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Je passe rue Regrattier…

Je passe rue Regrattier, je longe la rue Saint-Louis en l’île
Je songe à Baudelaire, qui errait souvent par ici
J’écoute les résonances des voitures, et le calme…
Les talons de quelques passants

Je me dis que donnerait-il
Pour longer une nouvelle fois, rien qu’une
Cette rue de Paris, sentir le vent frais passer sur son visage
L’odeur des vieilles pierres, regarder le courant de la Seine
Par-dessus le parapet
Regarder les gouttières et la lune au-dessus du toit
Voir, à travers les fenêtres, la lumière et la vie
La chaleur du foyer dans les appartements
Que donnerait-il pour être à ma place à ce moment-là…

Alors je me dis qu’elle chance j’ai d’être en vie
Et le vent qui était froid quelques minutes auparavant
Prend un nouveau sens

Recensement des plaisirs

Tes enfantillages, ta mine irrésolue
Tes pensées succinctes, ta marche parallèle à la mienne
Ton goût pour les pianos détraqués, ta façon de souffler sur les bougies
De fermer le dernier bouton de ton manteau, ton froncement de sourcils sous la pluie
Ta crainte de ne pas être à l’heure, ta manière d’allumer la lampe de chevet
Quand tu franchis le seuil, quand tu feuillettes le livre, ta façon d’augmenter le volume
Quand la chanson te plaît, d’étendre les jambes quand ce n’est pas toi qui conduit
De remuer l’air avec tes paroles dénuées, de faire couler les dernières
Gouttes du soleil dans ton éclat de rire et dans les danses indigènes, ta gène
Lorsque tu te sens admirée, ton désir secret de faire reculer le temps à son insu
De couper l’herbe sous le pied à ma mélancolie, cette manie de s’égarer
Dans les choses imparfaites, de croquer dans ces pommes mal épluchées, ton air
Dégoûté par l’odeur du whisky, des cendriers surannés, ta manière de scruter l’assurance
Qu’ont les mouches qui se posent sur un corps défendu pour la première fois, de fermer les yeux comme si
Le déluge était sur le point de changer nos vies, de taper le code secret
De ta carte bancaire, de choisir une minute entre toutes
Et de me l’offrir, de scruter les bruits bizarres au milieu de la nuit, de dire
Qu’un fantôme passe quand la lampe faiblit, quand tu fais mine d’ignorer
Qu’à ton insu je recense tous tes trésors, ta façon
De faire danser ma vie sans trop le savoir

Hommage à tout ce qui sort de l’ordinaire

hommage à tout ce qui sort de l’ordinaire

Les traviolesques, les parapluies déployés de travers
Les habits noirs en un deuil perpétuel
Les ridicules et les amoindris, sourds aux hypnotismes divers
Étrangers à la houle du monde, passagers insoumis
Clandestins dans les soutes du paquebot de la vie, visiteurs des jardins pittoresques
Penseurs du dôme étoilé, à la plante des pieds brûlées de poésie chrysanthème
J’aime ses âmes nues qui se perdent en sillons de lierre sur le mur de l’hôpital

Le temps (Rue des Barrés)

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Quand on cherche un jeton dans la poche trouée,
Pour un tour de manège, un tour de voiturettes,
Quand on cherche à la fête un reste à déterrer
Pour donner à l’espoir à manger quelques miettes.

Quand on va sous la pluie se sentant nulle part,
On se dit c’est la vie qui pousse dans la houle
Tous ces gens occupés, tous ces hommes hagards,
Et mon coeur ce navire amarré à la foule.

La présence de toi fait mine d’apparaître,
Ce n’est qu’une passante une femme entre toutes.
Je m’endors en crevant le front à la fenêtre.
Regarder tous ces gens qui vont tracer leurs routes.

La minute adorable a sombré sous les heures,
Le temps passe et ne garde au fond, plus rien de nous,
Il nous prend dépourvus, nous assiège de leurres
Pendant que par derrière il prépare un grand coup.

J’ai devant moi ces jours qui ne me disent rien,
Je n’ai plus qu’un grand vide à couvrir de sommeils
Et le temps que j’oublie, ton souvenir revient.
Je cuis au désespoir, comme d’autres au Soleil.

