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Je me suis couché dans l’herbe, la nuit sans rien dire, enfin, dans le but de dire quelque chose, sinon le montrer, à ma manière, discrètement pour être certain de ne pas être entendu, ni vu, ni même deviné, simplement me faire oublier, ici, à cette heure-ci, à aucune autre. Par quelques gestes que d’aucuns ne remarqueront même pas, tant les herbes sont hautes à cet endroit. Tant je sors petit, vraiment petit à petit de tout ceci. Ils auraient beau brailler, je ne m’en reviendrai pas, dans leur foutu manège. On pourrait penser que ma ronde est terminée, mais elle débute à peine, j’en arrive bientôt à la moitié, qui le remarquera, c’est pas comme si nous n’étions pas des millions dans une semblable situation, plus ou moins, si mes calculs sont exacts. Je peux bien m’extirper de leur manège un moment, m’accorder un instant de répit dans les hautes herbes, une stase en compagnie des insectes et des astres, quelques secondes, que dis-je, une fraction de milliseconde, ils n’y verront que du feu, tant l’activité générale bat son plein, tant ils sont occupés. Tant ils sont aveugles et sourds. Mais voilà les fractions de secondes déjà révolues, je n’ai pas eu le temps de poser le bassin, la tête, le tronc comme je le souhaitais, dans une position digne au minimum, je dis bien digne au minimum, sinon viable. Je n’ai pas eu le temps de m’organiser qu’on m’ordonne déjà de me relever, de poursuivre l’occupation assujettie, la petite voix routinière, tonnant comme un réflexe, la petite voix régissante, une bulle, un confetti, rasade interlope, pécule accaparant nos poussières. Je ne l’entends déjà plus, tandis que ma tête s’enfonce délicatement dans la terre meuble, mais Dieu, qu’elle est confortable, infusée de rougeurs, tant et tant que j’en deviendrais moi aussi presque sourd aux bruits du monde, aux cris rageurs, au vent du soir, Dieu que les herbes sont hautes, de plus en plus hautes à mesure que je descends.