Commentaires récents

Sélectionner une page

Panoplies

Je finissais ma liqueur et le nuage passa
Il était maquillé, dans ses habits du dimanche
Tout était si parfait ses dents étaient de porcelaine
Pas une seule poussière sur son chapeau
Pas un bout de peau sur ses épaules
Le pantalon semblait avoir été repassé une journée entière
Jusqu’à perdre sa flexibilité
Ce pantalon, raide et contracté , suivait péniblement la vigueur de sa démarche
Il allait sans aucun doute bientôt atteindre son rêve
Sans doute sentait-il déjà au bout de ses doigts
Les premiers picotements de l’amour à venir
Je le regardais, il s’approchait de l’entrée d’une boîte
Le videur le sonda de la tête jusqu’aux pieds
Puis il le dévisagea, et grogna
J’entendais mal mais je crois bien
Qu’il lui dit « Fout le camp ! »
En pointant son doigt vers un abîme inconnu
Le côté moche de la rue

Il était pieds nus, détail que je n’avais pas remarqué

Poésie morte imagine

Poésie morte imagine
Aux quatre vents Palpée
Par tous les cons Dressée
Sur un poteau sans élégance
Perdue dans le trou lisse
Dans les incontinences Imagine
Poésie surpeuplée imagine
À la balançoire tarie Dans
L’abscons défleurée Dans
Le lait de la pharmacopée
À l’intérieur de ses gonds
Dans le sang de la nourricière
Poésie morte imagine
Dans le flux du spectacle
Dans la bave du plein monde
Par absence de dentition Par
Absence de lecteurs Ô sève
De ton plastique Ô veines
Bleues de tes paupières poésie
Poésie morte imagine
Sous le feu des roues dentelées Sous
L’émotion des quadrupèdes Sous
Le corsage emplumé de tes lignes
Qui ne sont plus guerrières Ni
Draineuses ni sac de gerces
Embaumé d’odeurs humaines
Détériorés de la flaque
Langage sans fourrure
Poésie morte imagine
Dans l’éclat qui te constipe Dans
La somnolence de l’infra-brume
Trop de vent trop de corps Trop
D’oiseaux bleu-marine
Et de coléoptères
Brisée dans un refrain de ruine
Dans l’ironie de ta mousse Poésie
Regarde-les tous les cocons
Qui moisissent sans avoir vu de la lumière
Ces voyages dénués de dangers Ces
Êtres qui tremblent d’exister
Poésie morte imagine
Dans tes bras dans ta chair Dans
Le manège des choses Le cercle
Polaire a circoncis tes pôles
Ton diaphragme électrique qui ensorcela
N’est plus Comment poésie
Poésie morte imagine
Dans les yeux de nos insectes Dans
Le pli de la contrariété Par
Énucléation des voyageurs Par
Dérèglement des signes d’onde Tes
Explorateurs ont touché terre Ils sont
Morts-nés dans le sable des plages Tes
Chants des bafouillages étriqués
Poésie morte imagine
Ta planète sans pesanteur Tes
Mains sans courants Tes
Habitants exilés Dans
La niche douillette Où dors-tu
Quelque part dans le sang de tes miettes
Quelque part dans le bruit dans le temps

Échappement

Quand il ne restera plus rien
Tu reviendras dans l’eau de pluie je le sais bien
Tu reviendras être vivante
Te mêler à mes fantômes
Éclairer la ville intérieure
Tu prolongeras la veillée
Tu retourneras à la rive
Et moi je serai le dos sur les cailloux
À manipuler l’ivresse malléable
Quand il ne restera plus rien
Il restera toi
Je le sais bien

 

