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Such seem your beauty still

J’ai retracé des rêves anciens tout en les retraçant j’ai semé sans le savoir un jour nouveau qui contenait ce rêve rendu réel. Je ne sais pas comment c’est tombé sur la route par la suite au moment exact de ces réminiscences comme si, d’une certaine façon, des questions des ordres que je lançais dans un langage sans mots de façon parfaitement sincère absolument entier dans cette demande auxquels le vent les nuages les arbres les astres répondaient, interpelés, ils répondaient par l’affirmative parfois. La vie me semble être une succession de vœux formulés dans l’ombre. Je devine les seuls sincères s’exhausser les seuls qui voient le jour sont ceux-là qui sont véritablement sincères et la plupart de ces vœux nous ne savons même pas que nous les avons formulé, certains sont même néfastes pour soi mais nous les formulons tout de même du fond de notre culpabilité de notre rage : les astres perpétuellement répondent de façon tout à fait neutre. Et nous pensons tout de même vivre en enfer. Comme clairs, sobres et nets sont les éléments. Un jour peut-être il sera deviné que ce que nous nommons réalité est le produit de notre imaginaire un fruit de notre être, tombé de l’arbre immense, ce même arbre qui exhaussent les vœux de ceux qui ne savent plus parler.

Le ronronnement du lion

lionn

Les bons professeurs de dessin enseignent à domestiquer au mieux le flux des pensées. La main n’est pas loin de jouer le rôle de sismographe, captant et mettant au jour crû les tremblements du dedans et les dialogues intérieurs du type « je sais pas faire les yeux », « je vais foirer la main », se lisent dans le trait et le résultat redouté arrive, effectivement. C’est un élément important à prendre en compte dans le dessin, même au-delà du dessin, dans bien d’autres domaines n’est-ce pas ? C’est certainement la même chose en littérature et plus particulièrement lorsqu’il s’agit de poésie. Les petites voix parasites qu’elles soient négatives ou positives, provoquent des dégâts semblables, tirent le texte-requin hors de l’onde. Quoi, alors ? Taire les voix ? Il n’existe pas de texte sans voix qui le précédent. Croyant sincèrement aux enchantements de toutes natures, il me semble que, dans ce monologue intérieur perpétuel, parmi toutes ces « petites » voix (ce terme « petites » est amusant ici. Ne sont-elles pas au contraire monstrueuses et exténuantes ?) qui nous assiègent, il n’en est qu’une seule qui vaille la peine d’être écoutée. Une voix qui emploierait une langue dénuée de mots sans doute, qui ne dicterait pas mais donnerait matière à créer. Qui se mérite. Il s’agirait dès lors de savoir écouter, avant de savoir écrire. Peut-être.

Pulsars geysers

J’éprouve des émotions pendant le rêve que je suis incapable de vivre le jour
Des détresses des pleurs des joies incroyables
il s’est déroulé quelque chose la nuit dernière
Un événement important au début j’ai gardé le tout je me souviens bien
dans ce rêve j’ai tout gardé, rien montré et mon entourage était étonné du peu de réactions
je déambulais parmi les êtres ce qu’il en reste de vapeurs et de forces magnétiques
plus tard le tout est remonté par la gorge j’étais effrayé et certainement
parfaitement submergé voilà
plus tard dans une prise de conscience toute la mémoire émotive ascendante
remonte par les conduits des volcans des geysers intérieurs
magma primordial où tout se fond, retourne, va et vient
une certaine explosion et je me souviens l’avoir vécu entièrement
tout comme un événement réel et peut-être multiplié
Cet événement est voué à se produire un jour dans un sens ou dans l’autre
ce jour là je n’en serai pas totalement vierge je l’aurai vécu déjà connu
en quelque sorte
le jour est un travail ouvrier
je creuse, je refoule j’avance je recule je déambule exactement comme dans le rêve
l’homme civilisé est une machine à refouler je parle en connaissance de cause
je suis un modèle parfait
robot conçu dans l’usine de la mort
et je n’ose pas regarder tout ce qui se trame dans la chambre secrète
derrière la porte dérobée l’inconscient, terrorisé chaotique souverain
comme une existence aux dimensions infinies de l’autre côté de la paroi
inatteignable et que je ne fais que chasser maladroitement
qui étincelle parfois que ce soit dans un texte, un geste ou un appel

Chaparral

 

egon-schiele-gerti

Le rêveur mange le monde

 

 

