de rayons cosmiques, de cendre, de pluie, de mots.

Tombées

J’aime la pluie, pour son bercement amniotique
pour ce balancement métronomique et lent, pour sa multitude
et pendant cette pluie, dans le déclin du jour, je lisais

Tombant dans ce livre sur une pensée qui faisait naître
d’elle-même en moi
l’espace nécéssaire à son éclosion
Je relâchais mon regard et le laissait se perdre
sur les murs, les angles, les fenêtres
Je m’arrêtais un moment

Une forme inhabituelle, sous la fenêtre, attirait mon regard
C’était le papillon, le même, immobile
Je le pensais disparu, il était près de moi
Attendait-il la fin de l’orage pour reprendre sa course, la fin du livre
La fin de sa courte vie ?

C’était un simple papillon
Pourtant, inaltéré par la raison, un plaisir obscur, un contentement
remontait et tintait innocemment dans mon être
Le voici, en vie, en réfugié qui me donnait des nouvelles du ciel et des orages
Autant de preuves amoncelées que la vie court toujours

Lui qui avait ajouté sa part infime
à la continuité de l’ordre des choses
à la mise au jour de la lente métamorphose des imprévus, des miracles
en rituels naissants
plus subtils, insaisissables et rares que les levers de lune

Il revient toujours

Modigliani

Tu as beau être éteint, errant
souffrant, mendiant depuis ce vide
où la vie semble s’être installée
Tu as beau être en proie aux perditions
aux abattements, aux somnolences des jours dénués
Tu possèdes quelque chose qui me retient
et que je ne trouve pas chez les êtres affirmés
bris de firmaments
germes d’éveils et de possibilités
sans nombre

 

Peinture : Modigliani – Portrait

Chers os

Demain. Maintenant peut-être. Tout ça renaîtra, reviendra. Je n’aurai plus à me plaindre. Tout ça reviendra. Je ne chercherai plus. Je serai bien tranquille. Tout ceci cessera. J’imagine déjà… Ce magma sans nom qui me tord. J’attends de pied ferme. C’est quand ? C’est déjà l’heure. Demain, j’aurai tout oublié. Demain j’irai me fondre. Il faudra recommencer. Jusqu’à la fin du cercle. Cette petite flamme sacrée et libre qui ne veut rien abandonner. Elle veut son lot.. Porter ce corps lourd, chaque jour un peu plus. Jusqu’à ce qu’il soit plus léger. Il pourra entreprendre, voir un peu enfin, ce morceau du ciel attendrissant, par-dessus les parois, peut-être ? Je serai léger suffisamment, pour me laisser porter par le vent. Demain, le suivrai-je ?

J’écris pour quoi

J’écris pour quoi ? pour tordre le cou
Enfoncer le clou, tasser le dilemme
Pour détourner l’avion porteur
Décontaminer les lieux, porter le coup
J’écris pour quoi ? pour remonter la rivière

Pour la défaite de tous, pour le masque du mort

Creuser mon trou, chasser les leurres
J’écris pour passer mon tour
Embrasser le commerce, passer la montagne
Pour ne pas mourir seul

Arpenter la tessiture
J’écris pour quoi ? Pour mendier les éclairs
Me perdre dans la zone, pour désapprendre
Pour les phares inhabités
Pour déclasser les butineurs

J’écris pour la poche d’ombre

Pour me faire étranger
Intrus
Dans la meute de sourds

Après l’incendie il faut réapprendre à errer

Ce soir tu es silencieux
l’avalanche va lentement dans ces yeux ralentis
à la fin il ne reste plus grand chose
à la fin il reste presque tout
l’exaltation, l’ivresse ont plié bagage
jusqu’à la prochaine station
jusqu’au prochain enchantement

La petite fille disparue

denise à verneuil

Passée, déjà. C’était hier. Son nom : et puis quoi ? une rose dans sa main. terminé. les jeux dans le jardin. terminé. ses os dans la terre. passée, déjà. avec les pluies. le vent. de la poussière à la fin. voilà tout. de la poussière et quelques images. restées là, pour les illuminés comme moi qui s’attardent. et ramassent le passé. pour en faire des prières. pour en faire des galets. je n’ai jamais pu m’y faire. je l’ai dit. ça n’a pas d’importance. je n’ai jamais pu me faire au départ des êtres. leur départ me brûle. et les vivants sont déjà en train de partir. C’est pourquoi jamais je n’ai pu m’attacher. C’est pourquoi je suis infiniment attaché sans qu’ils le sachent. C’est pourquoi je ne suis jamais surpris quand ils disparaissent. ils passent, déjà.

 

en cours de chute
dans l’avalanche muette
dispersés parmi les étoiles
à l’oeil nu
observables

Sans doute

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Où es-tu. dans les angles.
nulle part. au milieu.
au coin. dans les beaux draps.
dans le ciel. entre deux eaux.
sous un beau jour. fais-tu le ménage.
vas-tu aux mirabelles. à l’étranger. dans l’inconnu.
avec un inconnu. seul. seulement avec un inconnu.
seule. jamais. parles-tu. écoutes-tu. peut-être.
dans un livre. dans tes pensées peut-être. dans un lac.
dans la pierre. es-tu pareil. pareille. en jambes.
sur le point d’ouvrir un pot de confiture. en dépression.
et puis non. avec un enfant. dans le remords.
dans la distraction. dans l’absence de ton ombre. ingrate.
inattentive, sans doute. calme, sans doute. dans ma mémoire.
toujours là. au-dedans. sans doute.

