Il revient toujours

Modigliani

Tu as beau être éteint, errant
souffrant, mendiant depuis ce vide
où la vie semble s’être installée
Tu as beau être en proie aux perditions
aux abattements, aux somnolences des jours dénués
Tu possèdes quelque chose qui me retient
et que je ne trouve pas chez les êtres affirmés
bris de firmaments
germes d’éveils et de possibilités
sans nombre

 

Peinture : Modigliani – Portrait

Pluie

fernand-khnopff

Quelques secondes
(Je regarde toujours le ciel de l’intérieur)
Après que la pluie en eut terminé avec moi,
Je tombais froidement devant les étoiles.
Je pleurais plus doucement que la matière.
J’ai marché et les vieux arbres ont rêvé de mes pas.

Froides comme des cordes, les voitures en dessous noirs,
Suintantes, chuchotantes, étaient immobiles dans leur lit.
J’entendais le clapotis des gouttes de ma fièvre
Sur le métal froid des plaques, dans le nœud de mes nervures.
Le bitume respirait les imagos crevées.
En-haut les étoiles, glacées, étaient plus bleues
Et les nuages avançaient plus purs.

Dessin : Fernand Khnopff

Mythologie

Mon œil – fenêtre ouverte sur la foule
sur les continents les espacements
sur les trottoirs sales et les effacements
mon œil ne voit que par intermittences
ne voit plus que par transparences
si bien que le jour je ne sais plus
la nuit je ne me remémore plus
je ne sais plus ce pour quoi j’ai été ni pour qui
j’ai tout laissé disparaître
j’ai tout laissé transparaître
pourtant
à mesure que tout ceci rejoint l’oubli
que tout ceci lentement nous enorgueillit
quand bien même aveugle à-demi
survivant à-demi – quand bien même toujours ébloui
je garde au revers de ma mémoire fervente
de ma mémoire jalouse la forme la teneur
la lente décadence de cet amour enseveli

Il dort

Qu’est-ce que mon cœur sinon
un tintement entre quatre murs
un abri-bus un terrain vague où des inconnues viennent bavarder
j’ai tant ri la nuit que je ne veux plus voir le jour
j’ai tant ri que je ne veux plus te voir pleurer
une maison même habitée de fantômes n’est plus si esseulée
Où est-il, écrasé par les passants
écrasé par l’ordinaire
et toi aussi tu le foules sans savoir où je suis né
les tambours et les miettes
tout ce qui scintille et parle
est marée montante angoisse du verre brisé
le corps qui passait devant mes yeux dort désormais
il dort comme s’il savait

Dynasties (Mythologies)

herbert-matter-woman-with-beads

I
HETEPHÉRÈS

Tu as trop nourri le feu
qui ne veut plus s’éteindre
l’embrasement débute
II
INETKAES

C’est par les mots que j’ai tu que
je t’invoque
toi transparente
toi évanouie, quasar beau et clair
et quasi semblable aux statues enfouies dans le sable
je t’invoque et te crée par l’âme et le rire
et la matière brillante des rives ployées
à coups d’astres s’élevants sur l’eau
par-délà les murs
les thébaïdes les pays sortilèges
l’attirail désordonné des proies
et des anges fertiles légers
un serpent remonte la colonne de tes jours
toi enfantée par le marbre et la roche
densifiée des parois
le calcaire et la ronce m’ignorent
III
ÂNKHESENAMON

et dans cette ignorance qui est
ton écume même je m’infiltre
moi sourd et aveugle
esseulé comme l’âtre
guidé par un entrebâillement vers luisants de la terre
je suis le chemin de tes mouvements
je dessine sur le fronton une vie tout entière
dédiée à la multitude
aux renaissances âpres consistantes
délesté de ces mirages de ces orfèvres vaguants
pliables et vaporeux dans les déserts
libre ainsi que les constellations sans nom
libre de désarmer décrépitudes, dialogues
sourds entre deux pierres
d’enfreindre chaque portion de ces lisières
Ivre de passer la main sur le continent
de ta chair soulevée ivre d’effacements
de perditions d’enchantements
d’acharnements
IV
MÉRESÂNKH