Dessin : Egon Schiele

Voir

Je ne le regarde pas. J’essaie de le voir. Je parle peu. J’écoute. Non pas les mots qui ne sont que des coquilles vides. J’essaie d’écouter ce que dit l’imperceptible. Ça n’est pas par la pensée que l’on peut lire dans quelqu’un, il faut en quelque sorte le faire entrer en soi par le ventre. C’est par une sensation une introduction que sa nature se révèle. Une personne est un animal une voix un enfant emmitouflé dans l’écorce plus ou moins épaisse.
L’écorce n’a aucune importance elle est à jeter.
C’est lui qui parle, c’est lui qui laisse émerger quelques fines paroles, quelques signes. C’est lui le vivant. L’enrobage c’est le cadavre. La répétition des mêmes folies. C’est ce qu’il force à éclore pour s’harnacher à son monde. Cette force native cet enfant est plus ou moins proche de la surface. Le plus souvent il est enfoui lointain. Il exerce à peine sa magie de vitalité de fluctuations, de pouvoirs d’influences d’échanges sur les cœurs. L’homme ne sait pas qui il habite. Il sent parfois sa voix vivante surgir de façon amoindrie, dénaturée dans les jeux idiots, dans les jouissances de pacotilles dans les lubies ou les ivresses mortes. Les menus plaisirs. De morceaux de pain sur le chemin vers la mort. La mort sans s’être connu sans avoir été entier au moins un instant dans sa nature mystérieuse inconnue familière. Je vois l’homme égrainer les mots que lui dictent le cadavre qu’il porte en lui quelque part dans le cœur. J’essaie de ne pas l’écouter, mais de le sentir le deviner, faire entrer la part sauvage, pas encore dénaturée, tremblante extrêmement craintive, extrêmement faible, affamée vivante pourtant.

Médéa

Te soumettre au vent polaire
À la position précise de chaque étoile
Aux va-et-vient des saisons
À ces nuages qui vont
Te soumettre à l’agencement des constellations
À cette nuit qui monte
À ces couchers de soleils
chaque jour plus rougeoyants
et plus profonds
Te soumettre à ce feu intérieur
qui se déplace
et brûle selon

Exil

Voilà mille ans que je rêve. le rêve d’un autre. celui d’un animal pris au piège dans ma boîte crânienne. je cherche à lui parler parfois. un vocabulaire d’avant l’heure. un vocabulaire perdu. qui me permettrait de le lui dire. qui lui permettrait de me répondre. je lui adresse la parole. il remue. il attend la minute propice. devant la grille. à la porte. l’indigène. le veilleur. d’aplomb. échu. le voilà qui maintien le désordre. le voilà qui me pousse dans les draps sales. pour me remémorer. me désaltérer. il n’est pas loin. et je devine son souffle bien souvent. son approbation. sa volonté. son angoisse. la mienne. son amusement. il n’a que faire de mon hystérie. la mer me rentre dans le crâne. il ne demande rien que la nuit tombée. que la chute des défenses. et ces mots un à un lui passent à travers. Je n’ai rien d’autre. puisque ce monde est construit. de la base au sommet. puisque je ne peux m’en extraire. ce feu maintenu. je colle mon oreille sur son âtre. j’entends le bruit de son sang. le col de ses signaux. je l’entends couler sur le mur. se faire jour. de l’autre côté. celui où je ne peux aller. la vie semée. au versant interdit.

À cinq heures du matin.

À cinq heures du matin.

 

Parfois il m’arrive de m’arrêter un moment dans ma vie, d’effectuer un pas de côté en-dehors de la route, comme si je laissais passer les voitures avec les passants, tous ces gens, comme si je laissais passer le temps… Je cesse un moment de vouloir et d’avancer aveuglément le long de mon existence chaotique. Je prends un immense recul, vraiment immense… On pourra me reprocher beaucoup de choses, mais pas de ne pas savoir prendre du recul sur les gens, sur moi, la vie, le monde…

Ne sommes-nous pas, chacun de nous, des somnambules qui avançons à tâtons dans le noir ? Qui peut affirmer, je sais qui je suis, je sais où je vais ? Étrange existence humaine, étrange voyage terrestre, issu de l’infini, s’évanouissant vers l’infini, avec ce laps entre les deux qu’on appelle la vie. Venue de nulle part n’ayant, semble t-il, aucun but distinct. Je m’écarte, je regarde le monde et je vois des gens perdus (les autres faisais mine de ne pas l’être, apprennent très bien à le faire… Comment ne pas se sentir perdu, égaré, noyé sous ce flot de mystères ?), chacun menant sa petite vie qu’il justifie comme il le peut avant d’un jour, retourner finir sa nuit sous un marbre. Mon Dieu, aidez-moi… Les gens me paraissent si vides, si loins d’eux-mêmes. Si dénués de vitalité au fond, si uniformisés. Suis-je envoûté par un maléfice ? Je me sens tellement incompris par chacun, je me sens si différent. Il me semble que je me pose des questions que d’autres ne se posent pas mais qui, à mes yeux, prennent une importance absolument primordiale. Cette époque est misérable. Cette époque est morte. Est-ce le reflet de ma propre déchéance, est-ce moi ce visage moribond, cet odeur de renfermé que je respire partout, dans les rues, jusque chez moi, jusque sous mes draps ?

