Amusement

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(…)

— Mon grand-père disait : « Pour savoir dans quelle état j’ère, il faut multiplier l’aire du carré de l’ère, par l’air de s’en foutre »

— C’est très juste. Nos anciens n’avaient pas la langue dans leur poche. On peut même dire qu’il l’avaient dans la bouche.

— De ce point de vue, je ne vois pas ce qui distingue les anciens de nous. Regardez (Il tira la langue). Vous voyez, j’ai bien la langue dans la bouche moi aussi. Si vous ne voyez pas, jetez un œil, il ne vaut rien… Vu sous cet angle, je n’ai rien à envier à mes ancêtres.

— Ah mais nos ancêtres ne s’arrêtaient pas là. Il étaient capables non seulement d’avoir la langue dans leur bouche, mais de la donner au chat, tout aussi bien que de bâiller aux corneilles.

— Corneille m’a toujours ennuyé. Pas étonnant de bailler devant.

— Le Cid est pourtant excellent. Pétillant et melliflu comme il faut, une vraie sucrerie. Ne dit-on pas : la clef du cid est dans la clepsydre ?

Friedrich approche le verre de sa bouche. Il a cessé de parler bien avant d’avoir des lèvres.

Marcel roucoulait :
— « Va, je ne te hais point », je me rappellerai toujours cette célèbre sentence. Lorsqu’elle me vient à l’esprit, le souvenir de la maison de ma mère monte en moi, je me souviens tout à coup des géraniums qu’elle arrosait tous les matins, sur le beau balcon qui donnait sur le jardin fleuri et le chien Choupy, qui poussait tant de grognements lorsqu’il mordillait le canard en plastique pshit.

— Vous avez l’heure, Shopenhauer ? Lança Charles, qui attendait le moment propice pour s’enivrer.

— Je ne l’ai plus malheureusement, elle a filé en même temps que le bas de ma femme que je n’ai jamais eu. Mon caniche cloné est la proie de tous les vertiges.

— N’est-ce pas Céline qui a mis l’infini à sa portée ? Il ne faisait pas dans la dentelle, vous savez. C’était sa mère. Encore moins dans les bagatelles.

— Ses bagatelles firent un massacre. Quelle idée, cette posture anti-sémite ! La langue parlée, dans le langage écrit… On aura tout vu, bien entendu.

— Pensez-vous, il détestait le monde entier, ce paranoïaque. Si j’étais lui, je me serais attaqué aux normands. Ça aurait évité tous ce fatras. Il méritait le goncourt.

— Le goncourt est un concours très couru, mais il a tourné court le jour où la cour accourue. Romain Gary était un ururpateur : Il a été pris la main dans la jarre, émile.

— Gare à Gary ! Aja fumait la ganja par les racines. Ciel ! Ils ont placardé un avis sur le dos du lémur, je l’ai vu.

— Toujours est-il qu’il est préférable d’avoir son avis devant soi, plutôt que derrière, répliqua Arthur.

Soudain le vers entra sans frapper, ôta son chapeau, salua l’assemblée de poètes.

— Asseyez-vous, mon ami. Prenez une chaise, mais ne la mangez pas, quand bien même vous êtes aux abois.

Le ver à bois ne pris pas le temps de s’asseoir doucement, il se détortilla puis chut sur sa chaise.

— Assez, dit le ver. Nous n’allons pas nous asséner ces politesses aujourd’hui. Je sors à peine du Lachaise, je suis vanné. Trop de bouleaux. À boire ! Mais avant, un verre.

Apollinaire sert un verre au ver. Une absinthe, avec l’étiquette « attrape-moi » collée dessus, verte et des pas mûrs, dans une coupelle au cou coupé.

— Franz entra en fureur : vous n’avez pas vu ma hache ? c’est pour tirer un glaçon de ma mer intérieure gelée.

— Allons tu devrais te mettre au vers, répliqua le pauvre lélian. C’est le Rimb qui t’a mis dans cette état ?

Rimb arriva, sonna le clairon et railla le train de la discussion qui dérailla.




14.07.12


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