Tu me disais
c’est aux morts qu’il faut aller raconter la vie
et toutes les choses désuètes et pleines
et remplies de vigueur de tendresses automnales
c’est aux enfants qu’il faut parler
de la nuit des prières, de toute vanité
ton rêve est irisé à la brisure
y passent les étoiles le sable blanc des météores
ton rêve échancré comme l’onde où le recueil dormait
un esprit distant secret émane quelques mots
c’est le temps que tes bras rendent plus fertile
les jours vont dans ton sang se multiplier
ils vont dans ton ventre comme les déserts et moi
je parle aux morts entre les pierres
pour leur raconter ce que c’est que d’être et de rester
je te parle à toi qui n’écoute que le vent
lesté peiné de tant d’avalanches désuètes
le ciel a cette teinte que ta bouche désaltère
et j’ai crû voir un semblant de pluie sous tes arcades
regarde comme les hommes détournent les yeux
sitôt que nous leur adressons nos paroles indolores
j’ai soif en lieu en place de ton visage
V
HENOUTIMRÊ

J’ai soif une nuit
mille nuits toutes ensemble rassemblées
J’ai soif comme si perpétuellement j’avais cessé de boire
je te regarde et je vois la distance s’agrandir
me démunir inexplicablement
je devine un ciel dénué d’étoiles m’engloutir
si je me retourne
sur les champs les ruines
un jour m’attend quelque part entre deux rives
entre deux phrases glissées dans la bouteille
cette servitude n’a jamais cessé de nous ennoblir
mais je peux plus m’empêcher de t’écrire et de parler
tout un monde un instant s’est nourri de ton rire
comme deux vasques englouties
comme deux amarantes enchâssées dans la lumière
tu n’as pas fini de danser près du feu que j’ai construit
je brûle j’ai soif une nuit
mille nuits toutes ensemble rassemblées
VI
AHNOTEP

Comme élégante est la prière
comme diamétralement opposée est la nuit
tu te joues des obstacles et des énigmes
comme d’autres des manèges incertains lointains
je pourrais m’anéantir là sur-le-champ dans les calendes
ensevelies constellées ignifugées
sur-le-champ tout contre ce souvenir aux contours maculés
écarter les rideaux déplacer les statues
les flux les gestes me sont tour à tour destinés
je te regarde par la coupure
t’atteindre est comme le rêve mouvant
d’un enfant démiurge
j’ai dépassé le promontoire où les sirènes
ont fait vœu de silence
laisser passer le chant désespérément
la mémoire l’éphémère
te posséder est comme animal ébloui
qui va indistinctement
remuer ciel et terre pour un peu de ton firmament
VII
ASALKA

Tout le repos m’est étranger interdit
je tremble à mesure que tes doigts me demandent de me taire
la vie s’épaissit dans ce cœur que j’ai crû mort
j’ai mon château à combler infime que tu abrites
jonché jusque dans le repli
un territoire à léguer à l’enfance
je suis fou de vouloir être sauvé
chaque minute détaillée dispersée
en fractales converge vers ta saison propre
je suis le détenu et le gardien, la paupière de tes étendues
le chien de tes traineaux
et je mêle au vent les arrondies de tes voyelles
distinctement légèrement
ainsi que le navire va s’aveugler lentement
chassant de magellan l’impossible voyage
le soleil par la serrure pénètre mon sang
combien de convulsions
combien de naufrages pour un ensoleillement

 

 

Photographie : Herbert Matter – Woman with Beads-1948

L’eau

 

pierre-boucher-l-eau

Vous arrivez là où je suis devenu pierre
Feux dans la gorge au bout des doigts
Vous arrivez là où je suis resté
Figé ensorcelé retenu
À ces immensités noires
Entre la surface et le fond
Entre la fenêtre et les étoiles
Vos deux bras tendus sont comme un repère
Je suis moi-même le harpon qui me tord
Le chasseur qui me guette
Et votre œil diamant
Étincelle de l’appât
Raison de mes prières
Vous entrez là où je demeure
N’étais-je jamais venu au monde
Je suis une pierre qui parle
Vous seule écoutez ma voix

Photographie : Pierre Boucher – L’eau. 1935.