Je n’ai pas réfléchi depuis si longtemps. Je n’ai pas ressenti la poésie depuis si longtemps… J’ai peine à me relire, tant j’ai du mal à y ressentir ce que je veux y ressentir, cette émotion. Émotion humaine…

Je cherche une porte de sortie. Je cherche une main secourable. Mais nous venons seuls. Nous partons seuls. Me restent ces pages à gribouiller comme des milliers d’autres écrivailleurs sur internet. Non, je ne suis pas comme ce millier d’autres. Il subsiste toujours, au fond de moi, cette étincelle, cette flamme fragilisée, affaiblie à peine suffisamment vive, peut-être, pour empêcher mon coeur de se changer en un morceau de glace… Il existe toujours cet élément qui fait que je ne suis pas exactement comme les autres.
Je m’arrête alors un instant, je regarde les voitures passer, les gens mener leur petite vie. Les gens me semblent courageux. Ils me semblent parfois joyeux, je ne sais pas. Il me semble toujours que la vie est ailleurs. Bien sûr, les poètes le devinent bien, elle est ailleurs. Castaneda en a parlé dans un livre mieux que je ne saurais le faire… La raison nous a fabriqué notre réalité, nous tenons à elle plus qu’à notre propre vie à notre insu. Nous avons rompu le lien avec les esprits, la grâce, pour uniformiser le globe sous un matérialisme abrutissant. Les gens petits à petit deviennent vides, creux, globaux, idems, conformes chacun dans leur coin, seuls, de plus en plus seuls dans une société qui fait mine de fabriquer leur bonheur. Qui peut me comprendre ? Les écrans diminuent nos intelligence, abrutissent, nous font oublier. Toute la société occidentale ne tend vers qu’une seule et même chose : nous faire oublier, nous divertir. Divertir, c’est à dire : faire diversion. Mais oublier quoi ? La mort ? Non, je ne crois pas… pas seulement… je crois que c’est même au-delà de ça…
Le travail, les loisirs, tous ces termes horribles…

A t-on encore le droit de parler comme ça ? Ou, sitôt que des idées comme celles-là sont posées sur la table, faut-il toujours les tourner en dérision ou, blasés, se dire que c’est comme ça, tant pis, peut-être que c’est vrai oui… Mais en attendant faut que j’aille faire mes courses…

L’homme a perdu ses croyances, il a perdu l’idée de la mort. Par là même il a oublié la grâce, le sublime, pour le changer en la monotonie, l’hypnotisme environnant. Il n’y a plus de penseurs ou, du moins, ils sont comme effacés, mis sur le côté, absents des médias.
Dans cet environnement ne sont produits que des débiles en masses. Il ne reste que des pantins désarticulés. Qui pourrait me comprendre ? Sans doute lirez-vous ces quelques mots en vous disant, encore un illuminé, automatiquement, votre raison ira ranger ces idées dans le tiroir nommé fantasmagories, aux oubliettes, et vous irez courir les corps et ses images dans les rues, derrière les écrans, vous entendrez votre portable sonner et vous ramener à la vie concrète et bien réelle, entraînés dans ce grand manège hypnotique qu’on appelle le quotidien (ce grand vide), l’habitude, vous irez dans votre vie continuer encore votre route matérielle, chaque jour nouant quelques noeuds, et toute votre voix intérieure, celle qui vous parle et vous réveille parfois au milieu de la nuit pendant votre sommeil, alors que vous étiez en plein rêve, cette voix vous dira  » Que suis-je devenu ? « . Et vous refermerez sur-le-champ cette résonnance maudite, cette boîte de pandore, cette voix de malheur comme sortie tout droit des enfers, cette voix qui est vous-même, vous enfant, vous espérant, vous rêvant, vous pleurant, vous agissant. Vous sincère. Vous vivant. Vous rangerez cette voix dans un tiroir profondément enfoui, dans le caveau que vous portez en vous, et vous retournerez dans ce que vous appelez la vie, mais qui n’en est que l’insipide imitation.