Bleue

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J’ai jamais rien compris. Et pas qu’un peu. Un rêve, peut-être. Un cauchemar c’est tout. Entre les deux. La brume. Et tout ça, laissé derrière pour aller vivre. C’est triste. J’ai jamais rien compris je disais. Un ballon d’hélium peut-être, lâché depuis le jardin que je regarde partir sa vie. C’est tout pareil. À la vertical avec mes yeux pour pleurer. C’est très vain. Qui, et où, quoi ? Quoi que qui. Frangine qui, que je ne connais pas. C’est de famille. Il en faut toujours un qui fout le camp. Ai-je lâché moi pour ne pas partir ? C’est à n’y rien comprendre. Quand bien même aimée elle ne m’écoute pas. Peut-être la souffrance au fond. Frangine avec les ombres et le chat seul. Seule, toute seule qui ne le mérite pas. Frangine dans un autre monde. Ça n’a pas de sens. Plus proche que les autres sans pouvoir parler. J’aurais bien essayé. J’ai rien fait. Elle mérite bien tout le bonheur à elle toute seule qui ne parle pas et ne peut plus bouger. Le monde réduit à la pièce, le réduit, pour soi seul avec les ombre seule. Sans amour aucun, ceci très tôt. Emportée au demeurant, avec le reste c’est hélas. Un jour je lui donnerai de quoi passer la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers. Un jour plutôt non, si d’aventure elle se réveille. J’y peux rien, c’est de ma faute. J’irai recoudre de toutes mes forces le jour où. C’est certain. C’est dit. L’avenir, frangine. Le voilà le beau qui scintille sur la mer avec les oiseaux bleus infiniment légers, au demeurant. Moi, ça compte pas, le détail, rien. Tu ne méritais pas. C’est facile, l’oubli, vers où aller lassé d’avance ? Pour pas un rond le bonheur sur-le-champ. En musique et la joie d’outre-tombe, passé presque lassé de tout. Pour aller voir le monde en bateau, si déchirée frangine. Sans avoir affaire aux hommes, les invisibles et les absents. J’existerai moi aussi pour pas un clou. Avec quelques sous je t’emmènerai voir la mer oublier. Quand bien même me fige, c’est moi le héros, on rêve du beau monde. Le même espace avec vue sur la nuit. La même qui vient nous visiter chaque nuit. Continue, comme la même musique lente. Sans lendemain peut-être. Sans journée pleine. Le calendrier vide de fatigue. Le mégot écrasé, je ne pourrai jamais m’y faire. Les yeux oranges du singe au visage bleu. La mort, pourpre et très claire. Abandonné, le présent qui se fige frangine, et très courageuse ignorée. C’est triste. C’est pour plus tard. C’est pour jamais. Jamais. Demain. Les mots c’est tout. Ils sont de moi, pendant que j’ai le temps. Pendant que j’ai rien d’autre à exister. Faute de mots, tant bien que mal. Je ne saurai peut-être jamais. Tu partiras avant que je sache quoi que soit. Je n’aimerais pas que tu partes c’est tout. La luciole pimpante sur le mur. Les clochards à même la vitre embuée. Le voile la voie lactée la voie lactée très bleue dans les yeux grands et clairs. Où es-tu dans le qui suis-je ? Jamais sans doute, frangine univers. Et pas qu’un seul amour bleu dans le corps. Drapeau de corps sur le lit qui attend le sommeil médicamenté. En suspens le soleil au loin. Une corde, une main le secours perdu d’avance qu’en sais-je ? Je donnerais tout volontiers à l’instant pour ton voyage lent sur la mer. Pour tout voir repartir à zéro demain. Tout ceci pour dire quoi ma sœur. Pour rien, un peu de tout c’est sûr. Je t’aime tant et si bien que c’est peu de le dire. Les orages vaguants convulsifs, frangine tangible et bienheureuse quelque part dans le ciel à bras le corps. La descente lente et douloureuse dans la nuit, ensorcelée prise au piège. Tout ceci dans un rêve où je chassais les ombres. Malgré moi, la nuit. Malgré moi pour tout au monde, la nuit. Où es-tu ? Quelque part où je ne peux mettre les pieds. C’est pas faute de danser à pas longs. À pas longs sur la glace de t’aimer. Pour toi toute seule comme une enfant. La joie du pardon sur le cœur. Le cœur pansé imagine bleue. Imagine court et lent sur la glace fine. Pour tendre vers la mer toute seule et désordonnée du soleil. Sans le passé pour tout laisser derrière et ne plus rien garder. Rien garder d’autre regarde. De chaque chose. Se réfléchir muet sur le bas-côté du monde lointain. Où l’angoisse même obsolète voire intangible de se frayer dans la vie sans paroles un chemin. Puisque rien au bout du compte, peut-être dans le mot qui la traverse. Quand au bout du compte la traverse dans le mot d’ordre qui reflue sur la mer. Avec le vertige de laisser tout. Sur le bas-côté dans le sable, la vie et les choses de paraître, orgueilleuse et lointaine. À nous deux dans le ciel, avant de partir. À nous deux dans le temps, doucement de se laisser aller sur la mer. Et de revenir.




19.07.13


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