L’amante intérieure

amante-interieure

 

Je vais vous hanter
Chaque jour comme le sable infiltré
Jusque dans votre lit
Comme les foules je vais
Chasser les ombres les solitudes
Les pages de mon livre les poèmes
Vous ne serez plus en mesure de les dénombrer
Passer chaque porte
Couper chaque corde qui vous maintient
À ce revêtement sans joies
Sans traversées sans enchantements
Que je nomme l’ordinaire
Et tout ce qui est marcher
Courir haletant
Tout ce qui est ouvrir renverser traverser
Laissera échapper un poème
Mon orgueil mon sang ma mémoire
Jusqu’à votre table
Jusqu’aux roches amoncelées ensevelies
Où le corps manquant sera chargé
De poèmes de continents
D’enfantements
Jusqu’à mon dépouillement
Je vais vous hanter
Jusqu’à l’ensoleillement

 

Photographie : Pierre Boucher – Nu dans la mer. 1932.

Séjour

sejour

Comme d’autres rêvent d’acquérir
Une grande maison une forêt
Un château en Anjou un diamant
Je rêve de toi – joie vivante
Toi constellée toi amusée
T’incanter
Comme d’autres la pluie
La foudre ou le beau temps
Toi sur le point de passer le seuil
La fenêtre l’auvent
Sur le point de recouvrir
Mon monde qui est le tien
Je rêve de toi devenir
De toi se faire jour
Croître indéfiniment

 

Photographie : Man Ray - La résille

Mythologies

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Un jour où tu seras
à découvert sans fables et sans remèdes
où les choses tourneront court où sur la table
les flacons autrefois ivres de ta bouche
n’auront plus la couleur la jouvence minutée
une voix chaude comptera l’eau restée
un jour tu en auras fini de t’envoler
une main aura refermé le couvercle
tu en auras fini de te remémorer
alors
ce jour-là je fixerai moi-même
tes yeux, ton rire et ta pensée dans la fumée
dans le rayon d’une étoile éloignée
j’irai l’habiter

 

 

Peinture : Léon Spilliaert – Fille sur la dune

La Porte Ouverte

 

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Vivre sans me voir. M’extraire
du sortilège. De la maille tendue
Retourner dans les ondes. Me fondre
dans la glace des pôles
Ne plus parler ne plus me souvenir
Ne plus penser. Ne plus regarder
J’aimerais sortir de la page
De la masse confuse
Ne laisser aucune trace
dans le jardin. Dans les cailloux
Ivre de toute chose. Me dissoudre
tout entier quelque part
entre l’angle et le bord
entre la nuit et le jour

Peinture : Léon Spilliaert – La Porte Ouverte

Médéa

Te soumettre au vent polaire
À la position précise de chaque étoile
Aux va-et-vient des saisons
À ces nuages qui vont
Te soumettre à l’agencement des constellations
À cette nuit qui monte
À ces couchers de soleils
chaque jour plus rougeoyants
et plus profonds
Te soumettre à ce feu intérieur
qui se déplace
et brûle selon

Mémoire d’un vieux monde

Pour ne pas délier le fil continu de tes jours
je me faisais bien silencieux. je cultivais mes fleurs dans l’eau lente des choses. je dressais des fétiches sur ton seuil. ton seuil qui me sert de table de nuit. une magie me disais-je. fera le travail à ma place. et je dormais à ta porte. comme un chien qui n’ose réclamer.
regarde. le monde tourne toujours. dans la grande maison noire. ces mots je les ai tournés. retournés des jours entiers. entre mes doigts. pour aller les fondre. les dissoudre dans le temps. je comptais les heures. puis je ne les comptais plus. devenues inutiles. je serai là un autre matin. dans les cendres éparses. qui me servent de litière. de support à des rêves sans pluie. de balcon pour les pensées de voyages. je parlais moins. je ne parlerai plus. mes cordes vocales ont refluées. avec ma mémoire.

