Pardon

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Elle-même, belle, cheveux mi-longs, verse vers tout ce qui doit mourir, à la façon d’un rire inapproprié, lancé pour plaire et inspirer le désir, propage autour d’elle, sous la forme d’ondes mystérieuses, que personne ne rattrape, mis à part moi peut-être, un épanchement de vie instantanée, laquelle me donne envie de profiter au mieux des heures à suivre de mon existence, en sa compagnie. Il m’est venu à l’esprit parfois cette idée selon laquelle les êtres les plus immatériellement riches possèdent quelque que chose de la tristesse de la mort à l’intérieur du regard, si bien que, tandis qu’ils se tournent vers moi, ses yeux dégagent un je ne sais quoi qui me fait songer à la magnitude de la mort et de l’amour, je ne saurais pas vraiment dire si c’est elle que j’aime, ou bien la grâce vivante qu’elle diffuse et qui ne l’appartient pas, bris d’échos, promesse d’un voyage interstellaire, guerre immobile d’un millier de rayons qui vont tous ensemble aboutir à l’obscurité, la mélancolie, dénuée de rage, fructueuse, disséminée dans une secrète soif d’existence, dans un désir inassouvi de protéger tout ce qui reste de la vie et qui peut encore éclore, demain, ou maintenant, maintenant. Les êtres sont si nombreux et les évènements si rapides qu’il devient difficile de se connaître, les rêves, nombreux aussi, sont gardés en soi de peur qu’ils ne se déploient pour rien, qu’ils aillent se perdre dans le pire, c’est l’absence de réverbération, c’est l’innocuité, le pire. Les rêves ralentissent le monde et le changent en eau, si bien que nous sommes secs et que nous allons très vite, quand je regarde une étoile, c’est le souvenir de cette étoile que je regarde, de fait, je ne regarde pas, je ne fais que chercher, chercher quoi au juste, rien, une éclosion vaporeuse, une motte de terre meuble au fin fond d’un souvenir, un visage sans main pour le soutenir, je cherche quoi, la clef dans l’armoire, l’œil dans le bois, elle-même, elle, là. Nous pourrions être deux vivants, au sein d’une assemblée de morts, les deux seuls, les deux seuls, ailleurs, deux âmes rapides, échappées entre deux paroles inaptes, pourquoi fallait-il parler, en fin de compte, sinon pour ne pas se sentir mal à l’aise, ne pas infliger la distance à nos interlocuteurs chimériques, discuter, pour se lester de la douleur, quand bien même le silence serait plus expressif et généreux, moins insoutenable. Le soleil noyé dans sa lumière, très rouge, soleil dont rêvent les morts, eux, ici présents, ils ne le remarquent même plus, à l’insu des aveugles, nous lui rendons un hommage émerveillé, lorsque les coraux, sous le signal des astres, organisent un lâcher d’étoiles fertiles au fond des océans, l’intuition de deux cœurs qui se parlent, qui portent, ce million de silences qui se refusent à la mort, et




29.08.13


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