Le temple de la nuit

Le temple de la nuit

J’ai vu des horizons noirs sans fin
J’ai vu la folie, et l’incandescence
Et la parois charbonnées du rêve en embûche
J’ai côtoyé l’impossible évanescence
Les débris illusoires

Miss Isabella Bateman, par Julia Margaret Cameron, 1815–1879

Après l’ombre

Nous avons connu les ombres.
Nous avons tenté de rompre un lien qui, pourtant, était inaltérable.
Et plus nous avons essayé de le déchirer, plus une voix intérieure
Nous répondait, la voix teintée de douleurs :  » Non, c’est elle, c’est lui, c’est personne d’autre.
Il ne peut pas en être autrement « .
Nous avons tout fait pour étouffer cette voix.
La reléguant au domaine des illusions, des mirages, des choses à oublier.
Nous avons connu les doutes, les tourmentes.
Les incompréhensions, les vides. Nous avons failli perdre la raison.
Nous sommes allé voir ailleurs aussi. Chercher dans un autre coeur.
Mais le secret subsistait.
Le temps toujours, nous ramène l’un vers l’autre.
Peut-être ne sommes nous pas prêts. Peut-être que demain, nous le serons.
Peut-être aussi, le sommes nous déjà à notre insu.
Le temps a ses raisons que nous ignorons.
Nous avons connu les pires des fatalités. Les absences. Et la confiance abîmée.
Reflet et masque du manque de confiance en nous-même.
Cette confiance est là, pourtant, totale, en l’autre. Derrière les apparences
Qui nous ensorcellent.
Nous avons voulu, mystérieusement, casser ce qui comptait le plus à nos yeux.
Nous avons refoulé.
Notre rayon de lumière, notre espoir.
Et ce vrai désir à-côté duquel tous les autres désirs paraissent stériles.
Nous avons crû qu’en enterrant la douleur, celle-ci n’existerait plus.
Nous avons tenté de vivre les ailes déchirées.
Loin de nous-même.

Jusqu’à ce que le chagrin, sur nous, pose son voile de nuit.
Pourtant je crois au jour qui se lève. Je crois en cette nouvelle lueur
Qui apparaît sur l’horizon.
Cet horizon préalablement lavé par les ténèbres.
Je sais que la vie est devant moi. Qu’elle est aussi ici, maintenant.
Je sais qu’une étrange fée, cachée, se tient prête à inoculer le bonheur dans notre sang.
Je sais qu’en moi, d’anciens tremblements se soulèvent à nouveau.
Après les tempêtes, les silences interminables,
Après les tourmentes, les refus, les désastres.
Il est toujours là. Ce secret.
Cette flamme sacrée, au fond de nous, discrète mais infiniment présente
Et qui nous maintient liés pour toujours.

Équinoxes

abstraction

Libre sur les plaques de verre
Libre dans les cages versatiles
Libre dans le phosphore des rues incandescentes
Dans les injustices les décadences
Dans les marches grises de tous les marchands incolores
Libre sur les tables désertées des moiteurs suprêmes
Libre dans le sens caché de nos incandescences
Libre dans la crainte nue des réservoirs livides
Libre pendant les entractes souveraines
Et les luxures disjointes
Libre dans le cycle répété des grâces incertaines
Et sous l’emprise des horizons factices
Libre dans la douleur dans le cloaque
Dans les visions vespérales
Libre dans les sillons d’éternité
Libre dans la mendicité immatérielle
Et dans les voix crépusculaires
Libre dans la pérennité dans le sang des sirènes
Libre dans les machines scintillantes sur les parois fertiles
Dans les commotions sous les drapeaux noirs
Libre dans les lignes désaxées qu’une muse chagrine ensorcelle
Dans les plénitudes et les enchantements
Libre dans l’enfance qu’une main torpille
Libre dans la nuée des émotions fécondes
Et dans l’éparpillement des désastres
Libre pour mille ans

Solstices

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Là-bas, aux antipodes, comme des fourreaux qui claquent
L’ongle va jaillir, scintillant sous l’astre qui presse l’horizon
D’un ventre que la paume accoste, aux mains panoplies
Déployées en pare-soleils, tressant de l’ombre
Aux endroits des non-dits, grandes mains qui essaiment
Des grappes de fruits mûrs oraisons colportées
Par un marchand de sable
Ta main qui tournoie en roue libre, au-dessus de mon abîme
À la recherche de l’or de toutes les rivières amoncelées
Où le peuple d’indigènes frappent en cadence le sol
Avec des bâtons de bois noir ô frappes lugubres
Chamans fixant le zénith pour d’innommables stupeurs
Trésors qu’on cache comme des espérances
Aux bouts des phalanges, perles nacrées dans leur écrin
Grands totems qui indiquent la voie de la libération des esclaves tes doigts mes dix refuges
Rêve abandonné dans le ressac, et qui sculpte l’os vitrail
Comme on sculpterait le rocher qui cisaille l’océan ô brume chagrinée
Paysage désert aux rivages ensorcelants, voûte où se penchent les supplices
Comme les étoiles qui hantent les archipels et qui se pâment devant
Mes yeux verres de bohème ô illustre cadence, scintillements
Prières infantiles, ta main cette cage rétractile
Qui contiendrait tous mes désastres et qui me ramèneraient
À la pointe de mon abîme, au bout de mon horizon bleu