Esthétique de la meute

Tu as traqué le lion sur la banquise
Le son du monde dans une chambre close
Et l’amour au fond de ton coeur animal
Tu as deviné la folie à l’extrémité de la lucidité
Le soleil dans la nuit profonde
Le confort dans les regains de tristesse
Les messages laissés par les constellations
Tu as cherché la solution dans le mystère
L’avenir dans les paradis perdus
Tu as rêvé de sauts à l’élastique
De voyages immobiles en montgolfière
Et de déserts dans les cales d’un cargo
Tu as rêvé de hautes cités en antartique
Le feu chez les inuits
La fréquence sonore chez les sirènes
Tu as chassé le vent dans les nations sous-marines
La richesse chez les déshérités
La poésie dans la meute
La raison chez les indigènes
L’amitié dans un empire individualiste
Le sommeil dans la fête
Tu as chassé l’ignorance dans les grands esprits
L’incandescence dans l’oeil d’un rapace nocturne
La liberté dans une cage
La musique des territoires
La lumière des astres morts
Le parfum des interstices
Tu as cherché l’inconnu dans le familier
Le connu dans les royaumes satellites
Tu as réclamé ta part d’enfer au paradis
La mémoire des oubliés
Et l’utilité des choses dérisoires
La renaissance dans la défaite des choses
La beauté dans la dégénérescence
L’isolement dans la foule
Tu as cherché l’autre bout du monde dans un coin de ton foyer
Les grands espaces dans les mers intérieures
Tes terres d’origine dans le sein de l’exil
Et ton futur quelque part dans une enfance envisagée
Pour atterrir en fin de compte
Au milieu de toi

Je suis devenu léger

Je suis devenu léger
Flottant, sensible, évaporé
Je fabrique des souvenirs
Les emporte avec moi dans mes poches.

Me prend l’envie de fouiller alors dans ces poches
J’y trouve des tas de vieux papiers froissés, à l’encre noyée,
mes clefs, quelques feuilles tombées avec l’automne
emportées hier. De la neige.

Puis j’y trouve aussi une figurine, c’est une fille esquimau en cire.
On y lit sur son visage un beau sourire
dessiné à la main. Je prends la figurine alors, et la mets dans mon coeur.
Une suite de causes et de peines perdues
un alignement perpétuel de plaisirs et de décadences
le tout tressé par les voix qui nous sont chères
par les odeurs des peaux, de la sueur, des rues, de la terre, de la nuit. Voici mon amour.

 

Fées et opium

LE RÊVEUR

 

Je vois ces bandes bleues où tremble mon égo,
Les transparents alcools aux reflets inégaux.
Tout mon chagrin noyé dans le verbe fumé,
Tout mon empressement dans ces vers surannés.

J’ai tôt pris le parti des illusions lointaines,
Changé mes ambitions en ardeurs souterraines.
Je déplace plus loin mon esprit engourdi
Et ma drogue est douce et mon rêve paradis.

Je n’ai pas de métier, j’avance et me promène ;
J’embrasse l’errance et je le chant de la sirène.
Je compte les poissons dans mon aquarium
Et le nombre de fées dans mon rêve d’opium.

Le temps parfois s’oublie

Le temps parfois s’oublie
Le temps d’une minute
Pendant que la pluie dense
Déverse sur les toits
Les toits ensevelis
Des pensées de soleil
Tout ton corps abrité
Sous la peau d’une mue
Attend desesperé
Un bonheur minuté
Dans le coin d’une rue
Dans la fibre de l’arbre
Sur la table de nuit
Dans les terres sauvages
Le temps s’oublie parfois
Penché sur la musique
Sur l’odeur d’une peau
Dans la pensée de l’autre
Les oiseaux et les gens
Chassent des joies de vivre
Comme on chasse l’étoile
Aux reflets magnétiques
Même les années vaines
Ont leurs propres alcools
Minutes oubliées
Aux comptoirs des nuées
Survivre comme il pleut
À l’ombre des averses
Les doigts que nous touchons
Les yeux où nous baignons
Un feu se diluant
Dans un vase d’eau claire
Entraîné par les bruits
Le temps s’oublie le temps
De ton rire fertile
Une octave imprévue
Dans un jour ordinaire
Rester là guetter l’heure

La destinée

Lorsque j’étais un enfant je pensais comme un enfant
Marchais comme un enfant
Jouais comme un enfant
Parlais comme un enfant
Désormais me voici
Raisonné
Empoisonné
Vain
Caduque
Boiteux
Écrasé
Semblable
Cassé
Comme un homme

Victoire

Je ne suis pas écrivain ni philosophe
Ni danseur de claquettes, ni fabriquant de guimauves
Je ne suis pas prêtre ni animal de foire
Pas plus, astronome, architecte, clairvoyant
Vendeur de marrons grillés à la sauvette
Je ne suis pas non plus caissier, éleveur de champignons
Ni propriétaire ni faiseur d’amuse-gueules
Souffleur de verre, souffleur de théâtre
Pas plus, promeneur du dimanche, amuseur publique
Grand marin ou dessinateur de châteaux d’eau
Je suis un anonyme comme il en existe tant d’autres
Accoudé à ma table de nuit
Suspendu aux rêves des grands ducs
Aux tracés des mappemondes