Relève

C’est tout, j’abandonne, je n’ai plus rien à dire. Je commence à peine. redevenir animal, peut-être. regagner le loup. l’écrevisse. Ça recommence. C’est inutile. Il y a tant de bruits. En rajouter. En rajouter. Ceci me dégoûte. creuser. comme au premier jour. et la première nuit ? Chasser la veilleuse. Demain. relancer le manège, le jeton en poche. J’y ai droit. C’est interdit. J’attends. Je me porte. J’attends devant la porte. aller y brûler pour voir. ce que ça fait d’être en vie. à-demi mort peut-être, avec le temps, l’ennui, ou l’habitude. avec les étoiles. Véga, étoile bleue, ma favorite. triangle d’été. me souvenir. Constellation de la lyre : les faire taire. se taire soi en faisant mine de parler. ou bien crier, ou se taire : c’est pareil. C’est tout pareil, à la fin. Ça n’a rien à voir. C’est comme ça que ça commence. Faire de la place au-dedans. Creuser, ou écrire, pour faire de la place au-dedans. C’est rien. Ça n’était rien du tout. Tu le mérites mille fois. Ils sont éteints. Tu as croisé plus de morts que de vivants. Ils sont vivants. Ils sont loins. Ils ne savent plus. C’est toi qui ne sait plus voir. C’est toi qui ne sais plus. Tu sais, pourtant.

La mort et l’oubli

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Qu’ai-je oublié moi, tout. je ne me souviens pas. le creusement. Les mémoires. Elles se retirent. Vagues. Je n’ai pas de mémoire.
Disparues, voies lactées : disparues. Je file. ou coule le long. Le long. délicatement. détachement d’une mémoire , l’une après l’autre,
avec le vent. J’ai trop de mémoire. qui s’en va ? Qui s’en va encore ? l’un après l’autre. l’une après l’autre dans les mêmes pas qui se retirent.
Moi d’abord. Je suis parti moi d’abord. Trop-plein de mémoires. Je garde tout. Je n’ai rien gardé. Je n’ai jamais su rien garder du tout.
Un, c’est déjà trop. Je ne m’y ferai jamais. Je n’ai jamais pu m’y faire. J’ai fini par m’y faire. Je m’y suis habitué. Je ne m’y attarde plus.
Je ne m’en sors plus. Qui est voué à partir, à peine venu ? J’étais loin dès le départ. Je n’étais pas ici dès le départ. Je n’ai jamais été ici, ça s’entend.
Ça se voit. Les gens le remarquent d’emblée. C’est clair, d’emblée. Jusqu’à ce que je ne sois plus personne et que j’oublie. Que j’oublie
suffisamment seul pour commencer à me souvenir ? La mémoire valable ? Seule, et valable, et palpable, déchiffrable malgré qu’elle soit là d’emblée
sans rien dire, à marmonner dans son coin ? que lui dire ? quoi ?

Le nécessaire

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J’ai rendez-vous demain matin
je ne vais pas y aller j’ai rendez-vous pour ne rien voir
de ce quelqu’un parce que je n’aurais pas parlé
je parle sans cesse trop c’est trop
au moins voir quelqu’un et sinon ce sang d’encre c’était quoi ?
écrasé ?
j’ai d’autres choses à faire demain je n’ai rien de prévu
je ne vais pas dormir
j’irai sans bouger c’est dit
d’ici demain j’aurai tout oublié je ne vais pas bouger me souvenir de tout ceci
d’ici là pendant mon rendez-vous je resterai là à attendre que mon rendez-vous se passe
et me souvenir de tout ceci
me souvenir de tout
j’attendrai l’heure

Je viens signaler

Je viens signaler, avant que le nuage ne fonde, dans le sucre bleu
mon nouveau recueil à paraître, le premier, le dernier, aucun, zéro
au fin fond de mon imaginaire, pas très loin
sur le point de paraître
sur le point de
sur le point
dans ma tête à paraître
dans ma tête très bientôt qui vient de paraître
mon nouveau recueil
pour quelques pesos
c’est encore trop peu
j’abandonne
pas même mort-né le clair de jour

Langue

Abbott-Handerson-Thayer-The-Sisters-et-seeley-george

Les paroles persistaient et mes yeux, certainement moins
dans le vague, s’étaient repositionnés dans les siens, semblables
aux oiseaux qui vont, pour une raison que j’ignore
se poser sur un fil électrique au-dessus de ma tête
puis observent, gazouillent, manifestent leur présence
avant que le désir de se mouvoir n’émerge à nouveau.
Ils sont pressés de retourner librement dans le ciel.
Décontraction du château intérieur, fluctuations sereines et solides
des joies du dedans, lesquelles, s’exilant du royaume
laissaient échapper un rire innocent et sincère
attiré à soi comme un enfant qu’on extrait de son instinct de fuite.
Ceci ne m’importait guère
étant son visage caché, le langage secret que seul j’honorais
par lequel je m’évadais, avec l’espoir qu’elle me suive
et se détache d’elle-même.