La Part infime

 

Egon_Schiele-Sitzende_Frau_mit_hochgezogenem_Knie_-_1917

Le temps passe sans bruit entre les pages de ton livre
Il passe dans les plis de tes nappes, dans l’immobilité
De ton singe chinois de faïence, dans l’imperceptible
Courant d’air sous ta fenêtre, sous les bouchons de liège
Le temps passe dans l’eau de ton corps il attend devant la grille du jardin
Il suit tes empreintes sur les flacons ivres
Jusque dans ta cache secrète, il passe à mille lieux d’ici
Où va survenir le vent de l’estuaire, sous les marges laissées blanches
Sous les yeux du soldat posté sur le pas de ta demeure
Et de ta forteresse intérieure, sous les notes du piano
Sous tout ce qui crépite, ce qui nous environne, derrière les saisons
Dans la salle du bal, il passe sur le fil de nos réjouissances
Dans le phare qui brille au-dessus de la mer, sous les territoires coloriés
Des craies d’enfants, devant la porte des restaurants
Avant de remettre le couvert, avant que l’étranger n’intervienne
Il passe sur la taie de l’oreiller, dans la minute inattendue
Qui viendra nous réveiller, sous les plafonds de l’opéra
D’un bout à l’autre au creux de cette vie ordinaire
Le temps passe et compose à ton insu la mélodie du monde
Jusqu’à ce que tu l’interpelles dans sa course
Avec ta voix, avec ton mot merveilleux
Alors il s’arrête, ébloui

 

 

Peinture : Egon Shiele, deux filles assises

Mythologies

 

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J’étais tout entier dans l’abat-jour
dans l’arbre penché au-dessus des nuits
parmi les papillons épinglés
les décors et les bruits
tout entier dans les pages de ma vie
dans cette feuille posée
sur un peu d’eau claire
dans ce rideau qui s’ouvre et se referme
corail arraché de son lit
tout entier quand je ferme mes paupières
et je suis auprès de toi
comme une ombre à-demi

 

 

Peinture : Marc Chagall

Agissements

Litanie effleura. Comme dans un roman
À la langue mouvante. Au seuil une embellie.
Elle va sur le corps y couvrir firmaments,
Froisser lignes dorées, grands soleils dépolis.

Sur la page, fumée. Dans l’ornière un filet
D’instruments de vapeur. De compressions polies.
La pieuvre dans l’étang, que mon rêve liait
Y laissa son sillon à l’endroit du repli.

La plage, envisagée. Et le voyage à peine.
Tressé entre les eaux qu’un visage interrompt,
Sur le ventre à-demi. Dans le ciel une haleine.
Cet amour déposé dans les roseaux oblongs.

Rivage gondolé de tant d’amerrissages,
Son enceinte grisée, roche de son émail,
Se tait finalement. Laisse passer rivages.
Une page pliée au versant du poitrail.

Le sortilège. Un seul mot qui nous déjoua
N’abritait dernier lieu. Berceaux de nos lueurs.
Ici nous enivra. Là-bas nous emporta.
A t-on vraiment été, ou bien étaient-ce fleurs.

Sur le verre bien bleu de nos lentes parois
Filent en serpentant les lunes boréales.
Nuit. Agissante nuit qui nous enseveli.
Semant dans nos deux cœurs de jumelles étoiles.

 

Peinture : Le jour d’après – Munch (Détail) 

Semant d’une même eau nos deux gorges d’étoiles.

À-même verre bleu, nos deux gorges d’étoiles.
S’aiment d’une même eau nos deux lentes parois.
Filent en serpentant les lunes boréales.
Nuit. Agissante nuit qui nous enseveli.

Mythologies



Je te regarde et
à mesure que je te regarde
j’aperçois des formes déployées
des images lentement diffusées
te regardant je ne sais
si tu es ce que je tu
un astre par l’imaginaire
couvé enveloppé
ou la silhouette diffuse
d’une ombre vivante
au bord d’un pays interdit
rêve de caryatide
de hautes terres de gorges nues
tu es là où l’homme égara
un jour son fantôme
après la découpe de l’ambre
après que l’habitant se soit tu
Je te regarde et
à mesure que je te regarde
j’aperçois des formes déployées
des images lentement diffusées



        Peinture : Henri Manguin – La coiffure (détail et modifiée)

Mythologies


Je te cherche toujours
bien que tu n’existes pas
puisque je suis trop plein
de tout ce qui existe
Quand bien même le feu qui m’habita
ne reviendra plus
je te cherche d’autant plus
et te lègue ce que je suis
absence qui me nourrit

Mythologies

 

À M.L.