Où je m’égare comme une lettre sans destinataire
Accomplir ma révolution maudite
Un cri en éclaireur perce dans l’ombre
Ses éminences vertes, ses réseaux noirs
En bande-passantes de la foule qui embrase
Un bout de chiffon phosphorescent obtenu par synthèse
Par les savants fous qui ont inventé ton absence physique
Ô membranes de la nuit résiliences
Où s’engorgent mes mélodies natives, un noir ensoleillement
J’ai mis dans mon colis un collier de rubis, témoin de mon amour préservé
Miroir teinté de rouge et qui nous fait voir le monde à travers
Le prisme de mon coeur ô frénésie mon idole
Qui va traverser les mers
Comptoirs où se déversent, par litres entassés une jungle
De non-dits

C’est moi naufrageur qui tombe en avarie sur ta comète
Mon airbus dissipé dans ses nuages, armé de son voyage sans origines
Sacrifié dans l’azur où trônent des anges assis, la main sur les éclairs
L’aviateur qui est allé trop haut, Icare obsolète du temps présent
Voilà ce que je suis ce que j’étais, ivre sans alcool
Ivresse du temps perdu du temps confus, soleil décalotté
Prisonnier de son paradis entrouvert papillon aux ailes écartelées
Aux bras tendus comme des paupières au-dessus des scènes marines
Ô perdition des eaux douces et noires, passion destinée qui tangue
Tes cheveux qui se déroulent sont seuls capables de plier la mer
Comme on froisse une lettre amoureuse au-dessus des buildings
Inondés du sang orange des soleils, terre-plein où s’agitent les nues
Fantômes égarés dans les ruelles et qui caressent en vain
Le mur effrité des temples ordinaires, vitrine d’améthystes
Où se vendent nos illusions et nos espoirs d’éternités
Nos lettres épanchées errantes sur les fleuves salubres
Clandestine en proie aux courants d’airs à toutes les nuances
Forme flétrie où je dois moi-même me replier
Coulissant dans ton sablier comme sur un cadran solaire
Ô soumission aux aurores boréales, résonances
Des glaciers qui se brisent et que hurle le vent
À travers toutes les plaines à travers tous les précipices
Ô proéminences des couronnes disloquées, témoins
De nos anciens paradis, de nos rêves brisés
Fondus sur le bitume

Étrangère à mon rêve

Étrangère à mon rêve, clandestine
Capricieuse et cruelle, divinité de sel
Aux reflets auréolés des ors factices
Douloureuse et lascive, ignorante
Indécise et pleurante, sans écho
Dans les couloirs de mes propres nues
Mon esclave ma perdition le trésor muet qui me ronge
Mon miroir qui ne me réfléchit plus, mon souvenir
Que je tente de ranimer vieil incendie vieux crépuscule
Ancien rêve des dieux endormis, les paumes de tes mains
Qui recèlent les trésors dont je rêve, sommeil sans rêves
Beauté fertile, étincelle dérisoire, mon obstacle, mon travail
Ce qui sans cesse va mourir tout en renaissant
Ma gêne, mon mépris ma peur, mon paradis

Obsolescence

Je voudrais retrouver mon trésor d’illusions ;
Et, comme une évasion ;
Retourner aux débuts, aux premières lueurs
D’une nuit sans douleurs.
Recueillir mon bonheur dans un coin de tes yeux ;
Comme un enfant radieux
Qui pleure ou qui sourit, qui jamais ne s’ennuie
Et joue avec la vie.
Juste à-côté du monde, à-côté des vacarmes,
La musique sans larmes
Chantonne pour nous deux le lointain souvenir
D’un amour sans soupirs.
Un parfum méconnu dans les airs agissant,
Un soleil s’immisçant,
Porte ses longs rayons entre les poussières
Jusqu’à tes paupières.
Un bonheur oublié nous fait signe, éveillé,
De nous émerveiller ;
Et je viens endormir mes tristesses plaintives
Dans tes mains attentives.
Des petits monstres, dans la nuée de bonheurs,
S’épanchent sur ton coeur
Ils viennent tour à tour, dans les plus beaux écrins,
Guérir tous tes chagrins.
Dans ton regard je vois la tristesse lascive,
Ton âme primitive ;
De tes yeux mouillés tombe une noire pluie fine,
C’est une encre de chine.
Parsemant sur ta peau d’étranges grains de sables,
Ni pareils ni semblables,
Mais chacun différents. Des soleils sur les toiles
Multiplient les étoiles.
Comme un tigre dompté notre désir farouche,
Rassasié se recouche ;
Au fond du ciel le soir peu à peu disparaît,
Fuyant comme un secret.
Quand la nuit s’évapore et que le jour se lève,
Je garde bien mon rêve ;
Et je place mon coeur dans un vase de pleurs,
À-côté de mes fleurs.