Au lecteur

Je te fais don de tout ce qui me sépare du paradis et me nuit
Et me déshérite sans cesse de cadeaux invisibles
Ce qui me désespère et s’accumule, autant de minutes où je ne suis pas ivre
Où je ne suis qu’un fantôme supplémentaire parmi tous les autres fantômes
Qui peuplent ma nuit la rendent inféconde et craintive
Je te lègue un nuage en marge de ton livre ce champ sans clôtures
Le ciel pour le clore et le soleil pour l’éclore
Je laisse dans tes mains ce fil d’ariane pour le labyrinthe sans issue de mon for intérieur
Le sable pour y jouer l’eau pour y dormir, le lit pour y rester longtemps
Les forêts denses pour s’y cacher
Je te fais don de mes heures perdues, de tous mes oiseaux captifs
Et de mon âge d’or
Mes jours comme autant de battements de coeur entre lesquels la nuit
Je divague guidé par les phares, les étoiles et tes yeux
Qui me regardent faire

À la faveur du désordre

Tu cherchais l’existence dans les trous de souris
Parmi les détritus au hasard des nuits sans nom
Tu la cherchais dans les courant d’air ou dans la main des voleurs
Quelque part dans un des quatre coins du monde
Dans les bruits qui te rendent sourd ou dans les anneaux de saturne
Au fond des flaques ou dans la voie lactée
Courir après la nuit comme d’autres après le soleil
Dans la douceur au hasard avec les mouches
Tu tournais autour dans le noir avec les autres
Tes compagnons tes frères de perdition
Tu la cherchais sous les étoiles
Tu la cherchais au fond du trou
Tu avais entendu parlé d’elle le vent avait porté de ses nouvelles
Dans les spectacles grandioses et dans les grandes roues
Vivre exister avec les insectes
Tu cherchais l’existence dans un peu de cendre
Tatouée sur la peau d’un indigène au sang bleu
Tu parcourais la terre assis-là
Pour chercher ce lieu que tu avais quitté
Tu ne sais plus quand
Tu ne sais plus quelle latitude tu habites
Tu ne sais plus quelle mémoire tu abrites
Consommer par tous les pores
Nager dans le sang du monde
Les sangles aux poignets les colliers aux cous
Avancer entre deux lignes de fuite
Se pencher au chevet des marins perdus
Comme si tu rendais hommage aux sirènes
Mortes faute de rêveurs
Harmonie, harmonie du monde
Tu ne sais plus quelle machine inventer pour habiller ton destin
Tu cherchais l’existence dans les yeux troubles
Dans les dessins sur les murs
Dans le néant de tes poches
Dans la foule, là où tu n’es plus seul
Là où tu crois qu’on te regarde
Prends tes jambes à ton cou
Vas t-en
Tu la cherchais sous quelques satellites
Dans le désordre de ta rue
Tu écrivais ton nom sur tous les totems
Sur les feuilles de papiers brûlés
Tu la cherchais là posée sur ta tête, glissée sur la page d’un livre
Entre deux mots
Avec la frousse
Prends là pour te diriger
Pour te consoler
Elle qui coule sur le trottoir, fondue
Tordue de négligences
Temps de chien
Sois sûr de rentrer à la maison après la chute
Regarde tu ne sais plus rire
Mais tu sais faire le clown
Tu cherchais l’existence dans les écrans, dans les amours de plastique
Dans les fêtes d’anniversaire dans le nid des oiseaux
Dans l’anatomie des veilleuses électroniques
Regarde comme les fêtes sont vides
Comme les nuits sont assourdissantes
Aux marchés des dupes
Aux passages des heures
Perdu, à force de demander ta route
Amnésique à force de te souvenir
Tu ne chercheras pas plus loin
Et tu t’arrêtes là, épuisé
Elle était là

Still Life

Mon chien tu n’as pas sommeil
De toutes ces lourdeurs
En-route vers le brouillard, le marché aux confettis
Pour le plaisir
Viens chez moi il y pleut des enluminures
Ma maison est pleine à craquer de ribambelles
Oh comme c’est joli le noir, les pieds au sec
Toujours la même métrique pour le grand orchestre
Sous la voûte de l’opéra mousse
Ö désordre mon porte drapeau
Petites vies, pas le temps de germer que le soleil fout le camp
Pas le temps de boire c’est déjà le fond du verre
Je me souviens, c’était vivant
Du nerf
Comme les nuits sont lourdes

