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Je cherche à retrouver mon écriture, du moins une écriture, désespérément je fouille, creuse dans les sillons, dans les caves, dans les angles du ciel, des plus clairs aux plus noirs, mais elle se fait plus capricieuse, fuyante et insaisissable que jamais. Tant est si bien que je me demande si elle n’a jamais existé. Je ne fais que, du fond de la lubie désespérée, de cet ensorcellement, l’assassiner sans cesse, la détruire, jusque dans ses derniers replis, jusque dans les dernières futaies où elle se cache, comme je me détruirais moi-même à travers elle, à la poursuite du miraculeux jaillissement qui suit le saccage et qui ne veut ni ne peut plus avoir lieu. Je me suis si souvent sabordé, misant tout sur l’improbable miracle d’une résurrection, je me retrouve avec une langue et une pensée pauvre d’éclopé, battant de l’aile, confuse, irrégulière, dans laquelle mon narcissisme et mon intolérance grandissent à mesure que s’affaiblit ma fertilité créatrice. Et les mots se désordonnent. Dans cette quête absurde je me trouble et conçois des écrits absolument dénués, pour me prouver à moi-même que l’écriture est bien morte, que ses derniers bataillons de soldats sont bien éteints, tout comme je le mérite, tout comme l’époque et l’univers entier le méritent. Parce que j’ai perdu ce qui comptait pour moi. Dès lors, je regarde mes écrits et m’aperçois non sans stupeur qu’il ne s’agit que d’un long et contradictoire processus de déconstruction, de délabrement, de rétrécissement, d’étouffement des élans primordiaux. Ces élans auxquels, pourtant, dans une horrible et morbide dualité, je n’ai jamais cessé d’appartenir, viscéralement. Alors, après tout cela, il restera tout de même, peut-être, une petite flamme quelque part dans la nuit, à la fin, c’est tout ce qu’il reste, à la fin quand on en a fini des saccages, la petite flamme dans la nuit qui ne veut pas mourir.