 


tout ce qui se replie
n’est pas marée
ni drap de votre lit
tout ce qui s’éteint
n’annonce pas la fin
ni la mort ni la nuit
votre vie pour y nager
profonde suffisamment

Mythologies

Je vois bien que tu travailles et que
tu mènes ta vie comme ils le font tous
comme il faut avec les oiseaux les vaisselles à faire
le soir en rentrant du boulot, j’ai froid parfois et la peur
de te revoir sous un réverbère scintillant me réveille le matin
je vois bien la marée montante et les reflux de tristesse
passer dans tes yeux un paradis perdu peut-être
était-il trop lourd dans tes mains attentives mais fragiles
les carrières les réussites, les chiffres et les bruits
tout cela nous tient éloignés, je me souviens
de toi telle que tu es telle que jamais
personne ne te connaîtra, moi seul
te vois nue dans le drapeau rouge de tes bras
dans le lit de ce corps tout cela
pour colmater l’infini pour ranger la couronne
dans un coin sombre de ton armoire, tu le sais bien
je ne suis pas simple passant dans ta ruelle

Mythologies

Vois-tu, la mort est partout sur le chemin
dans les colliers d’argent sous les semelles à chaque pas
derrière les fenêtres habitées où semble trembler tant de vie
dans les jardins clos à minuit dans le battant des grilles
dans les couloirs de tes abris le cuivre de tes ressacs
elle est là dans l’air et dans le sang dans ton corps
ce lit noir dans les ombres de ton château
sur l’émail de tes remparts
elle est là dans le temps, en gestation entraperçue
Vois-tu la mort est partout dans le cosmos si bien
agencé si bien constellé
si bien habillé elle est partout et pourtant pourtant
je connais un endroit où elle n’est pas
où elle n’est plus
ça n’est pas dans les jouets de tes royaumes ni même
à l’autre bout du monde mais plutôt
ici-même
dans ta voix répandue
qui me raconte la vie avant
de toucher terre

 

Mythologies

J’ai rêvé tant de vies dont tu n’as pas idée
je les ai toutes vécues je les ai toutes senties
j’en porte la trace et le bruit, les nuits
ne suffisent pas pour me remémorer
nul besoin de vivre dépareillé
de vivre loin d’oublier je les retiens
comme d’autres une cage dans la main
J’en ai rêvé tant dont tu n’as pas idée
et parmi toutes ces vies une seule
une seule m’est inconnue
celle-là qui te contient
elle n’est plus mon rêve mais le tien
celle-là même où tu remues

 

Mythologies

 

edward-steichen-femme-floue

Un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les ancres
tout ceci qui nous ensorcela
disparaîtra dans l’étang dans le fort, pris au piège
du temps, de la vie, de tout ce qui se dérobe à ton piano
dix doigts pour commencer le château
la cueillette des cerises, le repas des oiseaux
nous avons beau voyager retenir l’eau, toujours je vois
la nuit les arbres les manteaux
un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les pierres
tout ceci qui nous ensorcela

 

Voix

Le silence n’est plus de ce monde
Sans le dire sans laisser de message ni de journal intime
Il s’envola ne laissant que ta voix pour combler les espaces
Et le vide de nos villes
Ta voix qui me dit ne dors pas
Ne dors pas
Et raconte-moi

Mythologies

Écoute, le monde s’est tu il a fui
Dans la boîte à musique dans la laine portée, le creux
de l’oreiller a t-il fui ou bien est-ce nous le monde
n’est plus comme il était ni hier ni les jours
qui se suivaient évaporé dans les champs dans l’espace
Ce rien dans tes mains comme subsiste ton visage je rêve
De lacs sombres et d’oiseaux de passage, atmosphère variée
Rafraîchie de la nuit, profonde un parfum de fin des temps
Remonte de ta lampe comment fais-tu enfermes-tu
le soleil dans les plis de ton corps tu
le caches dans ta cage aux colibris, je suis passé
plusieurs fois écoute comme le monde s’est tu il ne dit plus rien
il n’est plus quand on l’oublie, n’est plus qu’une vague
marrée montante une onde sonore à peine
À peine dicible, tremblante peut-être c’était donc ça si peu de choses
C’était donc ça de la cendre peut-être du sable dans les yeux