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Je t’invoque comme je le peux. Entre deux averses. Entre les
désordres variés. Perclus parmi les simulacres. Les machines
énormes qui régissent nos journées. Dans les écrans tactiles qui
ne servent à rien. Ils ont fait de ma langue. Une langue
étrangère. Ils ont fait de ma terre natale. Un carré de sucre.
Un rouge à lèvres morose. Je t’invoque avec ma gueule écrasée.
Avec les mots qu’ils m’ont laissé. Quelques miettes resquillées
sur la nappe. Après les repas de famille. Après les discours
absurdes. Après Dieu-Le-Père mort-né. Ces mots ils voudraient
dire merci. Tellement que j’en ai la gorge ramassée sur elle-même.
Rendue au silence. Aux comptoirs surélevés. Avant de
naître parait-il. J’ai fait mon lit dans la nappe de pétrole.
Pour monter au ciel. Avec plus de facilités. Avec plus
d’étrangetés. Avec les singes. Pour l’inconnue. Derrière sa
fenêtre. Pour savoir comment c’est. La ville vue d’en haut. Elle
tourne au ralenti. Je t’invoque comme je le peux. Avec toutes les
faiblesses. Les fragments épars récoltés. Ramassés dans les rigoles.
Dans les broussailles de la mémoire. Comme dans un rêve. Comme
une attente. Qui prendrait la forme d’une conquête.