Aller vivre là-bas avec les taupes à six rêves sous la terre
Aride qu’elle était la saison des féeries
Trop salée qu’elle était, la colombe
Escapade à plusieurs sous un ciel d’orages
De la foudre dans les poches
Tant de voix si peu de paroles
Tant de voies si peu de voyages
Ma poussière
Continue ta route
Chien fidèle

Regarde si on t’oublie

Regarde si on t’oublie
Prends un papier, plie-le en quatre
En huit, comme tu veux
Après y avoir inscrit
Ton nom en doré, après y avoir mêlé
De la limaille de fer
Deux ou trois babioles sans valeur
Des restes de toi
Et de confiture
Prends garde si on t’oublie
Mets le tout dans une bouteille en verre
Et jette leur à la gueule

Ne le nie pas si tu es réveillé

Mais l’amour est un ciel bleu et vert, univers repensé
La féerique traversée du miroir, de la moite minute
Féconde intransigeance des instants ensorcelés
Ce sont les insectes mouillés dressant leur parapluie
S’asseoir à l’écart dans un coin reculé du paradis
S’échapper de ce monde pour entrer dans un autre non moins réel
Immatérielle exploration
Le sous-marin de la voie-lactée
C’est aller demander de ses nouvelles à l’existence
Retoucher les coutures de la manche
S’habiller pour un dimanche ensoleillé
C’est l’étoile sucrée collée à la langue
Repartir pour un tour
Le propice hasard, l’hypnose des candélabres
C’est le chef d’orchestre qui reprend du service
Le journal intime sublime trouvé sur le trottoir
Le hasard qui est tombé juste
Sur la couleur idéale des retombées de soleils
Et l’élévation des traversées
Le froid qui n’est plus, le rêve ce film coloré
Perdu aux confins des îles sans densité
Parmi tous les jouets inusités
La pleine lune affranchie du cadran solaire
L’attirail au placard, la vitrine aux décombres
La guirlande de l’opéra dans la remise
Et le corps mis à découvert
Sur les champs de batailles sans soldats
Déclarer la guerre aux fantômes sans voix
Franchir la frontière des pays interdits
Les royaumes sans rois
Les souffles violents
L’ivresse comme les chats libérée la nuit
Écrits sur la peau à l’encre invisible
Ce sont les gestes tressés dans le marbre d’une mémoire
La fabrication de souvenirs sans dates
Les derniers, les premiers
Faire don de sa nuit à la métempsycose
Le plus beau livre imprimé dans sa démesure
C’est mille ans d’émotions condensées sous un saule pleureur
Dans un poème transporté dans le lit de la vie
L’enfance des choses à pleines mains
Par-dessus tous les ciels bouleversés
La voix des sirènes matérielles qui s’est tue
C’est le primitif échappatoire
L’extinction des feux artificiels
Vertiges si profonds qu’on y reste fixé
C’est l’heure affranchie de ses abîmes centrifuges
Le jour comme un million de rêves concentrés
De papillons fertiles, d’étés multipliés
L’ennui qui relâche son empire
Et le rend au soleil
L’insoumise pensée, la liberté retrouvée
Délestée, qui voyage aux quatre coins du monde
Planter le drapeau de l’existence digne de ce nom à tous ses sommets
Et recouvrir d’un mot mille ans d’incertitudes
C’est courir les pieds nus sur un sol familier
Dans la cendre de nos futurs
Enfin recomposés

Laboratoire

Tu es une dans la gouttière où feuille précipitée mariée pleut
Sur la transvasée couleur
Passée sans lier tu es une sur le ventre du chat lune distillée
Devant le miroir tu es une avec le losange dans les doigts
Au substrat métallique de la paupière fertile, bec de papier
Moussons diurnes, mélancolies abrasives sur la penchée côte
Habile énucléation de la bille au voile cendré
Cil au bocal de bacilles, sous le toi mitoyen
Tu es une précitée où parer le vent de la banquise
Sur la peau le timbre sa salive où le collier poème
Tu es une où le front abîme le promontoire
Bleu comme insecte sur la pomme, acide tapage
Poudre de fer sur l’oisillon où la langue claironne
Tu es une dans ton amalgame contrarié, finitions blanches
Avec les molosses aux dents d’or où ton réduit espace le visage
Tu es une où tu colories