Avec cet incendie qui ne dit pas son nom

J’aurais pu répondre au téléphone
J’aurais pu chercher la jouissance
J’aurais pu, aussi, comme les autres
Mettre mes plus beaux joyaux
Montrer mes plus beaux atours
Mais non ce soir
Comme les autres soirs
Je ne suis pas pressé de mourir
J’ai seulement envie d’être moi-même
Avec toi
En pleine nuit
Avec cet incendie qui ne dit pas son nom

 

Tu auras mon amour
Qui est comme aucun autre
Il parcourt le monde
Il ne dure pas qu’une seule seconde
il s’adapte aux gestuelles
Aux mouvements divers et variés
Il va plus loin que le silence qu’il habite
Il peut être féerie comme il peut
Devenir enfer sublimé
Mon amour te renversera
Il est comme aucun autre

 

J’aurais pu aussi écrire un chef d’oeuvre
Trouver les tournures parfaites
Je sais, j’en ai la capacité je crois
Mais je n’en ai pas l’envie
Pas ce soir
Je garde l’apothéose pour plus tard

Mon or est tout simple
Il ne cherche pas à faire ses preuves

 

 

J’ai voulu écrire mille mots
Des féeries par milliers sur le point de venir au monde
Mais je suis accablé et malhabile, inondé
D’un million d’émotions contradictoires
De doutes et de ressacs
Mes mots maladroits
Écrasés sous leur propre poids
Je me suis retrouvé seul face au néant
Mais j’ai compté sur lui sur le silence
J’ai voulu qu’il exprime à ma place
Ce que moi-même je ne sais taire
Ni exprimer

 

Dans tous le fatras
Je n’ai pas trouvé ma vérité
Je n’ai trouvé qu’une émotion fragile
Enjolivée d’arabesques et d’autres futilités
De jolis mots qui n’étaient pas ce que j’étais
Alors
J’ai rendu les armes
Au lieu du poème magnifique que j’espérais
Je n’ai trouvé qu’une plage inerte
Sur laquelle je me suis étendu
Regardant la voûte étoilée

Je me poste et je rêve

Je sens l’ennui qui m’environne
Tournoyer comme un esprit malsain
Autour de moi
Une chanson mélancolique
Vient frissonner dans mes rideaux

Je me poste et je rêve
Au-dedans de ma nuit
J’aurais voulu t’écrire un beau poème
Mais ce soir
Je n’ai pas de mots

Poème de la Nuit

Entends-tu toi aussi cette nuit qui s’installe ?
Un fantôme d’ébène obscurcit la ruelle,
Pose un voile sur nous, dans le ciel une étoile
Et sur toute autre chose une noirceur cruelle.

Et la nuit s’avançant, à pas longs, ordonnés,
Vient me dicter ma route et la voie très discrète
Qu’empruntent les errants, les pauvres oubliés.
Je poursuis en esprit cette route secrète.

L’image mouvante…

L’image mouvante…des petits feux dérisoires à 25 images par seconde.
Voilà où me draine la foule de mes pensées de mes espoirs qui me consument.
Des séquences qui se suivent… je m’imagine ça une grande salle noire avec de l’émotion palpable
Et des fourmis dans les tous les membres.
J’ai peut-être frôlé l’étendue magique.
Jamais l’autre n’aura touché l’illusion des choses comme je souhaiterais le faire…
Voilà où les chemins me mènent…illusion parfaite, des séquences qui se suivent.
Voilà où tous les chemins de ma vie se croisent, l’axe central, une caméra à la main, une histoire…

Recrudescences

man-ray-monochromie

J’irai parsemer de couleurs ces murs repeints en noir
Je franchirai les parois, je creuserai un tunnel
Le soir où la nuit se tut un instant laissant passer un peu de lumière
J’inventerai la chimie je serai ce signe qui passe au-dessus des toits, comète scintillante
J’irai donner vie à ce qui dort à ton insu
Je serai comme au premier jour avec les soupirs, les ennuis et les envolées chimériques
Ce soir et tous les autres soirs
Et si les pensées devenaient poussières dis-toi qu’un jour elles redeviendront fécondes